Photographie

La fascination de l’autoportrait

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 26 avril 2017 - 488 mots

L’association inédite de Claude Cahun et Gillian Wearing à la National Portrait Gallery met en évidence leurs différences plus que leurs points communs.

LONDRES - L’idée de rapprocher les autoportraits de Claude Cahun (1894-1954) et de Gillian Wearing (1963) est une première. Sarah Howgate, l’instigatrice de cette confrontation sous le titre « Behind the mask, another mask » (Derrière le masque, un autre masque), explique cette initiative par « les remarquables parallèles qui peuvent être dessinés entre les deux artistes, bien qu’elles soient nées à soixante et onze années d’intervalle et que leur origine et expérience diffèrent. Elles partagent, entre autres, la même fascination pour l’autoportrait et utilisent leur propre image pour explorer les thèmes du genre et de l’identité par l’entremise du jeu de la mascarade et de la performance. »

De fait, l’idée de la conservatrice des collections contemporaines de la National Portrait Gallery est séduisante. Claude Cahun compte parmi les artistes qui ont inspiré Gillian Wearing. Son autoportrait en Claude Cahun de 2012, une reprise grand format du célèbre autoportrait I am in training, don’t kiss me de 1927 de la photographe française le rappelle en préambule de l’exposition. Les approches et les moyens que les deux photographes déploient pour explorer ce qui est en jeu dans ces travestissements et ces mises en scène rassemblent par ailleurs un corpus de pièces, de séries, de masques ou d’objets époustouflants, voire exceptionnels pour les vintages de Claude Cahun rassemblés, dont L’autoportrait avec un insigne nazi entre les dents de1945, rarement montré. Des inédits de Gillian Wearing l’on retient surtout son autoportrait sur la tombe de Claude Cahun, réalisé dans le cimetière juif de Jersey, en 2015 : un petit format sobre de l’artiste britannique posant derrière la pierre tombale, les mains posées sur son visage entièrement recouvert d’un foulard noir masquant ses traits. Un parti pris qui cristallise bien ce qui différencie le travail de l’une et de l’autre et qui apparaît rapidement en passant de l’une à l’autre.

Deux personnalités opposées
La subversion, le jeu, la fantaisie de Claude Cahun contrastent avec la gravité de Gillian Wearing, parfois sombre ou inquiétante. L’artiste britannique le dit elle-même dans la conversation avec Sarah Howgate, publiée dans le catalogue : « Claude joue davantage en inventant des caractères et des personnages (…) Nous sommes des artistes différentes, mais il y a une camaraderie. » Self Portraits at 17 Years Old (2003) ou Me as Arbus (2009) renvoient avant tout à des masques visibles afin de signifier le vide d’un « je » ne se définissant que par ce que l’on a été ou via une figure tutélaire, qu’elle soit célèbre ou emprunte la physionomie d’un membre de sa famille – son père, sa mère ou son frère. Dans l’exploit technique des transfigurations de Wearing, la question identitaire et existentielle du « qui suis-je ? » domine avant tout, car elle est une artiste en prise avec son époque, enlisée dans ce questionnement. Et c’est précisément dans leurs différences que la réunion des deux photographes  s’avère très intéressante.

Behing the mask, another mask
Jusqu’au 29 mai à la National Portrait Gallery, Saint Martin Place, Londres.

Légende Photo
Gillian Wearing, Me as Cahun holding a mask of my face, 2012. © Courtesy Maureen Paley, London.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°478 du 28 avril 2017, avec le titre suivant : La fascination de l’autoportrait

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