Mardi 17 septembre 2019

File Megazine, parodique mais sans tricherie

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 25 janvier 2011 - 348 mots

En 1972, dans le droit fil de son extension du domaine de l’art, General Idea publiait le premier numéro de FILE empruntant son logo et son esthétique générale au magazine d’actualité LIFE.

Premier anti-héros à tenir la couverture : Mr. Peanut, mascotte dessinée d’une marque d’arachide. Le magazine contre-culturel disséquait avec ironie la fabrique de l’art et des médias et s’est rapidement transformé en organe de presse officiel de la scène underground. Warhol et Beuys s’abonnèrent très vite, pressentant la pertinence des G.I. FILE devint alors l’étendard de toute une génération.  

Quand Pierre Molinier rencontrait Cindy Sherman
À partir de 1975 et jusqu’en 1989, il sera affublé du sous-titre « Megazine » et verra son aspect général se détacher de son illustre ressource (LIFE envoya ses avocats aux trousses de General Idea ne goûtant pas la parodie ironique). Le point d’orgue est atteint cette année-là avec le numéro Glamour qui fait alors figure de manifeste. Le texte éponyme sur dix doubles pages se livre à une explication théorique perspicace : « Nous savions que le Glamour n’était pas un objet, pas une action, pas une idée. Nous savions que le Glamour ne vient pas de la “nature” des choses. Nous savions le Glamour artificiel. Nous savions que pour devenir glamour, nous devions devenir des plagiaires, des parasites intellectuels. » Cette attitude programmatique de parasites de l’art, ils ne s’en départiront jamais. Et puis, il y a ces coups de génie comme d’orchestrer la rencontre visuelle de Pierre Molinier et de Cindy Sherman, d’offrir la couverture du numéro de Noël 1986 à l’appropriationniste Sherrie Levine à la manière de la revue ARTnews. La rubrique potin est aussi un vrai régal, un regard bien assassin sur l’entre-soi du monde de l’art : « Le réalisateur Ross McLaren entendit par hasard le critique d’October Douglas Crimp dire au critique de Parachute, Thierry de Duve, que la fête était en même temps subversive et complice, d’où son postmodernisme. » Tout cela donne bien envie que le musée aménage un salon permettant la saine lecture des vingt-six numéros, en fac-similés bien sûr !

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°632 du 1 février 2011, avec le titre suivant : File Megazine, parodique mais sans tricherie

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