Mercredi 20 novembre 2019

12 fév. - 24 mai. 2009

Paris Musée d'art moderne de Paris - MAM

Giorgio de Chirico - La fabrique des rêves

Or, ici, au-delà de toute idéologie réductrice, la commissaire d’exposition, Jacqueline Munck, choisit de tout montrer - 170 peintures, sculptures, gravures et dessins, de 1909 à 1975 - afin d’appréhender l’œuvre du « Pictor Optimus », ainsi qu’il le voulait lui-même, dans sa continuité : « Dans mon travail, il n’y a ni étapes, ni transitions d’un style à l’autre, comme parfois cela a été affirmé ». Quitte à emprunter des chemins de traverse rocambolesques, on choisit de faire confiance au peintre en le suivant pas à pas, via des panneaux pédagogiques fort clairs, dans ses trois périodes : peinture métaphysique, retour à la peinture traditionnelle et reprise de sa peinture métaphysique.

Disons-le d’emblée, la fabrique des rêves, dans ce musée parisien, tourne à plein régime : on entre illico presto dans l’univers onirique du peintre - il faut avouer que l’architecture néoclassique du site (perspectives sans fin, colonnades…) donne vraiment l’impression d’être entré dans un de ses paysages métaphysiques constitués de ruines, d’arcades et autres statues grecques. Bien sûr, cette première partie, très bien servie par la scénographie classieuse de Peduzzi, est un plaisir pour l’œil : ses icônes les plus fameuses (L’Enigme d’un jour, Portrait de Guillaume Apollinaire) sont au rendez-vous, mais c’est attendu. La suite (les deux tiers du parcours) est beaucoup plus étonnante ! D’un côté, on visite un musée imaginaire fantasque mixant des copies de toiles de maîtres (Lotto, Rubens, Courbet…) avec des « œuvres-péplums » et des autoportraits redoutablement kitsch, et de l’autre, on croise des répliques métaphysiques (60’s et 70) de sa première période, parfois antidatées, comme si l’artiste cherchait à brouiller définitivement les cartes afin d’alimenter jusqu’au bout sa propre énigme.

In fine, selon moi, on se rend compte à quel point cette œuvre retorse, sous ses faux airs de voiture-balai, est cohérente : des toiles originelles jusqu’au Chirico tardif, sa fabrique d’images n’a cessé de multiplier souvenirs, citations et synthèses de sujets préalablement exploités. Aussi, cette rétrospective, offrant un panorama complet, et sans hypocrisie, d’un artiste est un must car elle prolonge ad libitum l’ombre illogique du mystérieux De Chirico - tout compte fait il y a mille et une manières d’aborder cet artiste de génie, et c’est très bien ainsi.

Légende photo : Giorgio de Chirico "L'énigme d'un jour (II)" - 1914 - Huile sur toile - 83 x 130 cm - © Collection Museu de Arte Contemporanea da Universidade de Sao Paulo, Brésil
Informations pratiques
MUSÉE D'ART MODERNE DE PARIS - MAM

11, avenue du Président Wilson
75116 Paris
France

Contact
+33 (0)1 53 67 40 00

www.mam.paris.fr
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