Dimanche 16 décembre 2018

Du pueblo à David Hockney

L'ŒIL

Le 1 juillet 2005 - 819 mots

Los Angeles n’est pas uniquement « La Mecque du cinéma », une métaphore du capitalisme fait de pompes à essence et de supermarchés, « l’enfer et le paradis » comme l’a écrit Brecht. En moins d’un siècle, elle est devenue « la ville qui nous en donne le plus ». Ce slogan officiel s’applique parfaitement à l’art.

La première école d’art à Los Angeles, la L.A. School of Arts and Design et le College of Fine Arts à USC furent fondés dans les années 1880. À l’époque, Los Angeles était encore un pueblo proche de l’ambiance des films de Zorro. Dix ans plus tard, des artistes venus de la côte Est et de San Francisco investissent cette ville nouvelle au climat paradisiaque. Beaucoup s’installent autour d’Arroyo Seco à Pasadena, à  Topanga Canyon, à Laguna Beach, et à Avalon sur l’île de Catalina. Connus sous le nom de « l’école de l’eucalyptus », ces premiers artistes étaient influencés par les impressionnistes et les courants artistiques venus d’Europe.
Les racines de l’art moderne prirent forme ici grâce à Stanton Wright et Rex Slinkard qui en 1916 fondèrent la Modern Art Society dont les membres étaient des artistes marqués par le fauvisme, le cubisme et l’expressionnisme. C’est aussi à cette époque que fut fondé l’Otis Art Institute, une université importante qui existe encore de nos jours. Entre les années 1920 et 1940 séjournèrent ici Jackson Pollock, Philip Guston, Charles White, Man Ray, Eugene Berman, Albert King, Oskar Fischinger, Hans Burkhardt… Alors que le paysage californien et sa lumière ont inspiré beaucoup d’artistes, à partir des années 1940 et 1950 leur attention se pose sur la nouvelle société matérialiste, la consommation et les progrès technologiques qui caractérisent l’époque.

Quand L.A. s’ouvre à l’art
C’est dans les années 1960 que Los Angeles connaît un boom artistique grâce à l’ouverture de galeries, de musées et la migration d’artistes du monde entier. Apparaît alors une avant-garde menée par Edward Kienholz, Robert Irwin et John Mason dont les travaux étaient exposés à la Ferus Gallery. D’autres artistes importants font alors leur apparition comme David Hockney (ill. 4), Derek Boshier, Kitaj venus d’Angleterre, Richard Diebenkorn, Edward Ruscha (ill. 3)… Les années 1970 voient l’émergence d’artistes à tendances ethniques, notamment le groupe latino Los Four avec Frank Romero, Beto de la Rocha, Gilbert Lujan et Carlos Almaraz qui se spécialisent dans des créations publiques et peignent dans la ville de grandes peintures murales qui racontent la vie des différentes communautés. Il faut aussi souligner le travail de Judith Baca dont les murs peints illuminent toujours la ville. Aujourd’hui le peintre qui symbolise le mieux Los Angeles, collectionné par Nicolas Cage et Leonardo Di Caprio… c’est Robert Williams (ill. 2) dont on peut voir une magnifique rétrospective à la galerie Ben Maltz à l’Otis College.
Il y a trente ans, le seul musée à Los Angeles était le Lacma (Los Angeles County Museum of Arts, ill. 7). Il y avait pourtant de bons artistes, des galeries d’art sur La Cienega Boulevard ainsi que la White Art Gallery à Ucla. C’est à partir des années 1960 qu’on découvre les tendances pop d’Edward Ruscha, le Ferus Group, le mouvement minimal Light and Space. La ville devient aussi d’une certaine manière un produit d’exportation. Deux événemets ont vraiment changé l’art dans la ville : la fondation de CalArts (California Institute of Arts), école d’arts plastiques et du spectacle dans les années 1970, et la prolifération d’écoles d’art qui ont suivi. Mais à l’époque les professeurs conseillaient aux artistes qui sortaient des écoles de quitter L.A.

La puissance du coup de foudre
Aujourd’hui, la vie artistique y est très ouverte. Le sens de l’histoire est plus léger qu’à New York ou en Europe. Les gens portent moins un fardeau d’idées préconçues. Il n’y a pas d’école de L.A., pas un mouvement de L.A., ni de style de L.A., mais un extraordinaire foisonnement dans des directions diverses. « Il y a une tradition de la non-tradition », souligne d’un ton amusé Jeremy Strick le directeur du Moca. Indépendance, diversité, excentricité même.
La ville est souvent regardée à travers la peinture de David Hockney. Il a inventé l’image que nous avons de Los Angeles : la piscine, les corps bronzés, la végétation et les intérieurs californiens. À la manière de Scott Fitzgerald, il est le chroniqueur acide d’une société riche et oisive. Perdure également la figure marquante d’Ed Ruscha avec ses représentations de stations-service en feu, ses écritures de noms de rues, de signes qui interrogent et ponctuent la ville. John Baldessari propose, lui, une lecture critique de L.A. avec ses déconstructions d’images. Bill Viola installé à Long Beach illustre dans ses vidéos la puissance du sacré qui plane sur la Cité des anges. Chris Burden, Paul McCarthy, Mike Kelly quant à eux continuent de décortiquer le processus artistique dans leurs happenings provocants. Comme souvent ici les choses sont faites moins en termes de durée qu’en termes d’impact. Ce qui compte c’est finalement la puissance du coup de foudre plus que la durée du mariage !

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°571 du 1 juillet 2005, avec le titre suivant : Du pueblo à David Hockney

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