Lundi 17 décembre 2018

Deux pistolets pour tuer Rimbaud, un de trop

Par Nathalie Diot · lejournaldesarts.fr

Le 14 novembre 2016 - 461 mots

CHARLEVILLE-MÉZIÈRES (GRAND EST) [14.11.16] – Alors que Christie’s met aux enchères prochainement un revolver supposé avoir été utilisé par Verlaine contre Rimbaud, un retraité de la région affirme détenir le vrai revolver.

Il y a un pistolet de trop depuis quelques jours dans l’affaire Verlaine contre Rimbaud. Jusqu’à présent, il n’y en avait qu’un, il se trouve chez Christie’s à Paris déposé par son propriétaire belge. Il sera mis aux enchères mercredi 30 novembre prochain.

Mais un autre vient de surgir. Il se trouverait dans une maison des Ardennes chez Jean Lenoir. C’est en tout cas ce que pense cet ancien chef doublement étoilé qui l’a acquis il y a 45 ans, auprès d’un antiquaire « sérieux » de Charleville-Mézières. Cet antiquaire - monsieur Fournaise- lui avait alors dit que ce revolver Lefaucheux avait appartenu à Verlaine et tiré sur Rimbaud le 10 juillet 1873. Même calibre, porteur du poinçon officiel de l’armurerie belge (les 3 lettres ELG sur une étoile insérée dans le cartouche), voilà les points communs que l’on peut découvrir après un rapide examen.

Pour la directrice du département Livre et manuscrit de Christie’s, Isabelle de Canihout, « il n’y a eu à aucun moment matière aux doutes. L’actuel propriétaire a fait la clôture de l’armurerie. Il a remis lui-même à la police le registre où figurait le numéro de série 14096 avec le nom de Verlaine. » « La circulation des armes est très règlementée. Le revolver n’a pas pu en sortir sans que ce soit noté (...). Et le Lefaucheux, modèle très ordinaire existe à énormément d’exemplaires ». Et à des prix bien inférieurs : entre 50 et 300 euros au lieu des 50 000 à 70 000 euros estimé pour le « seul véritable plus célèbre revolver de la littérature française » selon Jacques Ruth, son actuel propriétaire.

Ce revolver avait été exposé en 2015 à Mons pour Verlaine, cellule 252, après une nouvelle série d’expertises commencées en 2006. Il a été notamment établi que le six-coups avait pu blesser Rimbaud au poignet à une distance de 3 ou 4 mètres et qu’il n’avait que très peu servi (deux fois en l’occurrence). Du côté des acquéreurs qui s’annoncent nombreux, la ville de Charleville-Mézières, qui a lancé une souscription via la Fondation du Patrimoine se montre très pragmatique. [La ville] est « soucieuse de gérer au mieux l'argent public, elle a décidé d'acheter... le vrai revolver : dès que ce retraité [Jean Lenoir] aura (…) prouvé que l'arme qu'il détient est bien celle de Verlaine, elle lui transmettra immédiatement une offre ferme d'achat. » a-t-elle déclaré « Dans le cas contraire, elle se bornera à suivre l'avis des éminents rimbaldiens, du laboratoire balistique du ministère de la Défense belge ou de la maison Christie's (…). » 

Légende photo

LE REVOLVER AVEC LEQUEL VERLAINE A FAILLI TUER RIMBAUD
REVOLVER de calibre 7 mm, à 6 coups, crosse en bois et détente pliable. Type Lefaucheux. N° de série 14096. Liège vers 1870. Il porte les poinçons réglementaires du banc d’épreuves de Liège : « ELG et étoile » dans un ovale (en usage de 1853 à 1877) et « q couronné » (contremarque du contrôleur en usage de 1853 à 1877). Initiales « JS » frappées sur la face avant du barillet, probablement celles d’un sous-traitant non identifié.
Provenance : Paul Verlaine (acheté le 10 juillet 1873 à l’armurerie Montigny à Bruxelles)- armurerie Montigny et successeurs (Chaudron) à Bruxelles - donné à l’actuel propriétaire en 1981
Estimation : 50 000 - 70 000 €
Vente : 30 novembre 2016, Christie's Paris © CHRISTIE’S IMAGES LIMITED 2016

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