Corée du Sud : une ministre s'excuse pour une liste noire d'artistes

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 10 janvier 2017 - 384 mots

SÉOUL (CORÉE DU SUD) [09.01.17] - La ministre sud-coréenne de la Culture a présenté les excuses de son gouvernement conservateur pour avoir établi une liste noire de milliers d'artistes mis au ban en raison de leurs convictions politiques.

Cette liste de plus de 9 000 noms de la scène cinématographique, théâtrale, musicale et littéraire, avait été rendue publique l'année dernière par plusieurs médias sud-coréens. Nombre de ces artistes avaient exprimé leur soutien aux partis de l'opposition, avaient critiqué ou s'étaient moqués du gouvernement de la présidente Park Geun-Hye, désormais destituée, ou des anciennes dictatures militaires.

La liste fait figure de Who's Who du monde artistique de Séoul. Elle comprend l'auteure Han Kang, lauréate cette année du Man Booker Prize et Park Chan-wook, réalisateur d'Old Boy, récompensé par le Grand prix de Cannes en 2004. "Je m'excuse pour la douleur et les souffrances infligées aux artistes privés du soutien de l'Etat en raison de leurs convictions politiques ou idéologiques", a déclaré devant une commission parlementaire la ministre de la Culture, Cho Yoon-Sun. Les pièces de théâtre, les films ou autres projets artistiques des personnes figurant sur la liste noire étaient privés de subventions publiques.

Mme Cho a été nommée à son poste en septembre. Elle est accusée d'avoir joué un rôle clé dans l'élaboration de cette liste en tant que conseillère de Mme Park en 2014 et 2015, ce qu'elle dément. Les révélations sur son existence ont scandalisé les artistes sud-coréens et les parlementaires de l'opposition, qui ont évoqué le souvenir des années de dictature militaire, lorsque le monde de l'information, des arts et du spectacle était lourdement censuré. "Cette liste ramène notre histoire aux années 1970, relève d'une façon anachronique et anticonstitutionnelle de penser", a dit récemment le Parti démocratique, principale formation de l'opposition, évoquant un "maccarthysme du 21e siècle".

Mme Park, fille du dictateur défunt Park Chung-Hee qui avait régné d'une main de fer entre 1961 et 1979, a été destituée le 9 décembre par l'Assemblée nationale dans le cadre d'un retentissant scandale de corruption. La présidente est accusée de collusion avec son ancienne confidente de l'ombre Choi Soon-Sil, actuellement jugée pour fraude. Elle est soupçonnée notamment d'avoir profité de ses relations pour extorquer des sommes astronomiques aux conglomérats sud-coréens.

La destitution de la présidente doit encore être validée par la Cour constitutionnelle.

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Cho Yoonsun, ministre de la Culture de la Corée du Sud © Photo Republic of Korea - 2016 - Licence CC BY-SA 2.0

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