Samedi 17 novembre 2018

Profession

Régisseur d’œuvres d’art

Le Journal des Arts

Le 7 novembre 2003 - 878 mots

Un métier émergent dans les institutions muséales, chargé de la gestion des mouvements et de la prévention pour la conservation des collections.

Véritable chaperon des œuvres d’art, dont il doit contrôler et organiser les mouvements à l’intérieur comme à l’extérieur du musée, et spécialiste de la gestion matérielle des collections en réserves, le régisseur s’est imposé depuis une dizaine d’années comme l’interlocuteur indispensable des artistes (dans le cas des structures d’art contemporain), architectes, conservateurs, restaurateurs, équipes techniques (encadreurs, socleurs, techniciens d’art…), transporteurs-emballeurs ou encore assureurs. L’importance et la spécificité de ce métier ont été rappelées encore récemment par le sénateur Philippe Richert. Pour remédier à l’état désastreux des réserves dans les musées de France et aux lacunes dans les procédures de récolement, ce dernier prônait notamment la création de postes de régisseurs d’œuvres (lire le JdA n° 175, 29 août 2003). Cette reconnaissance est toutefois le fruit d’une évolution récente. Apparue dans les musées américains après la Seconde Guerre mondiale, la fonction de régisseur a pendant longtemps été l’apanage des conservateurs de musées en Europe. En France, il a fallu attendre le milieu des années 1980 pour que, à la faveur de l’augmentation des mouvements d’œuvres liés aux expositions ou au renouvellement des institutions (rénovation des espaces d’exposition, construction de nouveaux musées), la régie se professionnalise et des postes spécifiques soient créés dans les grands musées (Centre Pompidou, Musée d’Orsay, Louvre, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, Guimet, musées de Grenoble, Saint-Étienne, Marseille, Lille, etc.), les FRAC (Fonds régionaux d’art contemporain) et les centres d’art. Une option « régie d’œuvres » a même été intégrée en 1999 au concours de chargé d’études documentaires. « Il s’agit cependant d’une simple option et non d’une filière spécifique », regrette Hélène Vassal, régisseure des collections du Musée Guimet. En outre, « les postes sont attribués en fonction du rang de sortie. Des personnes spécialisées en Archives  ou Documentation peuvent ainsi se retrouver à la régie d’un musée », déplore Anne de Wallens, régisseure du département des Peintures du Louvre.

Anticiper les dommages
Malgré des statuts et des profils encore très divers, « les régisseurs tendent aujourd’hui à se reconnaître dans une appartenance identitaire forte », affirme Hélène Vassal, qui est aussi présidente de l’Association française des régisseurs d’œuvres d’art (Afroa). Cet organisme a pour objectif de promouvoir et de mieux faire connaître les fonctions et les savoir-faire de ces professionnels. « Le régisseur a notamment pour missions la planification et le contrôle des entrées et des sorties des œuvres, l’organisation de leur transport et de leur convoiement, l’établissement de contrats d’assurance, la localisation des objets en salles et en réserves, la vérification des conditions de stockage, le suivi informatisé des collections, l’encadrement du montage et du démontage des expositions », précise la spécialiste.
Travaillant avec des partenaires très variés (commissaires d’exposition, restaurateurs, techniciens…), ce qui implique « disponibilité, capacité de concertation, sens du compromis », le régisseur est un « préventeur dont le but premier est de gérer le flux des œuvres avec un risque zéro ». Il doit donc être capable d’anticiper les dommages liés à tout type de déplacement, identifier les responsabilités et les acteurs en présence, déterminer l’état de conservation de l’objet (élaboration, avec les restaurateurs, d’un constat d’état) et apprécier le type d’emballage et le mode de transport qu’il convient de privilégier. Autant de capacités qui supposent des compétences très diverses. « Il n’est pas absolument nécessaire d’être historien de l’art, explique Anne de Wallens. En revanche, il faut avoir le sens de l’objet, comprendre ses matériaux et sa structure, par exemple ne pas saisir un vase par les anses mais par la panse.» En l’absence de formation spécifique – « il faudrait imaginer une filière Régie d’œuvres dans un mastère de conservation préventive », préconise Hélène Vassal –, les professionnels conseillent une formation initiale en commerce international, en droit ou en transport-logistique, complétée d’une formation en conservation préventive (lire l’encadré). La pratique courante de l’anglais est en outre indispensable. Pour Hélène Vassal, il faut également prendre en compte la réalité de terrain, par la multiplication des formations courtes ciblées répondant aux besoins spécifiques des régisseurs. « C’est toute la difficulté d’un métier émergent et pas encore homogène », conclut avec philosophie la régisseure.

Les formations et organismes professionnels

- Les écoles de commerces internationales : le CESEC-Sup’Europe Caen, le CESEM Méditerranée, le CESEM Reims, l’EBP-France Bordeaux, l’EPSCI Cergy-Pontoise, l’ESCE Paris, l’IFI Rouen, l’ESC-Rennes, l’ESIDEC de Metz... - Les filières en transport-logistique : BTS transport (option logistique), DUT gestion-logistique et transport, MST logistique... - Les formations en conservation préventive : DESS de Paris-I, 17 rue de Tolbiac, 75013 Paris, tél. 01 45 83 33 57 ; second cycle (Muséologie) de l’École du Louvre à Paris, tél. 01 55 35 18 35, www.ecoledulouvre.fr - Le concours de « chargé d’études documentaires » : ministère de la Culture et de la Communication, tél. 01 40 15 80 43. - Pour en savoir plus : Association française des régisseurs d’œuvres d’art (Afroa), 160 rue Championnet, 75018 Paris, tél. 01 56 52 53 38, www.afroa.org (site en cours de création) - À lire : Afroa, Actes de la 2e conférence européenne des régisseurs d’œuvres d’art (14-15 nov. 2000), éd. Les 40 Cerisiers, 50 euros, tél. 01 39 69 60 80, www.les40cerisiers.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°180 du 7 novembre 2003, avec le titre suivant : Régisseur d’œuvres d’art

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