Mercredi 19 décembre 2018

Profession

Marqueteur

Le Journal des Arts

Le 24 septembre 2004 - 855 mots

Héritiers de la grande tradition de l’ébénisterie française, les marqueteurs
embellissent les meubles d’apparat ou restaurent des pièces anciennes.

Le métier de marqueteur est de moins en moins exercé sous sa forme classique, celle de sous-traitant de l’ébéniste à qui le marqueteur remet un décor de placage prêt à être installé sur le bâti du meuble. À Paris, l’atelier Lacroix-Marrec, créé en 1865, est l’un des deux derniers à être exclusivement spécialisé. Les artisans travaillent pour des ébénistes, tels que la Maison Dissidi qui leur a récemment commandé la copie d’une commode de Gilles Joubert. « Nous ne possédons qu’une photographie de l’œuvre originale dont nous nous inspirons pour composer un dessin se rapprochant le plus possible du modèle. Nous découpons ensuite les pièces élément par élément et les assemblons sur un support de papier. Il revient alors à l’ébéniste de coller la marqueterie sur le meuble avant que n’intervienne le vernisseur », détaille Hubert Marrec.

Ces imitations d’originaux anciens sont généralement destinées à une clientèle américaine. L’essentiel de la fabrication de l’atelier se partage entre la copie et la création de modèles produits en petites séries pour des fabricants de meubles de style haut de gamme.

La plupart des marqueteurs se consacrent aujourd’hui à la restauration de pièces anciennes. « Le coût d’une opération est souvent assez élevé, remarque Romain Maldague, ébéniste dans l’atelier de Benoît Blaise. Le prix d’une restauration peut atteindre celui du meuble. Chaque cas est unique et pose au restaurateur une équation plus ou moins complexe à résoudre. » Lorsqu’une pièce ancienne lui est apportée, le marqueteur relève son dessin puis découpe les pièces lacunaires pour compléter le décor tout en essayant de conserver au maximum les éléments d’origine. Une fois l’intervention terminée, la proportion d’éléments neufs ne doit pas excéder 15 % au risque de dénaturer le meuble. Le concours du vernisseur est ensuite essentiel, car son travail permet d’approcher le plus possible la teinte recherchée.

On dénombre à Paris environ 280 restaurateurs de meubles. Certains font montre de compétences particulières comme l’Ébénisterie parisienne, spécialiste des meubles du XVIIIe siècle, à qui la galerie Jacques Perrin, comme beaucoup de grands antiquaires, confie régulièrement ses pièces.
Trouver des matériaux de qualité est la principale difficulté à laquelle se heurtent les marqueteurs. L’ivoire et l’écaille sont désormais interdits au commerce et, depuis la convention de Washington en juin 1992, l’importation de plusieurs essences, comme l’acajou de Cuba et le palissandre du Brésil, est également prohibée. Certains grands fournisseurs peuvent s’appuyer sur des stocks considérables pour satisfaire la demande. « Depuis cinq générations, nous fournissons du bois de placage aux marqueteurs, rappelle Patrick George de la scierie Les fils de J. George. Nous proposons environ 170 essences et œuvrons toujours avec des machines datant du milieu du XIXe siècle. Grâce à ces scies à bois montant, nous obtenons des placages sciés en déroulage à l’ancienne, et non pas tranchés selon la méthode industrielle actuelle. Nous ne sommes plus que trois dans le monde à travailler ainsi. »

Tableaux en trompe l’œil
Quelques marqueteurs pratiquent toujours leur métier dans la continuité d’esprit de leurs prédécesseurs et inventent les chefs-d’œuvre de leur époque. Dominique et Éric Sanson, respectivement ébéniste et marqueteur, tous deux primés au titre de Meilleur Ouvrier de France dans leur spécialité, conçoivent ensemble des pièces uniques et actuelles. « Nous voulons être les héritiers des grands maîtres du passé, mais notre inspiration est contemporaine, explique Éric Sanson. Nous voulons formuler des pièces aussi importantes qu’avait pu l’être le bureau de Louis XV d’Oeben et Riesener en son temps. » Le meuble Palissy et le siège Dialogue gagent effectivement de la créativité des deux frères qui affirment : « On peut s’exprimer à travers un meuble comme dans un tableau. »

De fait, la marqueterie est aujourd’hui la technique choisie par certains plasticiens comme Jean-Claude Deveaux qui réalise des tableaux en bois aux couleurs vives. « Mes pièces représentent des trompe-l’œil de tissus froissés, chiffonnés ou qui s’envolent, décrit l’artiste. Finalement, c’est une forme de retour à la tradition puisque les premières marqueteries en Italie au XVIe siècle étaient souvent des tableaux en trompe l’œil. »

Les formations et adresses utiles

Les formations au métier de marqueteur : - Le CAP Arts du bois option Marqueterie - Le DFESMA, diplôme de fin d’études secondaires des métiers d’art, spécialité Marqueterie - Le DMA, diplôme des métiers d’art, Arts de l’habitat option Décors et mobiliers Les Écoles spécialisées : - Société d’enseignement professionnel du Rhône (Lyon), tél. 04 72 83 27 27. - Lycée professionnel Joseph-Constant (Murat, académie de Clermont-Ferrand), tél. 04 71 20 05 20 - Lycée professionnel de l’Ameublement (Revel, académie de Toulouse), tél. 05 61 83 57 49 - École Boulle, 9, rue Pierre-Bourdan, 75012 Paris, tél. 01 43 46 67 34, www.ecole-boulle.org Le concours restaurateur du patrimoine option meuble : renseignements à l’Institut national du patrimoine, Département des restaurateurs, 105, avenue du Président-Wilson, 93210 La Plaine-Saint-Denis, tél. 01 49 46 57 92, www.inp.fr Pour en savoir plus : - La Société d’encouragement aux métiers d’art (SEMA) : Viaduc des arts, 23, avenue Daumesnil, 75012 Paris, tél. 01 55 78 85 85, www.metiersdart-artisanat.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°199 du 24 septembre 2004, avec le titre suivant : Marqueteur

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