Mercredi 6 juillet 2022

Design

Le design au service d’une société durable

Par Geneviève Gallot · Le Journal des Arts

Le 27 février 2019 - 962 mots

NICE

À Nice, l’école « The Sustainable Design School » forme depuis 2014 des étudiants au « design en innovation durable », qui place l’humain au cœur de sa réflexion.

Etudiants travaillant dans l'atelier maquette de The Sustainable design School, Nice - The SDS
Etudiants travaillant dans l'atelier maquette de The Sustainable design School, Nice
© The SDS

Nice. En 2018, les mauvaises nouvelles pour la planète se sont accumulées : les quatre dernières années furent les plus chaudes jamais enregistrées depuis les débuts de l’ère industrielle, selon un rapport publié par le groupe de recherche américain Berkeley Earth. Les émissions de CO2 des énergies fossiles, première cause du réchauffement climatique, ont connu une hausse inédite depuis sept ans, d’après les chiffres annoncés lors de la COP24 organisée en décembre à Katowice (Pologne). L’étude réalisée par l’Institut de politique énergétique de Chicago souligne que la pollution de l’air à New Dehli coûte dix années d’espérance de vie aux habitants de la capitale indienne. Hubert Reeves, astrophysicien canadien et écologiste, déclare de son côté : « On peut considérer qu’il n’est pas certain que l’humanité survive. Cela dépend de nos choix»…

Une pédagogie fondée sur le « faire »

Quelques initiatives récentes brillent toutefois comme des lueurs d’espoir. Parmi elles, la création en 2014 d’une école tout entière dévolue à l’« innovation durable », la seule en France. Convaincus de l’urgence à agir, Maurille Larivière, designer, professeur à l’École polytechnique, Patrick Le Quément, designer, et Marc Van Peteghem, architecte naval, décident de former des étudiants au design « humain et responsable », respectueux de l’Homme et de la planète. La méthode ? Inscrire la création en design dans le temps long en prenant en compte les grands enjeux du développement durable.

Installée sur le site de l’Éco-Vallée de la plaine du Var à Nice, The Sustainable Design School (The SDS) propose une pédagogie ouverte, transdisciplinaire, fondée sur le « faire », associant dessin, biomimétisme, design thinking, anthropologie…, et nourrie par des projets réalisés en partenariat avec des entreprises, associations ou ONG. « The SDS est un fantastique laboratoire d’innovation !, s’enthousiasme Marianne Mensah, professeure en développement durable et innovation. Nous cherchons à former des acteurs de la société de demain susceptibles de transformer le monde, de créer des produits, des services, des scénarios en adéquation avec les besoins humains et les ressources de la planète. L’innovation ne peut plus être seulement technologique, elle doit être fondée sur l’expérience, l’empathie, la co-construction, dans une visée de durabilité sociale. »

À partir des quatre piliers du développement durable – l’environnement, le social, l’économie, les cultures –, l’école affirme son positionnement en mettant l’Homme au cœur de la réflexion. « Nos étudiants portent une vision d’avenir, un peu comme le périscope d’un sous-marin qui permet de voir loin devant… », relève Marc Van Peteghem.

The SDS accueille une centaine d’étudiants, dont 20 % sont des étrangers, pour des cursus menant jusqu’aux niveaux master et doctorat, et dispense ses enseignements en anglais. On y rappelle volontiers les propos du physicien Albert Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »

De jeunes diplômés engagés dans la transition écologique et le social

Pour Gregory Durrand, 26 ans, diplômé designer en innovation durable en 2016, « le seul design aujourd’hui légitime, c’est celui qui est enseigné à The SDS ! Il est primordial de s’engager par tous les moyens dans la transition écologique ». Ses études lui permettent de « concrétiser ses envies »à travers divers projets comme celui conduit avec le Nomade des mers. Grâce à ce catamaran conçu comme une plateforme d’expérimentation des low-tech au quotidien, parti pour trois ans autour du monde en quête des meilleures inventions, il participe à un projet d’innovation frugale, soit un Frigo pour le désert, sans électricité. Avec Le Collectif Sustainable Design, agence cofondée après son diplôme, le jeune designer entend développer une approche globale, éthique, « en créant de la circularité, de l’ingéniosité entre les différents maillons de la chaîne qui font design : l’entreprise, les partenaires, le produit, les services mis en œuvre autour du produit. Le défi ? Faire plus et mieux avec moins ! »

Thomas Prévost, 24 ans, diplômé de The SDS en 2017, chef de projet chez Yellow Events, est aussi très attaché à l’idée de « concevoir non seulement un produit mais un écosystème qui va s’intégrer dans la société sur le long terme». À l’école, le jeune designer participe à un projet avec l’association Earthwake, désireuse de développer une machine, notamment au Burkina Faso, permettant de transformer des déchets plastiques en carburant grâce à un système innovant de pyrolyse. L’expérience le marquera…

Une société durable doit aussi être inclusive et prendre soin des plus fragiles. Iris Roussel, 28 ans, ingénieure diplômée de l’Insa (Institut national des sciences appliquées) de Lyon, puis diplômée de The SDS en 2016, fondatrice de Oz’iris Santé, a fait le choix de s’engager face à la maladie : « Je ne veux pas concevoir de nouveaux aspirateurs… Pour moi, le design doit être centré sur l’usage, sur l’humain. Dans notre monde si complexe, il faut aller sur le terrain, co-construire avec une équipe pluridisciplinaire et les usagers finaux. Il faut aussi changer de paradigme et créer des modèles économiques viables qui permettent de répondre à des besoins de société. »

Dans le prolongement de son diplôme, la designer monte l’entreprise sociale Oz’iris Santé qui noue un partenariat avec le Centre gérontologique départemental de Marseille pour y créer un espace interactif, multisensoriel, destiné aux personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Avec son équipe, Iris Roussel travaille également pour un laboratoire pharmaceutique, en collaboration avec les soignants des Hospices civils de Lyon. Elle réfléchit au parcours de santé de patients atteints d’une maladie rénale génétique afin d’optimiser la coordination des soignants autour d’eux. « On a longtemps appliqué le design à un objet, puis à un service, puis à un système ; maintenant il s’applique aussi à des stratégies d’entreprise. Il faut désormais que le design soit au service d’un impact social… durable ! »

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°517 du 15 février 2019, avec le titre suivant : Le design au service d’une société durable

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