Yves Lecointre et Pascal Neveux : « les régions développent plus de projets que Paris »

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 25 juin 2013 - 764 mots

Yves Lecointre est directeur du Frac Picardie depuis 1985. Pascal Neveux dirige le Frac PACA, après avoir dirigé le Frac Alsace, depuis 2006. Entretien croisé… Le Frac Picardie dispose chaque année d’un budget de 800 000 euros, contre 2,8 millions pour le Frac PACA qui bénéficie, depuis le printemps dernier, d’un bâtiment spécifique, signé d’un architecte international, au cœur de Marseille. Entretien croisé entre celui qui fut à l’origine du terme « Frac deuxième génération » et celui dont la structure incarne cette nouvelle génération de Frac dotés de nouveaux bâtiments…

L’œil : Que révèlent pour vous ces 30 ans ?

Yves Lecointre : Ce sont les différences d’une région à une autre, les identités qui se sont révélées au fil du temps dans chacun des ensembles d’œuvres. À cet égard, dire que les collections des Frac constituent la troisième collection d’art contemporain en France est un abus de langage. Ce n’est pas une collection, mais vingt-trois ensembles distincts, chacun étant animé par un projet et une histoire qui lui sont propres.

Pascal Neveux : C’est effectivement la diversité de nos identités qui fait la richesse du réseau. C’est un modèle atypique envié à l’étranger. Il reste que parler de troisième collection publique en France pour les collections des Frac a un sens de par leur financement public et la diversité des politiques d’acquisition. D’autant plus aujourd’hui quand on voit la précarité d’un grand nombre de musées à l’étranger qui ont bâti leur collection à partir de prêts de collectionneurs privés.

L’œil : Comment la décentralisation peut-elle être appréhendée aujourd’hui ?

P. N. : Nous sommes actuellement dans une redéfinition de ce qu’est la décentralisation à partir de structures qui ont désormais un vécu, une collection. Il y a une vraie logique à la fois régionale, mais aussi nationale à trouver. Logique régionale qui s’articule avec les autres structures présentes sur un territoire, que ce soit les centres d’art, les musées, les écoles d’art… La décentralisation doit être surtout acceptée, revendiquée et confortée au niveau national ; il y a encore une vraie légitimité à affirmer par rapport aux structures parisiennes. Les régions développent dans leur globalité plus de projets que Paris à lui tout seul. Mais on demeure encore sur un schéma extrêmement centralisé.

Y. L. : Après trente ans de décentralisation en faveur de l’art contemporain, une cartographie dessine de fait des complémentarités à mettre en évidence, à relier tant au plan local que national entre les Frac, les centres d’art et les musées dotés ou non de collections d’art moderne et contemporain. Cette vision panoramique est essentielle afin que la présence de l’art contemporain soit plus ou moins homogène et dense d’une région à une autre. Des régions sont encore sous-équipées. En Picardie, par exemple, le Frac est quelque peu esseulé, même si la situation évolue.

L’œil : Cet équilibrage passe-t-il aussi nécessairement par la construction de bâtiments spécifiques pour les Frac ?

Y. L. : Il y a quelque temps, je disais de manière provocatrice qu’après les Frac « de deuxième génération », nous allions connaître les Frac « à deux vitesses », tant l’actualité nous fait parler davantage de contenant que de contenu. L’existence d’un Frac ne dépend pas exclusivement d’un bâtiment visible, signé. On dit trop peu du projet d’établissement qui porte la raison d’être de ces nouvelles constructions. C’est à partir des œuvres acquises, cœur du dispositif, que l’on agit quotidiennement et que l’on entretient les rencontres avec le public. Pour y parvenir, un équipement central référent est sans aucun doute indispensable.

P. N. : Je ne pense pas que le rééquilibrage passe uniquement par la construction de nouveaux bâtiments. Pourtant, je suis mal placé pour le dire puisque nous venons d’inaugurer un nouvel édifice. Mais dans le contexte économique actuel, il serait totalement utopique et déraisonnable de se lancer dans de nouveaux projets de construction, tant il est déjà très difficile de prévoir comment ces nouvelles structures vont pouvoir fonctionner pleinement dans les toutes prochaines années. On constate cependant que les nouveaux édifices conçus par des architectes de renom pour six d’entre nous sont un vecteur de communication, de sensibilisation des publics extrêmement important. Depuis notre ouverture en avril, nous sommes à 18 000 visiteurs en à peine deux mois contre 15 000 en moyenne par an, avec une typologie des publics qui se modifie. Ces nouvelles constructions bouleversent la vision que l’on peut avoir des Frac et permettent d’affirmer le travail entrepris depuis trente ans en valorisant l’ensemble des projets que nous développons et qui, je le rappelle, se donnent à voir pour l’essentiel en dehors de nos nouveaux équipements.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°659 du 1 juillet 2013, avec le titre suivant : Yves Lecointre et Pascal Neveux : « les régions développent plus de projets que Paris »

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