Lundi 10 décembre 2018

Vivre entre l’art et la danse

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 28 octobre 2009 - 772 mots

Christie’s disperse la collection Merce Cunningham et John Cage, incluant des œuvres inspirées de la danse par Jasper Johns et Robert Rauschenberg

La vente aux enchères des biens personnels du danseur étoile russe Rudolf Noureev (1938-1993) avait créé l’événement en 1995, à New York et à Londres chez Christie’s. Divers costumes et paires de chaussons de cette idole de la danse classique s’étaient envolés à plusieurs milliers de dollars. Lancées à Londres en 1967, 1968 et 1969 par Sotheby’s, les ventes sur le thème des Ballets russes ont fait recette jusqu’à aujourd’hui, à travers des vacations organisées régulièrement à Londres, New York et Paris. Outre les costumes portés par des danseurs comme Vaslav Nijinski, avaient figuré dans ces ventes des décors d’artistes utilisés par la troupe, dont les plus célèbres sont ceux de Natalia Goncharova et de Léon Bakst, auxquels s’ajoute le rideau de scène du Train Bleu par Pablo Picasso. La vente de la collection Cunningham & Cage, organisée par Christie’s à New York les 10 et 11 novembre au profit du Merce Cunningham Trust, met en exergue des œuvres d’artistes américains d’après guerre ayant été influencés par la danse et la musique.

Œuvres cosignées
Reconnu comme l’un des plus grands chorégraphes de son temps, Merce Cunningham (1919-2009) mena aux États-Unis une longue et brillante carrière qui a profondément marqué la danse moderne. Après des débuts de danseur de 1939 à 1945, il crée sa propre compagnie en 1953. Sa réputation tient également à ses collaborations avec des artistes peintres tels que Robert Rauschenberg et Jasper Johns, ainsi qu’avec des musiciens à l’instar du très innovateur John Cage, qui fut aussi son compagnon dans la vie des années 1940 à sa mort en 1992. Dans la prestigieuse vente du soir du 10 novembre chez Christie’s, quelques œuvres importantes signées Jasper Johns et Robert Rauschenberg sont le fruit de ces échanges fructueux.
Dancers on a Plane, Merce Cunningham (1980-1981), huile sur toile de Jasper Johns (né en 1930) estimée 1,5 à 2 million(s) de dollars (1 à 1,3 million d’euros), a été directement inspirée par Cunningham et sa compagnie de danseurs. Le peintre fut conseiller artistique auprès de la Cunningham Dance Company de 1967 à 1980. Ce tableau est dédicacé au chorégraphe dont le nom figure dans le titre de l’œuvre ainsi qu’en lettres dans la partie inférieure de la toile. Dans cette œuvre, Johns aborde les thèmes du sexe, de la danse et de la religion, en se référant à la peinture tantrique. La composition évoque le dieu Shiva représenté sous la forme du seigneur de la danse, copulant ici avec la déesse Sakti. La danse est illustrée par de multiples motifs abstraits, tandis qu’apparaissent sur les bords supérieur et inférieur du cadre des images stylisées des sexes masculin et féminin. Il existe deux autres versions de cette œuvre dans un format équivalent : l’une se trouve dans les collections de la Tate Gallery à Londres ; l’autre, réalisée dans des couleurs primaires, appartient à Jasper Johns.

Poésie et ironie
Conseiller artistique auprès de la Cunningham Dance Company de 1954 à 1964, Robert Rauschenberg (1925-2008) entretenait aussi une relation amicale et professionnelle avec le couple Cunningham et Cage, dont la collection révèle un ensemble d’œuvres emblématiques de l’artiste datant des années 1950 jusqu’à 1961, période charnière du style artistique révolutionnaire de Rauschenberg. Offert à John Cage, le tableau No. 1 (1951), estimé 800 000 dollars à 1,2 million de dollars (540 000 à 800 000 euros), est peint entièrement en noir sur une toile à l’origine réalisée par l’ex-femme du peintre, Sue Weil. L’une des plus belles œuvres sur papier de la vacation est un dessin sans titre de 1961, au fusain, crayon, acrylique et gouache, dédicacé « For John C. » et estimé 100 000 dollars. Rauschenberg réalisa ce dessin tout spécialement pour Cage afin de se faire pardonner de ses perpétuels retards lors des répétitions. L’œuvre combine poésie et ironie, dans de savants mélanges de couleurs où l’on voit apparaître une échelle et des motifs faisant allusion au temps qui passe. Il faut encore noter dans la vacation un puissant dessin expressionniste abstrait de Philip Guston, exécuté vers 1953 et estimé 150 000 dollars. Dans la vente du jour le lendemain, figureront notamment un portfolio estimé 300 000 dollars et composé de dix lithographies en couleurs 0-9 (ULAE 19) de 1963 par Jasper Johns issues d’une édition de 30 (10 dans cette couleur), ainsi que de rares dessins de Merce Cunningham, estimés 3 000 à 12 000 dollars.

COLLECTION JOHN CAGE ET MERCE CUNNINGHAM, vente les 10 et 11 novembre à New York, Christie’s, tél. 01 40 76 85 85, www.christies.com

COLLECTION CAGE/CUNNINGHAM
Expert : Laura Paulson
Estimation : 3,5 à 5 millions de dollars
Nombre de lots : 33

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°312 du 30 octobre 2009, avec le titre suivant : Vivre entre l’art et la danse

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque