Vie et mort d’un objet : vers un « design durable »

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 20 mars 2009

Longtemps à la mode, le « jetable » pourrait bien ne pas faire de vieux os. La cause ? L’engouement pour le développement durable et son concept d’éco-conception. Propre oui, mais de A à Z.

L'un des enjeux majeurs du design, aujourd’hui, est à n’en point douter la réflexion sur le développement durable. En 2007, un nouveau produit a été lancé toutes les… trois minutes. Avons-nous réellement besoin d’un produit toutes les trois minutes  ?
La question est posée par John Thackara, fondateur de Doors of Perception (www.doorsofperception.com), portail dont la vocation est de « croiser design et écologie au cœur du développement de notre territoire », et qui fut, en novembre dernier, lors de la Biennale internationale de design 2008 de Saint-Étienne, le commissaire de l’exposition « City Eco Lab ». Et Thackara de préciser : « 80  % de l’impact des produits, des services et des infrastructures actuels sur l’environnement sont définis à l’étape de la conception. Les décisions prises en terme de conception déterminent les matériaux et l’énergie nécessaires à leur fabrication, leur mode d’utilisation future et leur devenir après utilisation.
Par conséquent, le design a un impact considérable sur l’efficacité des ressources dans notre économie et peut largement contribuer à une transition vers le développement durable. »

Du lien à retisser entre l’objet et son utilisateur
Aussi parle-t-on actuellement d’« éco-conception », en clair, de la prise en compte de paramètres environnementaux dans la conception des nouveaux produits. Ainsi, la firme Ikea passe ses articles au tamis de la méthode « E-Wheel » – ou « Environmental Wheel » –, qui permet de tenir compte de l’impact du produit à chacune de ces quatre phases de vie : conception, fabrication, utilisation et fin de vie.
La société Lafuma, elle, a mis en place, depuis 1999, une politique d’éco-conception encore plus exigeante en découpant le cycle de vie d’un produit en sept étapes : conception, choix des matières premières, fabrication, transport, distribution, utilisation et, enfin, fin de vie.
« Le développement durable aura une influence sur l’aspect des produits, estime Frédéric Beuvry, directeur du Design Corporate du Groupe Seb. L’un des moyens de prolonger leur durée de vie est évidemment d’user de matériaux plus résistants. Les produits seront ainsi plus solides, littéralement “durables ”. » Pour le designer Jasper Morrison, « la “durabilité ” d’une chaise, par exemple, c’est de s’assurer que lorsque quelqu’un en achète une, il ne va pas la jeter un an après parce qu’il n’en est pas content ou parce qu’elle ne lui plaît plus ».
Entre alors en jeu une notion des plus subjectives : le lien émotionnel avec l’objet. Les gens jettent en effet souvent un produit bien avant qu’il ne soit usé ou cassé, sans doute parce qu’il n’est plus pertinent dans leur vie. « La “durabilité ”, c’est aussi s’attacher à l’objet, confirme Frédéric Beuvry. Il faut donc impérativement tisser un nouveau lien entre l’objet et l’utilisateur. »
Prendre au sérieux le développement durable en matière de conception de produits suppose non seulement de penser les objets et leur usage de façon à ce qu’ils soient conciliables avec une réduction générale des flux de matières et d’énergie, mais aussi d’inverser le développement irresponsable de nouveaux objets. Un acte qui passe nécessairement par un profond changement de société. « Nous sommes aujourd’hui des gaspilleurs, car le système est ainsi fait pour que nous le soyons, observe Jasper Morrison. Qu’on se souvienne de l’époque de nos grands-parents, où gaspiller était une disgrâce. »

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°612 du 1 avril 2009, avec le titre suivant : Vie et mort d’un objet : vers un « design durable »

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