Une multitude de techniques

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007

Inventée au XVe siècle, l’estampe, support de diffusion des images à la Renaissance, se perfectionne au cours des siècles n Aujourd’hui, les processus utilisés sont très nombreux…

Apparue en Europe au XVe siècle et pratiquée par des artisans qualifiés, l’estampe – ou image imprimée sur un support souple à partir d’une matrice – connaît son heure de gloire à la Renaissance. Face à une demande croissante, la technique se perfectionne. La gravure sur bois est ainsi supplantée – elle reste utilisée pour le livre et l’image pieuse – dès la seconde moitié du XVe siècle, au profit de la gravure sur métal (généralement sur cuivre), plus minutieuse, et souvent pratiquée par des orfèvres. Poussée à un point d’excellence par plusieurs artistes germaniques, dont Martin Schongauer et Albrecht Dürer, la gravure acquiert un statut autonome. Devenue un mode d’expression artistique à part entière, les techniques se multiplient : eau-forte, pointe-sèche, manière noire ou lithographie, un procédé inventé en 1798 et qui s’impose par sa plus grande simplicité de mise en œuvre. L’art de la gravure décline pourtant au XIXe siècle avec l’apparition de la photographie. Il connaît un regain d’intérêt au siècle suivant, notamment grâce aux expressionnistes allemands ou à des artistes tels que Matisse, Dalí ou Picasso, puis avec la sérigraphie, appréciée des artistes pop américains. L’estampe, encore pratiquée par quelques artisans spécialisés ou au sein de l’Atelier du livre et de l’estampe de l’Imprimerie nationale est aujourd’hui de nouveau à l’honneur chez les artistes. Il faut différencier les techniques, c’est-à-dire les moyens utilisés pour travailler la matrice (bois, métal, linoléum, pierre ou soie) et les modes d’impression (relief, creux, plat, pochoir).

Gravure en relief : généralement sur bois (ou xylographie) ou sur linoléum (linogravure). Le trait émerge en relief et c’est ce relief qui reçoit l’encre.

Gravure en taille-douce (en creux ou intaglio) : ensemble des procédés de gravure sur plaque de métal, qui comprend :
- le burin : technique appelée du nom de l’outil utilisé et qui consiste à creuser des sillons plus ou moins profonds dans la plaque avec une tige d’acier, en ôtant du métal. Cette technique procure une grande netteté du trait à l’impression.
- la pointe-sèche : procédé inverse. La plaque est griffée au repoussé, sans ôter de la matière et en laissant des « barbes ». Ces dernières créent un effet d’estompe.
- l’eau-forte : technique qui requiert l’utilisation d’un acide. Celui-ci « mord » – c’est-à-dire creuse – la plaque, préalablement vernie, dans les parties qui ont été rayées à la pointe d’acier.
- l’aquatinte consiste à utiliser une plaque déjà traitée à l’eau-forte en la chauffant puis en la protégeant de poudre de résine, avant de la replonger dans un nouveau bain d’acide. Cette opération adoucit le rendu de l’eau-forte et produit des effets de lavis.
- la « manière-noire » produit des variations de gris et de noirs. Introduite au XVIIe siècle, elle consiste à ériger de très fines pointes de cuivre sur la plaque, qui sont ensuite plus ou moins écrasées pour l’obtention des nuances.
- la manière de crayon : procédé de gravure sur métal imitant le trait crayonné, utilisant souvent des tiges à trois pointes, des matoirs (sorte de poinçon) et des roulettes.
- le vernis mou : dérivé de l’eau-forte. Le dessin est exécuté directement sur un papier apposé sur une plaque de métal recouverte d’un vernis tendre.

Aquagravure : procédé inventé à la fin des années 1980 par Bernard Pras. L’impression s’effectue sur la pâte à papier humide, à l’aide d’une matrice souple et élastique (généralement en caoutchouc).

Photogravure : procédé consistant à transférer une image photographique sur une plaque de métal afin de l’imprimer.

Sérigraphie : technique d’impression au pochoir avec une matrice en soie ou en tissu synthétique.

Lithographie : gravure sur pierre. Technique inventée en 1798 par Alois Senefelder, qui révolutionne l’estampe. Le dessin est exécuté à la craie ou au crayon gras sur une pierre calcaire (elle se pratique aussi sur zinc ou aluminium). Il n’est donc ni en creux ni en relief. L’imprimeur lithographe humidifie la pierre avec de l’eau, qui ne mouille que les parties non-dessinées. La pierre est ensuite encrée : l’encre ne se fixe que sur les parties grasses. Le lithographe applique ensuite une feuille de papier sur la pierre et l’ensemble est passé sous une presse lithographique. Le résultat est proche de l’effet du dessin. L’absence de contrainte de gravure permet de réaliser des grands formats. L’offset, procédé industriel, est un dérivé de la lithographie.

Cliché-verre : procédé d’impression par les moyens photographiques. Il est effectué à partir d’un négatif sur verre. La plaque est enduite d’encre et saupoudrée de céruse, sur laquelle l’artiste dessine à la pointe d’acier. Le tirage est obtenu par l’action de la lumière sur papier sensible.

Monotype : procédé non-reproductible réalisé avec de la peinture à l’huile ou de l’encre d’imprimerie, sur plaque de zinc ou de cuivre non gravée.

Lire les autres articles du dossier Estampe du Journal des Arts 258 (27 avril au 10 mai 2007) :

- Un travail de construction-destruction

- L’estampe fait salon

- L’estampe en sa demeure

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°258 du 27 avril 2007, avec le titre suivant : Une multitude de techniques

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