Samedi 5 décembre 2020

Un salon plus éclectique

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 15 mars 2011 - 852 mots

Le Salon du dessin, organisé du 30 mars au 4 avril au Palais Brongniart à Paris, s’ouvre aux enluminures et renforce la présence de l’art moderne.

Le Salon du dessin, à Paris, qui a déjà 20 ans, se porte comme un charme. Sa formule intimiste et ouatée continue de séduire les collectionneurs et conservateurs du monde entier. En dépit de la raréfaction galopante, les galeries sortent encore quelques pépites de leurs chapeaux. Jean-Luc Baroni (Londres) présente ainsi dans l’édition 2011 un Chasseur d’aigle par Goya et une étude du baron Gérard pour le Baiser de l’Amour conservé au Musée du Louvre. Clin d’œil au Louvre aussi chez de Bayser (Paris), avec le seul pastel connu de Charles Natoire, lié à un tableau perdu du musée parisien. Du classique enfin chez Éric Coatalem (Paris) avec une étude recto verso de Simon Vouet ou encore un joli Portrait de la comtesse Amédée de Pastoret par Ingres.

Cette année, la foire étend son champ aux enluminures, un monde plus fréquemment associé à l’art du livre qu’au dessin à proprement parler. Aussi la galerie Les Enluminures (Paris) a-t-elle choisi de montrer des feuilles jouant sur la porosité entre ces deux mondes, notamment deux détrempes réalisées selon la technique du dessin mais sur parchemin. « Historiquement, beaucoup des tout premiers collectionneurs de miniatures étaient aussi collectionneurs de dessins, à l’instar du baron Lanna de Prague, de Robert Forrer ou de Robert Holdford, souligne Sandra Hindman, directrice de la galerie. Par ailleurs, il est improbable qu’un collectionneur de dessins italiens des XVe et XVIe siècles trouve un dessin du XIIIe siècle, alors qu’il n’est pas aussi difficile de trouver une miniature de la même époque. » 

« Le mieux du mieux »
La manifestation joue sur les deux extrémités de la chronologie avec une inflexion marquée vers le moderne. D’ailleurs, d’après les statistiques du salon, les visiteurs interrogés s’intéressent à 44 % à l’art moderne contre 37 % aux feuilles anciennes. Pour satisfaire ce public, la galerie Zlotowski (Paris) prévoit un pastel d’Amédée Ozenfant de 1926, et une aquarelle de Theo Van Doesburg de 1925 issue de l’ancienne collection Jean Arp. Pourquoi cet habitué de la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) participe-t-il fidèlement au salon ? « Il n’y a pas, même en filigrane, une quelconque dimension de décoration, indique Éric Mouchet, directeur de la galerie. C’est une démarche de collectionneur comme on les aime. » L’arrivée d’Applicat-Prazan (Paris) renforce l’art français d’après guerre. « Les œuvres sur papier représentent depuis longtemps pour nous une grosse activité en termes de volume, explique Franck Prazan. Les amateurs d’Hartung ou de Poliakoff sont dépassés par les prix actuels, et ils n’ont que trois choix : se rabattre sur des artistes moins importants ; rester concentrés sur les mêmes mais sans pouvoir acheter les œuvres significatives ; ou alors considérer que le papier est aussi intéressant que la toile. Dans ce cas, on peut viser le mieux du mieux. » C’est d’ailleurs de cette catégorie que relève Girations, un dessin de 1946 d’Atlan présenté par Prazan.

Le contemporain se fraye aussi un chemin, avec l’exposition des nominés du Prix de dessin contemporain de la Fondation Florence et Daniel Guerlain et la présence de quelques galeries comme Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg), ou cette année David Nolan (New York). « On est séduit par le côté connaisseur du salon et sa clientèle internationale. Plusieurs de nos clients new-yorkais ont décidé de visiter cette année le salon parce que nous y exposions », relate Katherine Chan, de la galerie David Nolan, laquelle prévoit des œuvres de Sandra Vásquez de la Horra et de Jorinde Voigt.

La sérénité de ce petit monde feutré a toutefois été ébranlée l’an dernier par la création de la section « Works on paper » à Tefaf, la foire d’art et d’antiquités de Maastricht. « Tant qu’on arrive à faire un si beau salon, on n’a pas de risque, mais l’initiative de Tefaf n’est pas celle qui m’a fait le plus plaisir », admet Hervé Aaron, président de la Société du dessin. « Les dessins, ça n’a jamais vraiment marché à Maastricht, mais je ne serais pas étonné que cela devienne à terme une concurrence pour le Salon, car Tefaf est une foire forte. Une tête de Boucher que j’avais apportée plusieurs fois au salon s’est finalement vendue à Maastricht », souligne pour sa part Jean-Luc Baroni. 

Plus ennuyeux que la concurrence de Maastricht, d’autres marchands invoquent un délitement continu de leur chiffre d’affaires depuis cinq ans sur le Salon. « L’événement est phagocyté par la Semaine du dessin et les ventes publiques, déplore un marchand. Il y a une raréfaction des objets et une érosion de la clientèle française qui ne se renouvelle pas. » D’ailleurs, 77 % des visiteurs de la foire n’ont encore jamais acheté de dessins. Pour transformer ce public en clients, les organisateurs ont donné aux exposants un mot d’ordre : une grande diversité de prix. 

SALON DU DESSIN

Organisation : Société du Salon du dessin

Nombre d’exposants : 39

Tarif du stand : 22 500 euros TTC

Nombre de visiteurs en 2010 : 13 000

SALON DU DESSIN

30 mars-4 avril, Palais de la Bourse, 75002 Paris, www.salondudessin.com, le 30 mars, 1er, 2 et 3 avril 12h-20h30, le 31 mars 12h-22h, le 4 avril 12h-20h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°343 du 18 mars 2011, avec le titre suivant : Un salon plus éclectique

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