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Suay Aksoy, nouvelle présidente de l’Icom : « Il nous faut rénover la définition du musée »

La Turque Suay Aksoy, qui vient d’être élue à la présidence de l’Icom, livre sa feuille de route pour les prochaines années.

La Turque Suay Aksoy a été élue à la présidence du Conseil international des musées (Icom) le 9 juillet, où elle a succédé à l’Allemand Hans-Martin Hinz. Diplômée de l’université de Leicester, elle a cofondé l’Association des musées turcs ainsi que l’ONG Kader, qui travaille à la formation des femmes et à leur représentation dans la vie politique. Figure familière de l’institution, elle dirigeait auparavant son comité consultatif, à la source de la majorité des recommandations.

Pourquoi vous êtes-vous portée candidate à la présidence de l’Icom ?
Quand on dirige le comité consultatif, on est aux premières loges des décisions importantes. L’expérience des rouages de l’institution donne des idées pour mettre en place les réformes nécessaires, la manière de le faire, et pour développer de nouveaux projets. Je crois en la capacité des musées à transformer les sociétés et à être un outil incontournable du vivre-ensemble. Je serais très heureuse d’y contribuer davantage. Je me sens privilégiée et très heureuse de prendre la responsabilité d’une ONG de cette importance, soixante-dix ans après sa création.

Que retenez-vous de la Conférence générale de l’Icom [qui s’est tenue à Milan du 3 au 9 juillet] ?
Une importante réforme des statuts a été votée. Il faut désormais la mettre en œuvre. Par ailleurs, nous devons lancer de nombreux projets de « capacity building » : nos compétences, nos moyens et notre vocation nous poussent à offrir plus de formation et à considérer notre activité comme un important vecteur de développement économique, social, et de paix. Ce chantier est immense et hautement prioritaire.

Pour les 36 000 membres de l’organisation, que change l’adoption des nouveaux statuts ?
Je crois que nos membres sont fiers du fonctionnement démocratique de l’Icom et de nos efforts pour valoriser les rôles respectifs des comités nationaux et internationaux. Mais tout ce qui vise à augmenter l’apport de chacun doit être facilité. Avec les nouveaux statuts, nous accentuons le fonctionnement de l’organisation en logique de projet, nous soutenons les initiatives locales et nous facilitons les partenariats, en interne comme en externe. Nous voulons mieux valoriser l’apport de chacun, qu’il vienne du Nord ou du Sud, d’un musée-monde ou d’une petite institution. À cet effet, le secrétariat général devra aussi se réformer prochainement. Nous avons besoin d’une meilleure communication, horizontalement et verticalement.

Vous héritez d’une institution en bonne santé financière, et dont le nombre de membres est en forte augmentation. Dans quels champs doit-on attendre les investissements les plus importants ?
Le premier objectif reste de toujours faire mieux, dans tous nos domaines d’action. Nous sommes historiquement focalisés sur les musées et le patrimoine culturel. C’est l’ADN de notre activité, mais le temps et les circonstances ont fait évoluer notre action. Les efforts pour la protection des biens culturels sont devenus centraux, et les conflits armés et leurs risques associés devraient continuer à nous imposer cet agenda. Les « listes rouges » [qui répertorient les catégories d’objets ou d’œuvres d’art en péril dans les zones vulnérables, NDLR] sont ainsi devenues une référence pour beaucoup d’acteurs dans le monde et nous allons continuer d’y travailler.

Quand je parle par ailleurs de « capacity building », je pense aussi aux moyens, par la formation des professionnels et le partage d’expérience, de promouvoir la démocratie et la paix. Et donc de prévenir les conflits qui nous forcent à créer les listes rouges. Enfin, l’Icom est organisé sur la base de ses 120 Comités nationaux, mais ne représente pas seulement des pays. Nous sommes une ONG globale, et la promotion et la protection du patrimoine culturel et naturel nous invite à penser aussi à l’échelle régionale. L’angle régional est doublement intéressant. Outre les collaborations multilatérales qu’il permet et qui sont autant de moyen de prévenir les conflits, il induit des économies d’échelle, notamment dans tous les programmes de formation que je veux financer : langues identiques ou proches, mêmes problématiques climatiques ou politiques, patrimoines communs. C’est un des points clés que je veux développer.

La notoriété de l’Icom a récemment augmenté avec la publicité donnée aux listes rouges. N’y a-t-il pas un risque que l’Icom y soit exclusivement associé ?
Je ne pense pas. Certes, la lutte contre le trafic des biens culturels est une des missions clés de l’Icom, que nous devons poursuivre et perfectionner encore. Mais cette visibilité nous a aussi permis d’être mieux identifiés par beaucoup d’acteurs, ce qui devrait augmenter nos capacités d’action du point de vue de la coopération. En agissant au plus près de ceux qui en ont besoin, nous sommes dans notre cœur de métier, ce qui me conforte dans la priorité que constitue le capacity building.

Quelles sont vos premières actions concrètes ?

Il nous faut rénover la définition du musée. Cela peut paraître théorique, mais c’est une importante mission, parce que ces quelques lignes définissent ce que nous sommes et ce vers quoi nous allons. Un groupe de travail important a été formé et a rendu ses conclusions à Milan. Nous allons prendre des décisions.

Et d’un point de vue plus concret ?
Dans la même logique, il faut mettre à jour le code de déontologie, qui est un outil phare pour toute notre communauté. Enfin, toutes les instances responsables de la formation, dont l’ITC [International Training Center, le Centre international de formation en muséologie installé à Pékin], vont être mobilisées rapidement pour développer nos capacités en la matière.

L’Icom a-t-il vocation à se positionner sur des sujets politiquement sensibles, comme les restitutions ?
Bien évidemment, il n’y a aucun tabou. Nous en parlons régulièrement, parce que tous les professionnels sont concernés, dans un sens ou dans l’autre. La complexité du sujet et les particularités rendent peu probable la rédaction d’une recommandation globale, mais nos comités internationaux et nationaux travaillent sur la question. L’Icom agit en tant que médiateur dans des conflits entre institutions, et nous devons à ce titre donner aux sujets complexes un corpus de réflexions utiles aux décisions.

Après un développement réussi et une visibilité croissante, quel pourrait être l’objectif de l’Icom pour 2050 ?

Que tous les musées adoptent notre code de déontologie.

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Légende Photo :
Suay Askoy © ICOM.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°462 du 2 septembre 2016, avec le titre suivant : Suay Aksoy, nouvelle présidente de l’Icom : « Il nous faut rénover la définition du musée »

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