Série noire dans les musées

Le Journal des Arts

Le 22 mai 1998 - 721 mots

Au Louvre, à Orléans, Compiègne et Valençay, du 30 avril au 12 mai, une série de vols a été perpétrée dans plusieurs musées français. De jour comme de nuit, déjouant la surveillance, des malfaiteurs se sont emparés de précieux tableaux et objets d’art, parmi lesquels un Corot estimé six à huit millions de francs.

PARIS - La série noire que viennent de connaître les musées français entre le 30 avril et le 12 mai met en cause aussi bien l’homme que la technique. Il n’y a certes pas de “risque zéro”, mais il n’existe pas non plus de fatalité, contrairement à ce que les propos de Pierre Rosenberg, président-directeur de Louvre, pourraient laisser entendre. “Le personnel fait tous ses efforts pour éviter ce genre de choses, a-t-il déclaré le 3 mai, après la disparition du Corot. Les vols sont à mon sens peu nombreux au Louvre ; ils font partie de notre sort.” Catherine Trautmann, en revanche, refuse la résignation et souhaite que “les dispositifs de sécurité actuellement en vigueur fassent rapidement l’objet d’une étude détaillée prenant en compte les différents aspects humains, organisationnels et techniques”. Une remise en cause s’impose, en effet, au regard de la gravité des faits.

Le vol le plus récent s’est produit dans la nuit du 11 au 12 mai, au Musée national du château de Compiègne. Une vingtaine d’objets d’art des XVIIIe et XIXe siècles ont été dérobés : des pendules, vases de Sèvres, torchères, appliques et chenets en bronze, ainsi qu’un petit marbre de Bouchardon. Entre deux rondes, six salles des appartements impériaux, sur la trentaine que compte le musée, ont été visitées. Les cambrioleurs ont par ailleurs détruit ou endommagé, en tentant de les enlever, trois éléments de décoration, notamment une cuve ovale en Sèvres et une coupe de cristal. La Direction des Musées de France (DMF) a pris soin de préciser que les objets volés étaient dûment inventoriés et photographiés. Les malfaiteurs ont d’abord fracturé la serrure de l’une des grilles du parc, dépourvue d’alarme bien qu’un cambriolage ait déjà eu lieu en 1996. Ils ont ensuite forcé la grille de protection d’une fenêtre de l’entresol où, là encore, aucun système d’alarme n’avait été installé, les grilles des fenêtres étant réputées solides. L’entrée n’avait peut-être pas été protégée parce que la gestion du parc ne dépend pas de la DMF... Il sera bientôt mis fin à cette incohérence par la réunion sous une même direction du château et du parc.

Dans la nuit du 29 au 30 avril, le château de Valençay, qui n’est pas un musée national, avait également reçu la visite de cambrioleurs. Après avoir forcé plusieurs portes et portails, ils ont emporté – en l’espace de trois minutes – une horloge Louis XVI, huit flambeaux, deux torchères et une horloge Empire. La police tente actuellement d’identifier les malfaiteurs grâce aux vidéos du système de surveillance intérieur. De son côté, la direction du site a fait parvenir aux professionnels du marché de l’art des photographies des objets, qui venaient d’être présentés à une commission en vue d’une inscription à l’inventaire des Monuments historiques.

La disparition du Corot au Louvre a été découverte aux alentours de 13h45. Rapidement, la décision est prise de fermer les issues du musée et de fouiller les visiteurs, particulièrement nombreux en ce premier dimanche du mois, jour de gratuité. De 14h à 17h environ, le public va s’agglutiner sous la Pyramide, attendant avec une certaine nervosité la fin des opérations, sans que lui soit donnée la moindre information. Catherine Hartenstein, dont l’association “Démarche qualité et culture�? milite pour une meilleure prise en compte des publics par les musées, se trouvait au Louvre le 3 mai. “J’ai attendu pendant plus de deux heures, dans la plus totale ignorance des faits. Une chance qu’il n’y ait pas eu de mouvement de panique.�? Elle nous confirme qu’aucune information n’a été diffusée. Face à ce problème comme à d’autres, elle note une “gestion désinvolte du public, typiquement française�?. Selon elle, la confusion qui a régné dans ces circonstances trahit l’absence d’une procédure en cas de crise. Ces incidents sont “extrêmement choquants�? et constituent “l’exemple de ce qui ne doit pas se reproduire�?. La société des Amis du Louvre offre une récompense de 100 000 francs à toute personne qui apporterait un renseignement réellement décisif permettant de retrouver le tableau volé.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°61 du 22 mai 1998, avec le titre suivant : Série noire dans les musées

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