Vols en série : comment protéger les musées ?

Le Journal des Arts

Le 22 mai 1998

Vol d’un Corot au Louvre et d’un Sisley à Orléans, cambriolages aux châteaux de Compiègne et de Valençay : les musées français ont connu une série noire qui met en lumière les lacunes persistantes de la sécurité. Une question dont Catherine Trautmann souhaite faire sa « priorité », en annonçant une mission d’expertise dans les musées nationaux.

PARIS - “La situation de sous-effectif nous oblige aussi à réduire, parfois en-deçà des exigences de sécurité, la présence d’agents dans les salles”, écrivait Pierre Rosenberg, président-directeur du Louvre, dans une lettre adressée à Catherine Trautmann le 17 avril. À la lumière de ces propos, le vol du tableau de Camille Corot, Le chemin de Sèvres, le 3 mai, après celui d’une stèle grecque du IVe siècle av. J.-C. en janvier, surprend moins. Prenant subitement conscience de ce manque de moyens, la ministre de la Culture a annoncé, après le cambriolage de Compiègne, la création de postes d’agents de surveillance et la mise en place de crédits d’équipements de sécurité dans les musées nationaux, en 1999.

Le Corot était pourtant protégé par une vitre, à l’instar du pastel de Robert Nanteuil volé en 1994. Le malfaiteur a “tourné la difficulté […] en enlevant la toile sur son châssis, et en laissant le cadre et la vitre”, a expliqué M. Rosenberg. Après la disparition d’un tableau de Turpin de Crissé, en 1994, il avait estimé que la mise sous vitre du plus grand nombre possible  d’œuvres constituerait une sécurité accrue, mais que c’était “une solution extrêmement coûteuse”. L’inefficacité de cette protection a été confirmée par la disparition, le 30 avril, du Jardin au bord de l’eau d’Alfred Sisley, au Musée des beaux-arts d’Orléans. La pièce où se trouvait le tableau était de surcroît sous vidéo-surveillance, mais le système ne couvrait pas cet angle. La vidéo est pourtant un des moyens privilégiés pour assurer la sécurité des œuvres. Au Louvre, de telles installations existent, mais toutes les salles – notamment celles des Corot – n’en sont pas équipées. “C’est un de nos problèmes constants de surveillance. Nous avons bien 36 sortes de systèmes électroniques, visuels ou sonores qui permettent de piéger les tableaux, mais il serait extrêmement coûteux de les installer dans tous les recoins du musée”, a déclaré M. Rosenberg. Le chemin de Sèvres étant estimé entre 6 et 8 millions de francs (valeur d’assurance), les questions de coût deviennent toutes relatives. Quant au château de Compiègne, il a été victime à la fois de malfaiteurs bien informés et d’une invraisemblable négligence. Alors qu’un cambriolage y avait déjà été perpétré en 1996, la grille du parc n’avait pas été munie d’une alarme. La disparition d’objets d’art, qui sont souvent des multiples, repose la question du marquage électronique permettant d’identifier les œuvres lors de leur éventuelle mise en vente.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°61 du 22 mai 1998, avec le titre suivant : Vols en série : comment protéger les musées ?

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