Rénovation de la vénérable Asia Society à New York

Les espaces d’exposition sont agrandis, permettant à la Collection Rockefeller d’être montrée en permanence

Le Journal des Arts

Le 9 novembre 2001

Le siège new-yorkais de l’Asia Society, tout récemment rénové et agrandi (lire le JdA n° 127, 11 mai 2001), s’ouvre avec trois importantes expositions. Si
le vernissage a été repoussé au 17 novembre à cause des attentats du 11 septembre, pour Vishaka Desai, sa directrice, « nous inaugurons les lieux avec une énergie renouvelée ». Les espaces d’exposition ont notamment doublé après l’intervention de l’architecte Bartholomew Voorsanger.

NEW YORK - L’Asia Society a été fondée en 1956 par John D. Rockefeller afin de favoriser les relations entre l’Amérique et la Chine et de présenter la collection originale de chefs-d’œuvre asiatiques qu’il avait lui-même constituée, et qui est revenue à la Society à sa mort, en 1978. La collection a tout d’abord été installée dans la 64e East Street, mais le legs prévoyait les fonds nécessaires pour la construction du bâtiment sur Park Avenue, qui a été achevé en 1981. Cependant, la Collection Rockfeller n’était montrée que sporadiquement à cause des contraintes imposées par l’espace. À présent, elle dispose d’un lieu permanent au troisième étage, où les œuvres seront présentées en alternance.

Pour l’architecte Bartholomew Voorsanger, auteur du projet, l’art asiatique se distingue par “la sensibilité du détail et l’élégance de la ligne”, deux caractéristiques qu’il a voulu refléter dans ses aménagements intérieurs. La boutique et son écran en bambou ondulant à la façon de Frank Gehry dominent maintenant le hall d’entrée, tandis que la cage d’escalier moderne en acier blanc et verre bleu détonne plutôt avec son environnement. Une serre en verre (elle aussi dans un style ondulé à la Gehry et baptisée “The Garden Court” – Le Jardin d’hiver), garnie d’arbres et d’une sculpture, sert de café. Les sols en marbre bleu ou en bambou contribuent à donner une atmosphère asiatique.

Art asiatique contemporain
L’institution emploie 145 personnes et finance elle-même 90 % de son budget annuel de fonctionnement. Des travaux évalués à 38 millions de dollars (279 millions de francs) ont doublé les espaces d’exposition dans ce bâtiment datant de 1981. L’agrandissement des locaux permet aussi de présenter un programme harmonieux mêlant art asiatique traditionnel et contemporain, et combinant des expositions permanentes et temporaires. Comment définir exactement l’art asiatique ? “Nous couvrons trente pays, de l’Iran à la Chine, c’est-à-dire la moitié de la population mondiale”, déclare la directrice.

Les expositions inaugurales reflètent cette diversité. “Moines et marchands : trésors de la route de la Soie en Chine du Nord, du IVe au VIIe siècles” présente des objets en verre, des textiles, des céramiques, des œuvres en métal et des sculptures, soit 120 œuvres au total. La plupart ont été découvertes lors de fouilles récentes et sont exposées pour la première fois en Occident. Ces pièces ont été créées entre la chute de la dynastie Han et l’essor de l’empire Tang. Bien que mal connue, cette période a néanmoins été une époque d’effervescence culturelle, religieuse et économique avec l’entrée en masse dans le pays de marchands et de missionnaires, faisant circuler de nouvelles marchandises, des idées neuves et le bouddhisme. Les œuvres prêtées pour l’exposition viennent toutes de la province du Gansu et de la Région autonome du Ningxia.

Dans l’exposition intitulée “Creative Eye” (Regards de créateurs), des plasticiens, des écrivains et des danseurs tels que Laurie Anderson, Francisco Clemente, Bill Viola, Milton Glaser et Maya Lin ont été invités à sélectionner chacun trois pièces. Les œuvres comprennent aussi bien une statue japonaise du XIIIe siècle que des paysages inspirés de la philosophie zen peints sur rouleaux ou encore une Shiva indienne en bronze du XIe siècle.

L’Asian Society a commencé à s’intéresser à l’art asiatique contemporain au milieu des années 1990 “parce que personne d’autre ne le faisait”. Maintenant, ses expositions voyagent dans le monde entier. Vishaka Desai tient beaucoup à exposer des œuvres actuelles. “Ignorer l’art asiatique contemporain induit les gens en erreur, déclare-t-elle, comme si le seul art asiatique ‘authentique’ était l’art ancien ! Cela donne à penser que l’on ne fait pas d’art en ce moment en Asie, et qu’il n’y a rien de créatif, ce qui est entièrement faux.”

La troisième exposition inaugurant le nouvel espace de Park Avenue met ainsi en vedette deux femmes venant d’Inde et du Pakistan, Nilma Sheikh et Shahzia Sikander. Toutes deux s’inspirent de la peinture miniaturiste indienne, mais avec des résultats très différents. Sont également invités neuf artistes orientaux – quatre femmes et cinq hommes –afin de créer de nouvelles installations spécifiques pour le lieu, pour des expositions de longue durée. Ces installations comprennent des peintures murales, des sièges, une sculpture d’eau et une œuvre en néon de plasticiens tels que Vong Phaophanit (Laos), Navin Rawanchaikul (Thaïlande), Sarah Sze (artiste sino-américaine), Heri Dono (Indonésie), le Chinois Xu Bing et le Japonais Tatsuo Miyajima.

Enfin, le changement de nom de l’institution, devenue l’“Asia Society and Museum”, est censé préciser qu’il s’agit bien d’une institution publique. Quant à l’agrandissement de l’espace d’exposition, il permettra au musée de ne plus fermer entre les expositions. L’institution propose aussi cinq sites Internet qui donnent des informations sur la question asiatique dans son ensemble.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°136 du 9 novembre 2001, avec le titre suivant : Rénovation de la vénérable Asia Society à New York

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