Nantes lance son invitation à un voyage artistique

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 28 juin 2012 - 1473 mots

Du 15 juin au 19 août 2012, Nantes inaugure son Voyage à Nantes , un parcours pérenne de 8,5 km imaginé au sein de la ville pour mettre en valeur sa richesse artistique et culturelle.

Un air paisible flotte sur la ville. Nantes s’éveille. Les trottoirs bruissent des premiers pas des passants et la gare ferroviaire déverse ses voyageurs en bordure du canal Saint-Félix. Le regard balaie les bords de l’Erdre qu’éclaire une lumière limpide, puis se pose sur un îlot d’embarcations amarrées, envahies de végétation, création 2012 de Fabrice Hyber et première étape du   Voyage à Nantes  , parcours dans l’ancienne cité portuaire initié par Jean Blaise, responsable du tourisme de Nantes Métropole. Le nom donné à cet itinéraire construit en quarante et une étapes est une invitation à saisir en toute saison ce qui a fait la personnalité et le charme de cette ville. En filigrane, les œuvres d’artistes réalisées in situ, dans le cadre des éditions   Estuaire   2007, 2009 et 2012, prennent place dans le paysage urbain et sur les rives de la Loire, de Nantes à Saint-Nazaire.
Pour l’inauguration de ce   Voyage à Nantes  , des expositions cet été et des interventions plastiques ont été prévues. Sur invitation de Blandine Chavanne, directrice du Musée des beaux-arts, et de Jean de Loisy, directeur du Palais de Tokyo à Paris, l’artiste Alain Séchas a sélectionné pour sept lieux patrimoniaux de la ville des œuvres dans les collections du musée actuellement fermé pour extension et rénovation. Au programme également, des rendez-vous festifs et des croisières sur la Loire. Des drapeaux conçus par les habitants de différents quartiers de l’agglomération se déploient le long des rues et des ponts.

Du Lieu Unique à la chapelle de l’Oratoire
Depuis le 15 juin, et jusqu’au 19 août, Nantes célèbre ce parcours pérenne, fine bande peinte sur le sol que l’on suit à pied sur 8,5 km, curieux et attentif aux traits de cette localité aux bras de la Loire comblés et au fleuve aussi languissant qu’impétueux. Entamer donc la lecture en bordure du canal de l’Erdre et pénétrer alors, comme le suggère le parcours, dans l’ancienne biscuiterie LU reconvertie en lieu interdisciplinaire où salles d’exposition et de spectacle, bar-restaurant et hammam se côtoient. Chaises longues et tables à l’extérieur donnent le ton de l’ambiance conviviale du Lieu Unique, scène nationale et emblématique du bouillonnement culturel de Nantes.
Emprunter le pont qui enjambe la Loire : remparts et façades des XVe, XVIe et XVIIe siècles du château des ducs de Bretagne et cathédrale à l’arrière dominent la perspective, le centre moyenâgeux et Renaissance de la cité se profile. Au préalable, cependant, découvrir la sublime chapelle de l’Immaculée – seul édifice religieux de style gothique flamboyant avec la cathédrale – et La Cène de Gaston Chaissac mise en relation par Alain Séchas avec des œuvres de Toni Grand avant de poursuivre son chemin vers la chapelle de l’Oratoire à l’intérieur paré de grands autoportraits de Yan Pei-Ming. En contrepoint, le délicieux Jardin des plantes, où Julien Gracq, lycéen, aimait se promener, s’étire en toute volupté.
Le  "Voyage à Nantes"  affectionne les incises et les points de vue sur la ville. Du nouveau bar aménagé par l’artiste Jean Jullien au dernier étage de la tour Bretagne, bâtiment des années 1970, appréhender ainsi à 360° son territoire ponctué de places ; place du Bouffay, place Royale, place Graslin qui invitent à passer du Nantes moyenâgeux et Renaissance au Nantes industriel et financier que l’élégant quartier Graslin, bien que bombardé durant la Seconde Guerre mondiale, raconte.

De l’Opéra Graslin au port de Nantes
Passage Pommeraye, Théâtre Graslin – siège aujourd’hui de l’opéra – et cours Cambronne distillent leur charme à foison et quelques surprises. Reproduction entre autres dans le flamboyant passage Pommeraye, qui inspira Jacques Demy, de la boutique de télévisions de Michel Piccoli dans Une chambre en ville et envolées lyriques accessibles à tous à l’Opéra Graslin. Ailleurs, sous l’impressionnante coupole de l’immeuble Art déco de la Compagnie générale des accidents, la Danseuse échevelée de Julio González provoque d’autres éblouissements.
En contrebas, le quai de la Fosse ramène au port de Nantes, autrefois centre commercial prospère et premier port de la traite négrière en France comme l’évoque l’instructif Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Krzysztof Wodiczko et Julian Bonder inauguré en mars dernier. En face, l’île de Nantes, hier terre des industries et des chantiers navals, poursuit le récit. Aux années de déshérence après la mise à flot en 1987 du Bougainville, dernier navire des chantiers Dubigeon, succède depuis une métamorphose nourrie d’initiatives culturelles et de constructions architecturales de renom porteuses de renouveau.

Revenir sur ses pas pour le parcours nocturne
Passé le pont, le parc des Chantiers introduit à ses premiers acteurs, François Delarozière et Pierre Orefice, créateurs des Machines de l’île, et à leur dernière construction : l’impressionnant Carrousel des mondes marins où se meuvent sur trois niveaux animaux aquatiques et attelages marins tirés du monde fantastique de Jules Verne. Devenu lieu de promenade prisé, le parc, où se profilent cales, grues portuaires et hangars, concentre d’autres attraits notamment le long du quai des Antilles, rythmé par Les Anneaux de Daniel Buren et Patrick Bouchain, et animé de bars-restaurants. Revenir sur ses pas nous conduit vers l’autre partie de l’île révélant une nouvelle trame de constructions contemporaines marquantes, tel le palais de justice de Jean Nouvel.
On pourrait traverser la passerelle Victor-Schoelcher pour conclure le périple sous les allées de magnolias qui fleurissent dans la ville, à moins, la nuit venue, de se laisser surprendre le long du parcours par d’autres éclats imaginés par des artistes comme François Morellet ou Ange Leccia !

Le château des ducs de Bretagne
Derrière ses remparts, le Grand Logis, dont la construction fut amorcée par François II, abrite le Musée d’histoire de Nantes et une exposition temporaire consacrée au naufrage de L’Austria. Cour, remparts et douves sont en accès libre. Dans le cadre des festivités du   Voyage à Nantes  , le château accueille un nouveau spectacle de la compagnie Royal de Luxe et l’une des cinq stations gourmandes associant cuisine et jardin, et combinant, ici dans la cour, de grands pommiers et des tables de pique-nique.
www.chateau-nantes.fr

La cathédrale
Somptueuse façade en tuffeau blanc et voûtes plus hautes que celles de Notre-Dame de Paris (37,5 m) introduisent à un des chefs-d’œuvre de la Renaissance : le tombeau en marbre blanc de François II, dernier duc de Bretagne, et de Marguerite de Foix, commandé par leur fille Anne de Bretagne et réalisé par Michel Colombe en 1507. Cet été, le parcours   Voyage à Nantes   met en place une structure permettant de découvrir vus de haut les gisants que les dimensions de la sépulture ne laissent voir ordinairement qu’en partie.

La Hab Galerie
Aménagé dans le Hangar à bananes, ce très bel espace dédié à l’art contemporain propose cet été la première exposition monographique en France de l’artiste suisse Roman Signer, dont on peut voir Le Pendule, création Estuaire 2009, à Rezé. Toujours dans le parc des Chantiers, découvrir aussi La Fabrique, vaste laboratoire artistique accueillant de nouvelles formes de création. Quant à la Cantine de Nantes, cantine éphémère accolée au Hangar à bananes, elle offre un lieu où déjeuner ou dîner.
www.nantes-tourisme.com/hab-galerie-10704.html

Le Lieu Unique
Parallèlement à sa programmation musicale estivale, et en écho aux jeux Olympiques d’été, l’institution propose jusqu’en septembre l’exposition   Playgrounds   pour laquelle des architectes ont imaginé des terrains de jeux décalés. Jeux à retrouver sur la place Royale à la fontaine recouverte du Mont Royal(e) de Block Architectes et dans le parc des Chantiers avec L’Arbre à basket de l’agence a/LTA, le toit de l’école d’architecture proposant le Banaball, un sport hybride imaginé par Clément Bacle et Ludovic Ducasse. 
www.lelieuunique.com 

www.levoyageanantes.fr

Pour sa troisième et dernière édition, l’étonnante collection à ciel ouvert Estuaire s’est enrichie de neuf nouvelles créations pérennes portant le nombre de ses œuvres à une trentaine de pièces réalisées à Nantes, Saint-Nazaire et sur les 60 km entre la rive sud et la rive nord qui les relient ; rives à parcourir à pied, à vélo ou en voiture. Voyage palpitant et bucolique où chaque étape réserve une installation en dialogue avec son environnement. Tels L’Île flottante de Fabrice Hyber, Les Colons de Sarah Sze (livrant à Port-Lavigne, dans les hameaux de Bouguenais, trois arbres envahis de sculptures d’animaux) ou encore le squelette du Serpent d’océan de Huang Yong Ping en contrebas du pont de Saint-Nazaire, pour ne citer que ces trois créations 2012.
Deux sites, par ailleurs, proposent des lieux d’hébergement. Rive sud, au château du Pé de Saint-Jean-de-Boiseau, six chambres d’artistes invitent ainsi à partager, une nuit ou plus, leur imaginaire. Rive nord, port de Cordemais, l’artiste Tatzu Nishi convie à un autre cadre tout aussi renversant avec sa tour au sommet de laquelle il a installé un petit pavillon avec jardinet !

Renseignements www.estuaire.info et www.nantes-tourisme.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°648 du 1 juillet 2012, avec le titre suivant : Nantes lance son invitation à un voyage artistique

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