Vendredi 27 novembre 2020

Art contemporain

De Nantes à l’« Estuaire » et vice versa

L’ultime périple sur l’« Estuaire » se double d’un « Voyage à Nantes » consacré à la redécouverte du patrimoine et faisant la part belle à la créativité

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 2 juillet 2012 - 705 mots

NANTES

Quoique copieux, le parcours n’en est pas moins enthousiasmant. À la troisième et ultime édition d’« Estuaire », manifestation lancée en 2007 dans l’objectif de faire connaître le territoire vaste et varié longeant l’estuaire de la Loire entre Nantes et Saint-Nazaire, s’est adjoint cette année un « Voyage à Nantes » recentré sur le patrimoine de la préfecture de région des Pays de la Loire.

Anciennement directeur du Lieu unique, Jean Blaise a mis sur pied une société publique locale regroupant les institutions culturelles de la ville possédant une dimension touristique. Le but est d’œuvrer au développement d’une véritable politique du tourisme culturel qu’« Estuaire » a largement contribué à lancer, l’ambition étant de faire de Nantes la première capitale culturelle régionale de France. Avec l’espoir de générer dans la ville les nouveaux réflexes d’un « penser arty » grâce à cette immixtion de toutes parts de la créativité.

Roman Signer explosif
Sur un parcours long d’une dizaine de kilomètres sillonnant le centre-ville et l’île de Nantes, le « voyage » s’agrémente d’une quarantaine d’étapes très diverses où le maître mot est la « redécouverte ». L’un des projets les plus percutants est celui imaginé par Alain Séchas à l’invitation du Musée des beaux-arts, partiellement fermé pour des travaux d’extension. Avec « Sans cimaises et sans pantalon », l’artiste a fait son marché dans la collection et installé des œuvres dans sept lieux insolites. Particulièrement réussis sont, à la chapelle de l’Immaculée, un accrochage mêlant huit pièces de Toni Grand et une Cène de Gaston Chaissac peinte sur une table de cuisine, ainsi que, à la Maison régionale de l’architecture, des tableaux de tous genres mis en lien avec une Flea Market Lady (1990) de Duane Hanson, où la confrontation d’une sage ligne de tableaux et le déballage d’un marché aux puces repose la question des valeurs.
Comme en écho à l’instabilité urbaine et au mouvement, plusieurs projets combinent incertitude et précarité : à la Hab Galerie, Roman Signer a déployé son univers explosif et faussement loufoque, tandis que Jessica Stockholder s’est installée dans la galerie Loire avec des œuvres dont le bois provient d’un frêne centenaire promis à l’abattage car malade. Cécile Bart a suspendu une cascade de toiles au-dessus des escalators des Galeries Lafayette (Suspens de Nantes, 2012), intervention remarquable et pertinente.

Au cours de la promenade, il est également beaucoup question de points de vue, avec notamment des enseignants de l’École nationale supérieure d’architecture et leurs élèves invités à créer des plateformes proposant des regards singuliers sur le centre-ville, tel ce cristal en suspension qui semble exploser sur le quai de la Fosse. Ou un simple et discret escalier accolé à une paroi de la cathédrale, qui permet enfin d’embrasser dans sa totalité le magnifique tombeau de François II.
Tout au long du trajet d’« Estu-aire », les bonnes surprises ne manquent pas. Avec, à l’extrémité du parcours, à Saint-Nazaire, une installation des frères Chapuisat au Life (Lieu international des formes émergentes). Là, une colossale structure de bois accrochée au plafond apparaît progressivement dans la pénombre avant de convier à la découverte, presque magique, d’une sorte de chambre aux étoiles de pacotille. Le Grand Café permet de découvrir le travail de Séverine Hubard, avec en particulier un paysage tubulaire composé à l’aide de matériaux de récupération qui dérègle la normalité du vocabulaire lié à la construction. À Bouguenais, Sarah Sze joue de la déambulation pour créer la surprise avec l’insertion, dans la végétation touffue, d’animaux en résine noire (singes, ours, jaguar) dont la singularité en ces lieux interroge la nature du paysage autant que l’archétype du sauvage (Les Colons, 2012). À Saint-Brévin-les-Pins, jouant avec les grands mythes universels comme avec l’imaginaire qu’il sait si bien mettre en branle, Huang Yong Ping fait émerger sur un rivage ouvert sur le large le squelette en aluminium d’un serpent de mer géant à la gueule encore béante ; l’une de ses très grandes œuvres.

LE VOYAGE À NLE VOYAGE Á? NANTES. LA VILLE RENVERSÉE PAR L’ART ; ESTUAIRE. LE PAYSAGE, L’ART ET LE FLEUVEANTES

- Directeur : Jean Blaise

- Programmation artistique : David Moinard

Jusqu’au 19 août, lieux et horaires variables, tél. 08 92 64 60 44, www.levoyageanantes.fr et www.estuaire.info. Catalogue d’Estuaire à paraître.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°373 du 6 juillet 2012, avec le titre suivant : De Nantes à l’« Estuaire » et vice versa

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