Les quartiers de Galeries à Paris : Matignon

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 13 avril 2011 - 1122 mots

Arrêt métro Miromesnil dans le VIIIe arrondissement de Paris. Équipé de bonnes chaussures et muni du dépliant Association des galeries, on déambule dans le quartier du « triangle d’or », entre le faubourg Saint-Honoré et l’avenue Matignon, pour voir si l’art, notamment contemporain, s’y trouve.

Et effectivement, bonne surprise, il y est et de plus en plus. On compte à l’heure actuelle, tous genres confondus (mobilier, antiquaires, art moderne et contemporain), environ quatre-vingts galeries, mais ce chiffre ne peut être arrêté avec certitude car la démographie du quartier (déménagements, ouvertures de galeries) ne cesse d’être mouvante. Par exemple, avenue de Messine, le jeune galeriste Blaise Parinaud a ouvert en février 2010 la galerie Messine en reprenant les anciens locaux de l’experte mondiale de Raoul Dufy, Fanny Guillon-Laffaille, qui, elle, tient désormais un autre espace un peu plus loin, rue de Miromesnil.  

Quartier du luxe et du haut de gamme
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Matignon est historiquement un quartier lié à l’art. Pour preuve la présence encore très forte de l’art moderne sous la pléthore d’enseignes prestigieuses qui défilent sous nos yeux durant la promenade, parmi lesquelles Daniel Malingue, Bernheim-Jeune, Pierre Lévy, Taménaga, Boulakia, Galerie du Post-Impressionnisme, Maurice Garnier ou Hopkins-Custot. 

À Matignon, les rues et les avenues sont grandes et larges, sans ce côté intimiste que l’on trouve à Saint-Germain-des-Prés. Pour autant, ce quartier d’apparence froide – c’est le quartier des bureaux, du haut de gamme et d’une clientèle internationale – connaît indéniablement un renouveau artistique. La rive droite se réveille ! Pour Éric Dereumaux (galerie RX), « le VIIIe arrondissement est en train de devenir un quartier de galeries important, on murmure même que la prestigieuse Pace Gallery aimerait s’installer là ! » Son dynamique voisin, Jérôme de Noirmont (à Matignon depuis 1994, le galeriste représente Jeff Koons), précise : « J’aime beaucoup ce quartier. Il mixe art, mode et entreprise. Avant, il avait une connotation commerce, on l’associait d’office aux brocanteurs et au déballage de village. Maintenant, on regarde vraiment la création contemporaine alors qu’en 1996 j’entendais encore des gens me dire : Monsieur, Warhol et Koons, ce n’est pas de l’art ! Qui vient nous voir ? Les gens de la mode, les avocats, les banquiers, les hommes d’affaires et les cadres sup’ le temps d’une pause sandwich mais aussi de plus en plus d’étudiants en art et d’enseignants. »  

L’artillerie lourde débarque dans le VIIIe arrondissement
Impossible de parler du regain d’intérêt que suscite ce quartier dans la semaine – le week-end, c’est beaucoup plus calme – auprès des professionnels et des amateurs d’art sans évoquer Larry Gagosian qui a ouvert en octobre dernier un espace impressionnant de 900 m² rue de Ponthieu. Si le roi new-yorkais n’a pas convaincu avec son exposition inaugurale (des tableaux décoratifs récents de Cy Twombly), il a depuis élevé le niveau avec la confrontation Rodin/Sugimoto. Rien n’est fait au hasard : son white cube se situe juste en face du très sélect Mathis Bar. Force est de reconnaître que Gagosian a eu du flair en s’installant là, au carrefour des palaces environnants (le Bristol, le Royal Monceau, le Meurice, le Crillon, le Plaza Athénée, le Fouquet’s), des puissantes maisons de ventes aux enchères (Christie’s, Sotheby’s, Artcurial) et des lieux d’exposition fort courus (Grand et Petit Palais, Fondation d’entreprise Ricard, Espace culturel Louis Vuitton). Depuis, d’autres lui ont emboîté le pas, tel le marchand Franck Prazan qui vient d’ouvrir une deuxième galerie Applicat-Prazan, avenue Matignon. 

Avant eux, il ne faut pas oublier de mentionner l’arrivée récente de deux autres poids lourds internationaux : la galerie italienne Tornabuoni Art, en octobre 2009, et le Belge Guy Pieters, il y a tout juste un an, toujours avenue Matignon. Pour Marc Pauwels, directeur de cette galerie à la devanture néoclassique affichant des têtes d’affiche de l’art mondial (Robert Combas, Wim Delvoye, Jan Fabre, etc.), « dans le quartier, nous avons remarqué l’installation de nouvelles galeries importantes dont Larry Gagosian, ce qui apporte une certaine émulation. Ce n’est pas encore l’animation des Champs-Élysées, c’est plus sélectif. Notre objectif étant que cela devienne le passage obligé entre les Champs-Élysées et le faubourg Saint-Honoré. » 

Bourgeois et underground !
Pour que des publics divers viennent vraiment, il faudra tout de même que ces grosses galeries créent du sens au fil de leurs expositions des stars du marché à venir et fédèrent leurs énergies pour créer de l’événementiel. Faire sens, c’est indiscutablement ce que fait la galerie RX, située depuis 2002 avenue Delcassé. L’aventureux Éric Dereumaux, qui a ouvert en septembre dernier un espace de 1 500 m² à Ivry-sur-Seine (le Générateur), montre aussi bien des artistes établis (Georges Rousse) que des valeurs montantes à suivre, comme le Chinois Du Zhenjun. S’il a créé ce lieu d’expérimentation en banlieue, c’est dans l’idée de se développer sans être phagocyté par les loyers exorbitants du VIIIe  : « J’ai les deux cartes, je suis bourgeois et je suis underground ! ». 

Indéniablement, pour que ce quartier suscite désir et buzz grandissant, il faudra se montrer inventif et faire preuve d’une véritable dynamique de groupe. Au passage, signalons qu’outre la Nocturne rive droite une autre entreprise collégiale fait son apparition : la Nocturne Miromesnil (la première a eu lieu le 8 mars 2011). Cette manifestation réunit deux fois par an une vingtaine d’exposants (galeries Albert Benamou, Dil, Messine, Plescoff…) de l’avenue de Messine et des rues de Penthièvre et de Miromesnil. 

Last but not least, il ne faut pas oublier de visiter la galerie Louis Carré & Cie, avenue de Messine. Car le convivial Patrick Bongers, qui espère d’ailleurs voir encore plus de galeristes s’implanter dans le quartier, ne manque pas d’anecdotes pour nous faire partager sa passion pour l’art. De même, en poursuivant son chemin encore quelques mètres, on arrive au 13, rue de Téhéran chez Daniel Lelong, installé là depuis 1987. Des valeurs sûres internationales, comme Scully et Tàpies, sont montrées à l’étage dans des mises en scène impeccables. 

Et, pour finir, penser à s’arrêter au rez-de-chaussée de la galerie car on y trouve une librairie riche en beaux catalogues et en estampes originales. Pour les visiteurs souhaitant commencer une collection sans avoir les moyens de s’acheter un Basquiat, il est possible d’acquérir des lithographies d’Alechinsky à partir de 300 euros. Bref, qui peut prétendre encore que Matignon ne serait que le quartier des snobs, du luxe et de la spéculation à tout-va ?

Nocturne Rive Droite

Chaque année, les galeries du quartier organisent une soirée commune, occasion pour nombre d’entre elles d’un vernissage pour leur exposition. C’est l’opportunité, au cours d’une belle soirée de printemps, de découvrir de nouveaux lieux ou de nouveaux artistes dans une ambiance festive. Le 8 juin 2011, de 17 h à 23 h.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°635 du 1 mai 2011, avec le titre suivant : Les quartiers de Galeries à Paris : Matignon

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