Mercredi 12 décembre 2018

Les charmes de la beauté antique

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 26 février 2013 - 755 mots

Le marché des objets antiques déborde du strict cadre des spécialistes. Leur forme
universelle séduit aussi les collectionneurs occasionnels.

Ils sont neuf exposants réguliers à composer la section des « Antiquités classiques » de Tefaf. Selon le Bruxellois Jacques Billen de la galerie Harmakhis, « la section est suffisamment forte pour faire de Tefaf une foire d’archéologie au même titre que les Baaf [Brussels Ancient Art Fair en juin et Basel Ancient Art Fair en novembre], et, plus récemment, que la Brafa [Brussels Antiques and Fine Art Fair en janvier]. Le public est sensiblement le même, quoique plus international à Tefaf qu’à la Brafa. Et davantage de conservateurs viennent nous voir aux Baaf qu’à Tefaf, où il y a deux fois moins d’exposants et d’objets à voir. Cependant, à Tefaf, nous venons à la rencontre d’une clientèle, pas forcément férue d’archéologie, mais qui pourrait être séduite par la beauté intemporelle d’une pièce antique ». Chez ce spécialiste de l’Égypte antique, le visiteur pourra tomber sous le charme d’un rarissime petit vase égyptien en verre de couleurs en forme de cratère, datant de la XVIIIe dynastie (XVe-XIVe siècle avant J.-C.) ; d’un oushebti en serpentine du pharaon Taharqa, « personnalité marquante de la XXVe dynastie (vers 690-664 avant J.-C.), respectueux de la tradition de l’Ancien Empire dont il aimait la puissante et hiératique statuaire » ou encore d’une tête royale Amarnienne en calcaire (XVIIIe dynastie) coiffée du khépresh, qui pourrait être Akhénaton ou son successeur Toutânkhamon.

Inédite Aphrodite
Rappelant que « les antiquités classiques sont un domaine qui passionne des collectionneurs spécialisés comme occasionnels » et qu’aussi, « nombre d’importants décorateurs ont conscience du formidable impact qu’un buste en marbre, un bronze romain ou un bas-relief égyptien pouvait avoir dans un intérieur contemporain », Jerome Eisenberg, directeur de la galerie new-yorkaise Royal-Athena, dévoile un marbre acéphale figurant Aphrodite Kallipygos dite « Aphrodite aux belles fesses », datant du Ier-IIer siècle. « À notre connaissance, il existe seulement trois exemplaires en marbre connus de cette sculpture, dont la nôtre », souligne-t-il. Pour sa part, l’antiquaire anversois touche-à-tout Axel Vervoordt conçoit ses stands comme des intérieurs contemporains où se côtoient les styles et les époques. Ses décors originaux montrent non seulement comment les objets archéologiques se marient à l’art contemporain, mais aussi comment ils résonnent et rayonnent dans un environnement d’aujourd’hui. Bien qu’inclassable dans son genre, le marchand est associé à la section des « Antiquités classiques » avec un remarquable marbre romain acéphale de la statue d’Aphrodite dite « des Jardins », du Ier siècle, ainsi qu’une tête égyptienne de Sénènmout en grès, datant du Nouvel Empire (XVIIIe dynastie).

Le Londonien Rupert Wace compte sur une inédite et exceptionnelle tête de déesse égyptienne en bronze comportant des traces de dorure (peut-être Mout) de la IIIe période intermédiaire pour envoûter des amateurs. À l’origine, elle s’imposait probablement comme figure de proue d’une embarcation processionnelle. Une petite tête hellénistique de 7 cm en argent du IIIe-IIe siècle, représentant un jeune héros, est exposée chez Mieke Zilverberg. « C’est un objet très rare pratiquement unique, dont nous connaissons un seul parallèle, la tête, en bronze de 45 cm, conservée au Musée du Prado à Madrid, qui laisse apparaître les mêmes stigmates d’une blessure à l’arrière de son œil droit », indique le marchand hollandais. Enfin, l’art gréco-romain est à l’honneur chez le Suisse Jean-David Cahn, notamment avec un fragment de sarcophage en marbre romain de la seconde moitié du IIe siècle, montrant une néréide entourée de deux tritons en haut-relief, et une belle coupe à yeux attique (vers 630-620 avant J.-C.) à figures noires, attribuée à l’atelier de Nikosthenes. Si quelques exposants s’aventurent parfois hors des antiquités gréco-romaines et égyptiennes pour des contrées plus lointaines, telle la galerie genevoise Sycomore Ancient Art avec une plaque scythe en or figurant un cerf (fin du VIe-début du Ve siècle avant J.-C.) issue des steppes eurasiennes, c’est avec l’arrivée de la galerie Kevorkian que Tefaf s’ouvre cette année à l’archéologie préislamique. Parmi la dizaine de pièces présentées dans ce domaine par l’antiquaire parisienne, on notera une coupelle en cuivre au lutteur, bel exemple de l’art du Béloutchistan de la fin du IIIe millénaire avant J.-C., et une tête masculine sudarabique du Yémen en albâtre, datant du Ier siècle avant-Ier siècle après J.-C. et témoignant d’une grande modernité plastique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°386 du 1 mars 2013, avec le titre suivant : Les charmes de la beauté antique

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