Mardi 11 décembre 2018

Le « passage » révisité

Ricardo Bofill rénove la place du Marché-Saint-Honoré

Le Journal des Arts

Le 13 juin 1997 - 510 mots

Rendu célèbre dans les années quatre-vingt par ses réalisations de logements sociaux inspirées du vocabulaire classique, l’architecte catalan Ricardo Bofill vient d’achever, place du Marché-Saint-Honoré, la réalisation d’un luxueux ensemble immobilier pour le compte de la Banque Paribas. Traversée par une rue intérieure couverte d’une verrière, l’opération renoue avec la tradition des passages parisiens.

PARIS. Après avoir dépassé la place Vendôme en direction de l’est, le passant, tournant la tête vers l’ouverture de la rue du Marché-Saint-Honoré, aura la surprise de découvrir, au fond de la perspective, le profil spectaculaire d’un temple classique, entièrement serti de verre et traversé d’une vaste "rue" intérieure. Pourtant, il y a peu encore, la place du Marché-Saint-Honoré était encombrée d’un disgracieux "parking-silo", outrageusement édifié dans les années cinquante en lieu et place de l’ancien marché d’où la place tire son nom, au prix de la démolition de quatre magnifiques pavillons Baltard édifiés en 1864. Consciente de la nuisance esthétique que ce bâtiment faisait subir à l’ensemble du quartier, la Ville a profité de l’arrivée à son terme de la concession d’exploitation du parking pour envisager différents scénarios de reconversion. Bofill a su alors convaincre les édiles d’opter pour une solution plus ambitieuse : la démolition complète du parking-silo et la construction d’un ensemble neuf – incluant des bureaux, des parkings, des commerces ainsi que divers équipements, en particulier un commissariat de quartier – traversé par une grande "rue" couverte, inscrivant l’édifice dans la continuité d’un parcours qui relie, de part et d’autre de la place, les Tuileries à l’avenue de l’Opéra. Informée du projet, la Banque Paribas y a vu l’opportunité de réunir ses services dans un ensemble unique situé à proximité de son siège, en même temps que celle de doter son groupe d’un édifice emblématique au cœur d’un quartier prestigieux. Au bilan, l’opération ressemble à un mariage réussi : Paribas dispose d’une superbe – quoique ambiguë – vitrine architecturale, où intérêts privés et publics se mêlent subversivement ; la Ville a réparé la scandaleuse négligence qui avait permis la démolition des halles et crée – avec des fonds essentiellement privés – un complexe urbain qui honore la mémoire de Paris, tandis que Ricardo Bofill y trouve l’occasion  de démontrer qu’au-delà du cliché médiatique d’architecte "néo-classique" qu’il a lui-même largement contribué à forger, il demeure un excellent concepteur.

L’inconnue des commerces
La réussite de l’opération ne sera cependant vraiment acquise qu’avec l’ouverture des commerces qui contribueront grandement à qualifier l’atmosphère du passage. Lieu d’échanges par excellence, celui-ci permettra de mesurer si Paribas sait donner autant que prendre, en particulier aux habitants du quartier, demandeurs de commerces de proximité plus que de produits de luxe.Consciente de l’importance symbolique de cet aspect du projet pour son image, Paribas s’est donné trois ou quatre mois pour trancher dans les différents scénarios qu’elle élabore, sachant qu’il lui faudra trouver un équilibre particulièrement subtil entre standing et convivialité, "image" et "civilité". Car, ici comme ailleurs, le client est roi. Et c’est tout à l’honneur de l’établissement bancaire d’avoir pris le risque de devoir le séduire pour forger son image.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°40 du 13 juin 1997, avec le titre suivant : Le « passage » révisité

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