Lundi 16 septembre 2019

« Halte au pessimisme »

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 6 mai 2014 - 1488 mots

À l’Institut français, Sophie Renaud, directrice du département Échanges et Coopérations artistiques, et Marie-Cécile Burnichon, directrice adjointe et conseillère pour les arts visuels, soutiennent l’art français à l’international.

On sait que l’Institut français (IF) est l’opérateur du pavillon français et qu’il organise avec le ministère de la Culture et de la Communication la sélection de l’artiste qui va représenter la France à la Biennale de Venise, mais quel est plus généralement son rôle dans l’accompagnement des artistes français à l’étranger ?
Sophie Renaud : Nous sommes des passeurs et travaillons à créer des relations entre des directeurs d’institution, des curateurs à l’étranger, des artistes et les professionnels de la scène artistique française. Cela passe notamment par un certain nombre de programmes. « Focus », par exemple, consiste à organiser l’accueil de professionnels venant de pays prescripteurs en art contemporain, pour un séjour à la carte qu’on leur construit. Ce séjour comporte des visites d’expositions dans des centres d’art, des Frac [Fonds régional d’art contemporain] ou dans des manifestations type Fiac [Foire internationale d’art contemporain], Biennale de Lyon, mais aussi des rencontres avec des commissaires et des artistes. Le financement est partagé entre l’IF et les crédits de mobilité des postes (les ambassades) à l’étranger. C’est la quatrième année du programme et nous avons déjà accueilli une centaine de personnes.

« Focus » a-t-il produit des effets ?
Marie-Cécile Burnichon : Oui tout à fait. Par exemple, la vidéo Grosse fatigue (2013) de Camille Henrot, qui a obtenu le Lion d’argent à la dernière Biennale de Venise, a été conçue lors d’une résidence de deux mois au Smithsonian à Washington. La curatrice avait invité Camille Henrot à la suite d’une de ces rencontres en 2011. Son exposition qui vient de se terminer à la Chisenhale Gallery à Londres est elle aussi une conséquence de la participation de la directrice de la galerie à l’un des Focus.
On peut aussi parler du programme « Jeunes commissaires » lancé en 2012 en partenariat avec le ministère de la Culture. Nous construisons des partenariats avec des structures internationales (Independent Curators International [ICI] aux États-Unis, SongEun Art Foundation en Corée du Sud et Soma au Mexique) pour permettre à des commissaires français de diffuser leurs projets dans des séminaires ou des expositions. Une quinzaine de commissaires ont déjà participé ; cela facilite naturellement la présence d’artistes français dans ces expositions. Nous sommes aussi en train de reconfigurer ou développer deux programmes du même ordre. Le premier, « Entr’Ecoles », consiste en des échanges entre des écoles françaises et étrangères, sur la base de voyage d’ateliers et de workshops, tandis que l’autre, en préparation, visera à insérer des critiques d’art dans les circuits internationaux.
Tout cela nous permet d’établir une cartographie de la profession et d’identifier et localiser les prescripteurs en France et à l’étranger afin de les mettre en contact. C’est un travail de terrain pas forcément dans la lumière mais qui est indispensable.

Financez-vous des programmes non gérés par l’Institut français ?
S. R. :  Oui tout à fait, c’est même une partie importante de notre action. Nous sommes très sollicités pour financer divers types de projets d’expositions collectives ou monographiques. Nous essayons d’identifier les projets les plus pertinents, ceux qui présentent le meilleur effet de levier. À chaque fois, ce ne sont pas des budgets importants, puisque d’un montant en moyenne de 10 000 euros, pour autant nous ne sommes pas dans le saupoudrage. Ainsi en 2013, onze expositions personnelles ont été soutenues, parmi lesquelles : François Morellet à Birmingham, Isabelle Cornaro en Suisse, Étienne Chambaud au Mexique, Sophie Calle en Norvège, Kader Attia à Berlin, Éric Baudelaire au Liban… Notre financement permet de boucler un budget mais aussi de rassurer les autres partenaires financeurs, par exemple des mécènes privés. Nous financions il y a quelques années la présence des artistes français dans la programmation des galeries dans les foires, mais nous repensons actuellement ce dispositif en soutenant des projets de galeries dans leur dimension curatoriale. Par exemple : la galerie Les Filles du Calvaire est invitée cette année en Colombie pour participer à un programme d’exposition photographique.

Quels sont vos moyens en termes de personnels et de budget ?
S. R. :
Nous disposons d’une équipe d’une dizaine de personnes et nous gérons un budget de 2 millions d’euros par an, qui est en baisse de 35 % depuis trois-quatre ans.

Comment fonctionne le partage des rôles entre le Quai d’Orsay et la Rue de Valois ?
S. R. :
L’Afaa [Association française d’action artistique], devenue « CulturesFrance » puis « Institut français », a été créée par le ministère des Affaires étrangères, et notre rôle consiste à affirmer que la culture est un levier de la diplomatie. Le ministère de la Culture et de la Communication exerçait une cotutelle sur l’agence qu’il n’exerce plus directement, mais il fait partie du conseil d’administration, et dans le quotidien il est autant présent dans le pilotage que le ministère des Affaires étrangères. Plusieurs de nos programmes sont cofinancés avec la Culture. Je puis témoigner qu’il existe même une très bonne synergie avec la Rue de Valois. Nous sommes tête de réseau artistique, mais on ne dirige pas administrativement les postes. Un ministère des Affaires étrangères élargi, comme il l’est depuis le remaniement d’avril, peut aussi nous aider car ce regroupement entre diplomatie d’influence et diplomatie économique peut sans doute soutenir la création artistique.

Justement, il n’y a toujours que six artistes de la scène française dans l’Artindex Monde, alors qu’il y en avait neuf dans un classement comparable en 1979. Comment expliquer cette contre-performance ?
M.-C. B. :
Il y a un effet boule de neige dans ce classement. Plus un artiste est connu, plus il se vend, plus il est exposé dans les grands lieux et plus il acquiert de points selon cette méthode. Il y a un effet « marché ». J’émets par ailleurs l’hypothèse que les géographies changent énormément. Avant, dans les capitales de l’art, c’étaient les grands lieux qui étaient prescripteurs ; aujourd’hui, l’expertise et la faculté d’être prescripteur ne sont pas nécessairement liées aux lieux mais davantage aux personnes qui les dirigent ou qui travaillent en indépendants. Et ceci dans un contexte complètement globalisé.
La scène française est très présente à l’international, mais elle ne l’est pas toujours dans les lieux « blockbusters ». Toutefois, ceci évolue. Si l’on prend la revue américaine Artforum, on constate que, sur les derniers mois, ils ont fait leur « une » sur Camille Henrot, et consacré un long article au travail de Kader Attia. Je ne dis pas que tout est parfait mais halte au pessimisme.
S. R. :  Je note que cinq des six artistes français de votre classement Artindex Monde ont représenté la France à la Biennale de Venise. Par ailleurs, je constate vraiment une meilleure visibilité de nos artistes depuis quelques années. Les curateurs étrangers que nous rencontrons citent des noms qui ne sont pas uniquement ceux des six d’Artindex Monde. Cette visibilité est un des points essentiels sur lequel nous travaillons : l’IF va donc prochainement lancer une application qui va permettre de géolocaliser la présence d’artistes français dans le monde, en remontant même sur sept ans. Il y a un travail de fond qui ne produit peut-être pas assez encore de résultats visibles mais la progression est réelle. C’est vrai que nous pourrions être davantage accompagnés dans cette mission de valorisation des scènes contemporaines, si nos élites étaient moins attentives aux « clichés » français et plus engagées à défendre les nouvelles scènes.

Il faut cependant bien comprendre que l’image de la France à l’étranger, c’est le Louvre, la tour Eiffel, la gastronomie, les impressionnistes. Tout notre travail consiste donc à très bien connaître la scène française de l’art et de la création, pour actualiser et diversifier les demandes de nos interlocuteurs, promouvoir notre vitalité artistique hors de nos frontières, auprès des bons interlocuteurs, en travaillant sur le long terme. Les Saisons dont l’Institut français assure la mise en place et l’organisation, comme les années croisées France-Afrique du Sud ou, encore à venir, l’Année France-Corée, sont aussi un outil essentiel pour aller dans le sens d’une image renouvelée de la France à l’étranger.

Questions de méthode

Artindex est un classement fondé sur la réputation des artistes qui repose sur les expositions auxquelles ceux-ci participent. Les données sont fournies par notre partenaire Artfacts.net, dirigé par son fondateur Marek Claassen qui administre une base d’artistes, de lieux et d’expositions. Chaque exposition des artistes est créditée d’un certain nombre de points qui dépendent de l’importance des lieux, (qui peuvent être des musées, biennales ou galeries), mais aussi du format de l’exposition (collective ou individuelle) et de son ancienneté. Les coefficients de dépréciation des expositions passées ont été augmentés par rapport au classement précédent afin de valoriser les expositions récentes. Il se peut que des expositions ne soient pas enregistrées par Artfacts.net. Il est conseillé aux artistes et à leur galerie de les communiquer directement sur Internet à www.artfacts.net

Les articles du dossier : Artindex 2014, Anri Sala et Bruce Nauman en têtes d’affiche

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°413 du 9 mai 2014, avec le titre suivant : « Halte au pessimisme »

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