Mercredi 20 février 2019

Dominique Perrault esquisse le renouveau de Caen

Entre urbanisme et communication

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1996 - 481 mots

Après avoir été successivement missionné par les villes de Bordeaux et de Nantes pour élaborer un projet d’urbanisme, Dominique Perrault, l’architecte de la Bibliothèque nationale de France, vient de rendre publique son étude commandée à la suite d’un concours lancé en 1995 par le District du Grand Caen. En jeu, la reconversion d’un ancien site industriel de deux cent vingt hectares à proximité immédiate du centre de l’agglomération caennaise.

PARIS - Présenté en grande pompe lors de deux conférences de presse (l’une à Caen, l’autre à Paris), le projet de Dominique Perrault constitue un enjeu majeur pour la capitale de la Basse-Normandie : il s’agit d’engager le processus de reconversion d’un immense territoire de deux cent vingt hectares situé à proximité immédiate du centre-ville, en déshérence depuis la fermeture en 1994 de l’usine sidérurgique installée sur ce site depuis 1916, et d’effacer ainsi le traumatisme (la perte de 6 500 emplois) dont son existence témoigne encore. Pourtant, entre gestion à long terme de la transformation d’un site et effets d’annonces immédiates, ce projet est exemplaire de la difficulté des projets d’urbanisme, véritable casse-tête pour les élus : il s’agit à la fois de promettre beaucoup afin de séduire le maximum d’investisseurs – particulièrement frileux en période de conjoncture économique difficile – mais pas trop non plus, afin d’éviter, au moment des élections, le retour de bâton de l’électeur convaincu d’avoir été berné par de trop belles promesses.

En proposant un "pré-paysagement" extrêmement économique (moins de 16 francs au mètre carré) de la totalité du site, permettant aux Caennais de se le réapproprier avant même que l’aménagement urbain soit effectivement réalisé, l’intérêt de la proposition de Perrault est d’avoir tenté de concilier en un ensemble cohérent les impératifs relatifs au court, moyen et long terme du projet. Dès 1997, la trame viaire du futur quartier sera ainsi "symboliquement" dessinée sur le terrain, découpant des carrés de cent mètres par cent dont certains seront plantés, tandis qu’au cœur de l’aménagement, dans un immense espace vide rectangulaire – sorte de Central Park péri-urbain –, Dominique Perrault propose de conserver et de mettre en lumière une immense cheminée préservée de la démolition de l’ancienne usine sidérurgique afin de manifester la renaissance du site vis-à-vis du reste de l’agglomération. Dans le même esprit, une promenade arborée sera réalisée sur la partie du terrain surplombant l’Orne et reliant les communes de Mondeville et Colombelle. Lié au rythme, à la nature et à l’importance des investissements privés, le long terme d’un tel projet est par nature très incertain. Là encore, la proposition de Perrault est en phase : très pragmatique, rien n’y est présenté comme définitivement tranché. Pas même le grand espace vide structurant emblématiquement son projet, manière somme toute élégante de rappeler qu’en matière de fabrication urbaine, la volonté d’un jour – fût-elle celle, médiatique, de Dominique Perrault – pèse peu au regard des aléas du temps.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°31 du 1 décembre 1996, avec le titre suivant : Dominique Perrault esquisse le renouveau de Caen

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