Des galeries très exposées

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 20 janvier 2009

La crise conduit les galeries à se recentrer sur les fondamentaux. Une réduction de la voilure est à prévoir pour pallier la diminution du chiffre d’affaires.

En septembre 2008, la vente Damien Hirst a donné lieu à moult spéculations sur la fin des galeries. Celles-ci seraient-elles fragilisées, dépassées, voire enterrées ? « Les gens ont pensé que la vente allait signer la fin du marché plutôt que celle des galeries, souligne Denis Gardarin, codirecteur de la galerie Sean Kelley (New York). Ils se demandaient si ce serait le coup de grâce ou le coup de maître. » La crise, bien plus que la vente Hirst, oblige toutefois les galeries à cet examen de conscience. Pour recouvrer la confiance des acheteurs, celles-ci doivent renouer avec les fondamentaux. « Les galeries étaient devenues impolies, à la limite de la caricature, résume le galeriste Renos Xippas (Paris). Elles doivent retrouver leur métier de base, leur rôle éducatif. » Autrement dit, ne négliger aucun client, quelle que soit l’épaisseur de son portefeuille ou de son pedigree. La galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois (Paris) a ainsi réalisé 60 % de son chiffre d’affaires des trois derniers mois avec ses collectionneurs de province. « Le métier de galeriste était autrefois militant, rappelle Laurent Godin (Paris). Lorsque je travaillais avec Roger Pailhas, je tenais seul une galerie de 450 m2. On risque de revenir à ce modèle du directeur avec un stagiaire. » Un schéma auquel la France est somme toute habituée, puisque, d’après une enquête du Comité professionnel des galeries d’art réalisée en 2006, la majorité des enseignes travaillent avec un employé (28 %) ou deux (36 %). Ainsi, même si des licenciements frappent déjà plusieurs galeries parisiennes, la saignée n’est pas aussi forte qu’outre-Atlantique. «  J’ai quinze employés, lesquels me coûtent environ 500 000 euros à l’année. Si je taille dans les effectifs, cela fera une économie de 150 000 euros. Si on pense qu’on résout les problèmes avec 150 000 euros, on se trompe, affirme Renos Xippas. Quand on a moins de personnel, on a moins d’efficacité. Il faut plutôt être imaginatif, sérieux dans le métier et drôle dans la communication, faire du teasing. » Le retour aux fondements suppose aussi un recentrage des listes d’artistes. Après avoir grossi démesurément son écurie, la galerie Yvon Lambert (Paris, Londres, New York) entend se concentrer sur son noyau dur, « historique ». « Nous n’allons pas prendre de nouvel artiste, confie Olivier Belot, directeur de la galerie. Nous favoriserons les artistes dont nous sommes la galerie principale et avec lesquels nous travaillons en direct plutôt que ceux que dont nous avons les œuvres en dépôt. »
Pour compenser une diminution de chiffre d’affaires de l’ordre de 40 % à 50 %, les enseignes devront changer de braquet. Yvon Lambert réduira ses participations de onze foires en 2008 à cinq en 2009. Patrick Bongers (Paris) table sur une économie de 250 000 euros en ne participant à aucun salon. Même serrage de vis du côté de la production. Anne de Villepoix (Paris) avait déjà pris les devants à l’automne, préférant annuler une exposition de Carlos Garaicoa, laquelle lui coûtait 70 000 euros en production. Les expositions seront, du coup, d’une durée plus longue et moins nombreuses pour l’année qui vient. De fait, les galeries seront de plus en plus conduites à travailler avec leur stock. « On ne mettra plus en vente des tableaux de Télémaque à 30 000 euros, mais on va afficher des nouveaux prix à la baisse sur des choses que les gens ne regardaient plus », estime Patrick Bongers. Anne de Villepoix module toutefois le recours intempestif à l’inventaire : « En ce moment, on ne peut compter sur le stock, car il ne vaut plus grand-chose. Si on le vend, il faut que ce soit dans de bonnes conditions, et pas au prix où on l’avait acheté. »
Si la capacité de production permettait autrefois de capter ou débaucher les artistes, la crise risque, elle, de signer la fin du mercato. Les galeries hexagonales pourraient même redevenir un point de chute intéressant pour les artistes internationaux, d’autant plus qu’elles jouissent d’un terreau de collectionneurs relativement constants. « Dans une logique où les transactions ne se font plus en un jour, les artistes auront besoin de multiplier les lieux de vente, alors qu’ils pensaient autrefois qu’une galerie à Londres et une autre à New York suffisaient. On va réussir à retravailler avec des créateurs qui étaient devenus inaccessibles depuis dix ans », indique Georges-Philippe Vallois. Une récession bien gérée pourrait finalement redorer l’image des galeries, contrairement à celle de maisons de ventes décrédibilisées par leurs excès. « La galerie va devenir une cellule de crise, où les gens trouveront refuge, demanderont conseil, chercheront un rapport humain normal et une curiosité », observe Nathalie Obadia (Paris). Reste que toutes les galeries n’auront pas les moyens de se retourner. À New York, Rivington Arms et 31Grand vont bientôt fermer leurs portes. Grégoire Maisonneuve (Paris) a essuyé plusieurs coups durs en 2008 en perdant successivement les artistes Matthieu Briand, Alexandre Périgot, Jan Kopp et Rainer Ganahl. Le jeune galeriste s’est récemment résolu à cesser ses activités.

Quand on n’a pas d’argent, on a des idées…

Pour continuer à produire, certaines galeries font de nécessité vertu. Laurent Godin envisage de travailler davantage en coproduction avec les collectionneurs. De son côté, Emmanuel Perrotin lance une levée de fonds pour son projet de société de production baptisé « Rêves d’artistes » (lire le JdA n° 287, 19 septembre 2008), afin de financer notamment l’exposition de Xavier Veilhan prévue à l’automne au château de Versailles. Le galeriste songe aussi à la prévente de sculptures d’extérieur, lesquelles constituent la partie essentielle du projet. Pour trouver les 400 000 euros de sponsoring nécessaires au pavillon de Claude Lévêque à la Biennale de Venise 2009, son galeriste Kamel Mennour (Paris) a pris le taureau par les cornes avec l’idée d’un cercle baptisé « Club du grand soir ». « Ce trust réunira six acteurs de la scène artistique qui, en échange d’une œuvre originale en lien avec l’exposition du pavillon, deviendront partenaires du projet moyennant 70 000 euros chacun », explique le galeriste. La galerie Cortex Athletico (Bordeaux) lance quant à elle en janvier l’« Agence pour l’art contemporain » (AAC), destinée notamment à apporter un conseil dans les procédures de commande publique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°295 du 23 janvier 2009, avec le titre suivant : Des galeries très exposées

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