Mardi 17 septembre 2019

Dans les travées d’Art Paris

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 26 mars 2014 - 940 mots

Entre jeune création et artistes classiques, la foire propose un panel d’oeuvres autour de l’abstraction géométrique et optique, parfois rigoureuse, souvent ludique ou ambivalente. Elle ose aussi des parcours plus singuliers.

Art Paris Art Fair a toujours eu pour spécificité d’offrir des œuvres classiques de bonne facture et d’entretenir un penchant pour la géométrie, ponctué de surprises et de redécouvertes. Le cru 2014 ne devrait pas faire exception à la règle, plusieurs participants annonçant des propositions en ce sens.
Pour sa première participation, Boesso Art Gallery (Bolzano), qui en 2010 avait ouvert ses portes avec une exposition consacrée à Victor Vasarely, prépare un accrochage intitulé « Optical and Abstraction ». Le père de l’art optique y tient une belle place, avec notamment une huile sur bois aux teintes sourdes et motifs tout en verticalité assez inattendue (Calcis C, 1956-1962). Les membres du G.R.A.V. sont de la partie, en particulier Joël Stein ou Francisco Sobrino, de même que des abstraits géométriques tels Jean Deyrolle et Jean Dewasne. Ce dernier, qui semble bénéficier d’un regain d’attention, est présent sur plusieurs autres stands, en écho à l’exposition que lui consacrera le Musée Matisse du Cateau-Cambrésis (Nord) à partir du 22 mars. Sur un stand très géométrique également, Lahumière (Paris) confronte l’une de ses « anti-sculptures » à des peintures de Jean-François Dubreuil, Edgard Pillet ou Jean Legros et à un relief de Gottfried Honnegger. Nathalie Obadia (Paris, Bruxelles) en présente quant à elle, de Dewasne toujours, deux gouaches sur papier et carton de format moyen de 1956 et 1963 ainsi qu’une belle laque sur panneau de grand format datée de 1972. Ils dialogueront avec des œuvres délaissant la surface lisse au profit d’une matérialité exacerbée, notamment deux tableaux d’Eugène Leroy et un buste de Barry X Ball.

De l’abstraction géométrique encore, mêlant plusieurs générations cette fois, sera visible chez Oniris (Rennes). Aux côtés de François Morellet qui dévoile un néon inscrit sur une toile et un tableau au quadrillage d’apparence distordue, seront présentées des peintures de Vera Molnar et d’Yves Popet ainsi que des photographies de Joël Denot jouant subtilement d’effets de couleur et de lumière.
Mixant également différentes générations d’artistes, Catherine Issert (Saint-Paul de Vence) propose de confronter une pièce lumineuse de Michel Verjux avec les curieuses maquettes d’environnements enfermées par Mathieu Schmitt dans des boîtes de verre dont le filtre anti-UV confère à l’ensemble une apparence spectrale. De même que s’annonce intéressant le dialogue entre un drap de Claude Viallat et les juxtapositions d’adhésifs vernis de différentes couleurs de Xavier Theunis.

Nouvel entrant, Michel Rooryck (Courtrai) verse pour sa part dans l’abstraction ambivalente d’un Eugène Leroy avec une belle Maison rouge sur toile et de nombreux travaux sur papier associés à une détrempe de Mario Sironi où la géométrie du motif se fait là dynamique (Atleta, 1922-1926). Tandis que Catherine Putman (Paris) propose des mobiles en fer de l’Autrichien Knopp Ferro dont certains, suspendus dans des caisses de verre coloré, constituent presque des dessins dans l’espace. Il y côtoiera une huile subtile de Geneviève Asse datée de 1967, ainsi qu’un dialogue entre la gravure sombre et habitée d’Agathe May et une linogravure de Georg Baselitz sur laquelle s’affrontent deux chiens.

De la lettre à la photo
Les lettres et leur traduction graphique ou picturale ont aussi droit de cité sur le salon, avec notamment l’accrochage de Véronique Smagghe (Paris) intitulé « De la lettre au signe » réunissant Brion Gysin, toujours ardemment défendu par la galerie, Pierrette Bloch et Arthur Aescbacher avec un ensemble de pièces très variées. Comme en écho, Patrice Trigano (Paris) expose lui une grande toile de Maurice Lemaître.

Toujours, la photographie se taille une place de choix sur le salon. Camera Obscura (Paris) présente cette année, à côté d’un ensemble de Sarah Moon, mettant en scène et en costume des animaux, une série récente et curieuse du Japonais Masao Yamamoto : une hybridation entre des formes souvent peu identifiables sur des tirages très contrastés où prédomine un fond noir. Chez Frédéric Moisan (Paris), ce sont en particulier Vivian Maier (1926-2009), qui fait depuis peu l’objet d’une quasi-redécouverte spectaculaire, et le Japonais Tomohiro Muda qui retiendront l’attention.
À la frontière entre photographie, dessin et peinture, Dix9-Hélène Lacharmoise (Paris) présente des travaux de Mehdi-Georges Lahlou, collages ambigus questionnant les identités, et, du Roumain Catalin Petrisor, des tableaux qui entretiennent volontiers la confusion quant à leur nature exacte.

Chaotiques et débridés
Du côté des plus jeunes enseignes, la fraîcheur devrait être de mise, comme avec la proposition de Nicolas Silin (Paris) associant les sculptures du Britannique Martin Fletcher – sortes de rampes de lancement à la fois futuristes et dépassées –, et les tableaux réalistes du Belge Marcel Berlanger, figurant notamment des cactus élancés. Chez Backslash (Paris), on pourra s’arrêter sur des pièces de l’« alphabet » de Charlotte Charbonnel en graphite et laiton évoquant des vibrations acoustiques, ou sur les tableaux en bois chaotiques et partiellement détruits et fragmentés du Hollandais Boris Tellegen. La jeune création est à l’honneur également chez Jean Brolly (Paris), qui confronte l’univers pictural intime, débridé et coloré de Mathieu Cherkit à l’esthétique rigoureuse mais néanmoins décalée par son usage de tissus quadrillés des tableaux de Nicolas Chardon.

Attendue est également la prestation de Duplex 100 m2 (Sarajevo), qui, outre des photos récentes de Maja Bajevic, prévoie d’exposer le Jardin des délices de Mladen Miljanovic, dont l’humour grinçant avait enchanté le pavillon de la Bosnie-Herzégovine lors de la Biennale de Venise 2013. Inspiré par un Jérôme Bosch qui serait devenu contemporain et se trouverait affligé par les travers de la culture de masse, l’artiste incise des saynètes décalées sur des plaques de marbre funéraire ; délicieux !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°409 du 14 mars 2014, avec le titre suivant : Dans les travées d’Art Paris

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