Mercredi 21 février 2018

Claude Lévêque

Chargeur d'émotions

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 27 août 2007

Sur un pan de mur du salon de Claude Lévêque s’ordonnent des rangées de boîtes étiquetées : Bach, variété française, punk enragé, films, documentaires, livres et catalogues. On le sait attentif au monde quand il déraille socialement, on le sait coutumier des engagements alternatifs et associatifs. On le sait d’une curiosité incandescente, en quête insatiable de rencontres et d’images nouvelles. Le tout, rangé dans des boîtes. Sur des étagères.

Menuisier n’aimant pas le bois
Né à Nevers en 1953, Lévêque y reste jusqu’à son CAP de menuiserie en 1970, discipline pour laquelle il confesse un manque d’aptitude. « Je n’aime pas le bois », rigole-t-il. Il s’ennuie un peu, écoute du rock, hésite à mal tourner et, encouragé par sa mère peintre, opte pour les beaux-arts de Bourges. Pas de révélation, mais des rencontres décisives. Pourtant à la sortie, le chemin lui paraît un brin étroit. « J’ai marqué un temps d’arrêt, reconnaît-il, l’artiste, la galerie, je n’avais pas envie de vivre cette aventure-là ».

« Monté » à Paris au début des années 1980, Lévêque peaufine la culture visuelle qui ancrera son univers et fabriquera ses outils d’artiste. Un détour festif et rentable par la mode et la pub pour lesquelles il imagine des décors et des mises en scène. « C’était la période new wave et punk, je baignais dans cette esthétique-là, se souvient-il. Les années Palace et Bains Douche. J’aimais bien cette effervescence, mais ce milieu avait ses limites. J’ai arrêté net. »

Lévêque s’intéresse à la performance, à la photographie et au cinéma expérimental. Sa famille artistique parle de corps, de carcan moral, d’espace social et d’action. Il aime Gina Pane, Boltanski, Beuys, Monory et Journiac.

Grand Hôtel
Il montre finalement ses images en 1982. Il place ses photo de corps « dans des situations un peu violentes » dans des cadres dorés, les pose sur une nappe de velours, sur laquelle il installe un bouquet de roses. Au sol des bris de verre interdisent les abords de l’autel. Ce sera Grand Hôtel, son premier espace rituel.

Les vingt années qui suivent renouvellent sa grammaire visuelle. Les photographies disparaissent petit à petit pour laisser place à un programme plus personnel. Demeure ce fil tendu et implacable, cette intuition de l’espace, cette aptitude rare à disposer un objet, un néon, une voix nue et d’en tirer une fiction trouble, toute de beauté lugubre et de suave venin. Atmosphères cérémonielles, slogans âpres et désenchantés, les installations de Lévêque frappent comme un coup de pelle juste au creux du ventre. Au ralenti.

Devenu figure de proue de la création hexagonale, l’artiste semble à peine éprouvé. Toujours fidèle. Ambitieux. Inquiet. Occupé à installer son Valstar Barbie, montré dans le nouvel accrochage des collections de Beaubourg tout en préparant une intervention acide dans une friche industrielle occupée par un jeune collectif d’artiste. Acide et sensible.

« Dans les années 1980, raconte Levêque, il ne fallait surtout pas parler d’émotion. C’était de la pure faiblesse. L’époque était post-duchampienne, froide, raide. C’est peut-être l’âge, mais aujourd’hui, sans tomber dans la sentimentalité, j’assume ça. »

Biographie

1953 Naissance à Nevers. 1978 Diplômé de l’école nationale des beaux-arts de Bourges. 1982 Participation à la XXIIe Biennale de Paris. 1984 Devient enseignant à l’école d’architecture Paris Villemin. 1996 Le musée d’Art moderne de la Ville de Paris lui consacre une exposition. 2001 Expositions à New York et Chicago. 2006 Claude Lévêque vit et travaille à Montreuil.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°580 du 1 mai 2006, avec le titre suivant : Claude Lévêque

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