Espagne - Préhistoire

Grotte ornée

Plus de vingt ans d’attente pour visiter Altamira

Par Julie Goy, correspondante en Espagne · Le Journal des Arts

Le 21 février 2023 - 547 mots

SANTILLANA DEL MAR / ESPAGNE

Afin de préserver ses fragiles peintures préhistoriques, la grotte originale n’est ouverte qu’à un très petit nombre de visiteurs chaque année.

Bison polychrome de la grotte d'Altamira. © Museo de Altamira / D. Rodríguez, 2010, CC BY-SA 3.0
Bison polychrome de la grotte d'Altamira.
Photo D. Rodríguez, 2010
© Museo de Altamira

Santillana del mar (Espagne). Vingt-trois années : c’est le délai que plusieurs centaines de visiteurs inscrits sur liste d’attente en 1999 ont dû respecter pour bénéficier du rare privilège de visiter la grotte d’Altamira. Située près de Santander (Cantabrie), elle est le premier endroit au monde où la présence de l’art pariétal du Paléolithique supérieur fut identifiée, en 1879. Dans les années 1960, après de longues fouilles, de nombreux visiteurs ont pu découvrir la grotte, ce qui a altéré son microclimat, mettant en péril la conservation des peintures.

La grotte a fermé au public de 1977 à 1982, avant de rouvrir avec un quota de 8 000 visiteurs par an. En 2002, elle est totalement fermée, des micro-organismes contaminant la roche ayant été détectés. Une liste d’attente avait cependant été constituée entre 1999 et 2002, mais les visites n’avaient pu avoir lieu. Un peu plus de 4 500 candidatures avaient été déposées, correspondant à environ 26 000 personnes, précise le Musée national et centre de recherche d’Altamira.

Depuis 2015, un groupe de seulement cinq personnes tirées au sort peut accéder chaque semaine à la grotte ornée. À partir de 2020, les visites ont finalement été organisées selon la liste constituée entre 1999 et 2002. C’est ainsi que 583 personnes ont pu découvrir la grotte d’août 2020 à janvier 2023. « Les réactions des visiteurs ont été très positives. De la surprise et de l’incrédulité quand le musée entre en contact avec eux après plus de vingt ans, jusqu’à une vive émotion le jour de la visite. Parfois, la demande a été faite par une personne déjà décédée, alors la demande va au parent le plus proche, et la visite est un moment encore plus émouvant », explique Sandra Rodríguez, qui travaille au département presse du Musée d’Altamira.

Les dessins, peintures et gravures pariétales s’étendent sur une surface de plus de 290 mètres de long dans la grotte et représentent des figures animales polychromes, bisons, chevaux et cerfs, dont certaines ont été réalisées à taille réelle, mesurant entre 1,25 et 2 mètres de long. Des mains et des symboles mystérieux apparaissent également sur les parois, qui ont été décorées lorsque la grotte était habitée, entre 36 000 et 13 000 ans avant J.-C. L’histoire de ces représentations n’est pas connue, mais elles sont probablement liées à des rites.

Des seuils de visite inférieurs aux risques de détérioration

À la suite d’un glissement de terrain ayant eu lieu il y a 13 000 ans, l’accès à la grotte a été naturellement fermé. C’est pourquoi les œuvres sont remarquablement bien conservées. « Les conditions environnementales de la grotte sont surveillées en permanence grâce à une technologie de pointe, pour prévenir toute détérioration. Les visites sont contrôlées dans leur nombre et leur durée, et les seuils sont fixés bien en dessous de ceux qui peuvent affecter la grotte », précise Sandra Rodríguez.

Le Musée d’Altamira et une réplique du site ont été créés pour préserver la vraie grotte, inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité en 1985, et pour continuer d’offrir sa découverte au public. Environ 1,3 million de personnes ont visité le musée en cinq ans et 250 000 en 2022, après la pandémie, ce qui en fait le second musée d’État le plus visité d’Espagne.
 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°605 du 17 février 2023, avec le titre suivant : Plus de vingt ans d’attente pour visiter Altamira

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