Château - Monument

MONUMENTS HISTORIQUES

Olivier de Lorgeril : « Redonner vie aux monuments historiques »

Président de l’association La Demeure historique

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 11 mars 2024 - 781 mots

L’association La Demeure historique doit répondre au triple défi de la transmission du patrimoine, du financement de leur entretien et des enjeux écologiques.

Olivier de Lorgeril, président de la Demeure Historique. © Domaine de la Bourbansais
Olivier de Lorgeril, président de la Demeure Historique.
© Domaine de la Bourbansais

France. Fondée en 1924 par Joachim Carvallo, propriétaire du château de Villandry, l’association centenaire La Demeure historique rassemble 3 000 adhérents propriétaires-gestionnaires de vieilles demeures, à qui elle offre un appui juridique et technique. Propriétaire du château et du parc zoologique de la Bourbansais, Olivier de Lorgeril préside l’association depuis 2019. Il évoque les avancées de ces dernières décennies, et les défis à venir.

Comment expliquez-vous la longévité de La Demeure historique, qui fête cette année son centenaire ?

L’association a su se réinventer et s’adapter. Dès le départ, elle a été précurseure ; Joachim Carvallo avait compris que le défi de nos monuments au XXe siècle était celui de l’ouverture. On est à l’époque du début de l’automobile et des congés payés. Pour lui, les monuments n’avaient de sens qu’en termes d’ouverture au « public ».

Vous êtes confronté à une problématique de transmission de ce patrimoine de génération en génération. Quelles ont été les outils mis en place pour y répondre ?

Mon prédécesseur [Jean de Lambertye, propriétaire du château de Cons-la-Grandville] a été confronté à une accélération de cette problématique de fiscalité et de transmission. De quelque 300 châteaux en vente dans les années 1980, on est passé à 1 500 aujourd’hui. Les propriétaires y sont de plus en plus contraints : est-ce une perte d’intérêt ? Une incapacité à assumer l’entretien et la gestion ? Il faut se poser la question.
Comme on construit un mur pierre par pierre, nous n’avons pas fait une révolution en une fois, mais acquis des améliorations en avançant problème par problème. En 1988, nous avons obtenu l’exonération intégrale des droits de mutation, à la condition d’ouvrir au public au minimum 60 jours par an. Puis, cette exonération a été étendue aux Sociétés familiales en 1994, une forme juridique à laquelle recourent beaucoup de nos adhérents. Cette loi a eu une très belle utilité, qui a fini de convaincre ceux qui n’étaient pas tout à fait décidés à ouvrir leur maison, et qui permet de réinjecter l’économie fiscale dans l’entretien monumental. Ce n’est pas une niche fiscale, mais bien la contrepartie à une ouverture, pour aider au maintien du patrimoine.

L’ouverture du mécénat aux édifices privés a-t-elle été suffisante pour répondre au défi du financement – souvent lourd – de l’entretien du patrimoine ?

En effet, 2008 est une des grandes dates de l’association, lorsque Jean de Lambertye a obtenu la possibilité de financer la restauration et la mise en accessibilité des monuments historiques privés par le mécénat. Aujourd’hui, nos adhérents obtiennent des dons de petits mécènes, qui donnent pour le château de leur enfance, ou de mécénat d’entreprises à plusieurs milliers d’euros, plutôt fléché vers des monuments à forte visibilité. Il y a eu un effet de levier, et ce sont des dizaines de millions d’euros de travaux qui ont pu être réinjectés dans notre patrimoine privé. C’est un apport important car nous arrivons à une raréfaction de l’aide publique. Nous veillerons au maintien de la part de 10 % des crédits des monuments historiques destinées aux monuments privés, on y tient.
Il reste à convaincre maintenant les collectivités locales. Elles n’ont pas d’obligation de financement, c’est donc à nous de leur prouver l’intérêt des monuments quant à l’animation du territoire : il n’y a pas un canton où nous n’avons pas d’adhérent, et bien souvent le château est le seul lieu de rencontre du territoire.
Notre vrai challenge, c’est que les monuments réapprennent à produire des revenus qui, comme autrefois, leur permettaient de s’assumer. Toutes les activités peuvent être développées autour d’un monument, il faut faire confiance à l’innovation. Il faut changer les usages et, le maître mot, c’est de redonner vie aux monuments historiques. Aujourd’hui, présenter une chambre où Louis XIII a passé la nuit ne suffit plus.

Votre association intègre-t-elle également les enjeux écologiques à sa réflexion ?

Quand certains trouvaient scandaleux de ne pas pouvoir se chauffer au-delà de 19 degrés, cela nous faisait rire : nous, quand on a 15 degrés, on est content ! Nous sommes a priori des gens frugaux. Comme tout est démesuré chez nous, c’est dans nos gènes de mettre un gros pull, de ne chauffer qu’une partie de la maison pendant l’hiver. Concernant les économies d’énergie, nous avons édité un guide sur les modes de chauffage, et une enquête sur les huisseries. Nous avons également conçu une publication sur la biodiversité dans nos monuments, avec un observatoire de la biodiversité dans les monuments historiques. Nos domaines sont des conservatoires du vivant sans qu’on le sache vraiment, et ça peut être un merveilleux outil de développement.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°628 du 1 mars 2024, avec le titre suivant : Olivier de Lorgeril : « Redonner vie aux monuments historiques »

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