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Éditorial

L’offre crée la demande, ah bon ?

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 26 avril 2024 - 406 mots

PARIS

L’érosion de la fréquentation du Centre Pompidou, dans un contexte de forte concurrence, l’oblige à repenser son offre.

Le Centre Pompidou © Photo GraphyArchy, 2018, CC BY-SA 4.0 DEED
Le Centre Pompidou.

« Le Centre Pompidou considère que l’arrivée de [la Fondation Louis Vuitton, de la Collection Pinault…] bénéficie à l’ensemble de l’écosystème de l’art moderne et contemporain, et donc y compris à lui-même, dans une logique où l’offre crée la demande. Aucun impact négatif sur sa fréquentation n’a été observé au moment de l’ouverture de ces nouveaux lieux », note la Cour des comptes dans son rapport sur le Centre Pompidou. Mais c’est en contradiction avec ce qui est écrit quelques lignes plus haut : « Une érosion de la fréquentation ». La Cour relève que la fréquentation des collections permanentes est en baisse depuis 2013 et que le Musée national d’art moderne n’attire pas assez les visiteurs étrangers, contrairement au Louvre ou à Orsay. Ceci expliquant en partie cela.

Pour les magistrats, le Centre n’arrive plus à organiser de grandes expositions temporaires qui sont l’autre moteur de sa fréquentation (60 % des visiteurs). Selon notre pointage, avant l’ouverture de la Fondation Louis Vuitton, les expositions du Musée national d’art moderne (à Beaubourg ou au Grand Palais) caracolaient en tête mais, depuis dix ans, il faut aller à la 15e place (et l’exposition « Jeff Koons ») pour retrouver un record du Centre. Alors que dans le même temps cinq expositions de la Fondation Louis Vuitton figurent dans le top 15. On note au passage que la Collection Pinault communique rarement ses chiffres de fréquentation. Seraient-ils décevants ?

Alors si l’offre crée la demande, avec une fréquentation en baisse, le Centre doit sérieusement s’interroger sur sa stratégie et son offre. D’autant qu’à sa réouverture après cinq ans de travaux, il va lui falloir pousser les feux pour faire revenir les visiteurs. L’enjeu est aussi économique. Or, pour Pierre Moscovici, le président de la Cour des comptes, le Centre est dans une impasse budgétaire et ne peut supporter à la fois les coûts du projet de réaménagement du bâtiment de Piano & Rogers, et ceux des réserves à Massy. La Cour s’inquiète du manque de réalisme de sa tutelle, le ministère de la Culture, qui semble ne pas se rendre compte qu’il lui faudra payer pour boucler ces opérations. Et cela n’est pas terminé, après les 600 millions d’euros du Centre, se profile à l’horizon un chantier bien plus cher : la rénovation de la Cité des sciences et de l’industrie qu’un magistrat évalue à 1 milliard d’euros.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°632 du 26 avril 2024, avec le titre suivant : L’offre crée la demande, ah bon ?

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