Politique

Éditorial

Culture publique et culture privée

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 15 mars 2018 - 416 mots

PARIS

Économie. On sait que la culture est largement subventionnée en France mais on ignore à quelle hauteur.

La fondation Vuitton (détail)
La fondation Vuitton (détail) à Paris
© Photo Ludovic Sanejouand

L’étude récente du Département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la Culture (lire l’article page 8) permet d’en avoir une idée. La production non marchande représente 60 % de la production totale des quatre branches les plus aidées que sont le patrimoine, le spectacle vivant, l’enseignement et les arts visuels. Ce taux monte à 94 % pour le patrimoine et à 84 % pour l’enseignement. Au total, le coût de la production non marchande s’est élevé à 15,8 milliards d’euros en 2016. La différence avec les 13,9 milliards d’euros d’interventions de l’État, chiffre mentionné en 2013 dans un rapport conjoint de Bercy et de la Rue de Valois, réside en partie dans les recettes privées des opérateurs publics.

Lorsqu’on considère l’ensemble des branches qui composent la culture selon une définition normalisée au niveau européen, ce taux tombe à 18 %. Mais ce chiffre de 18 % est moins pertinent, car il prend en compte des branches périphériques de la culture comme la partie création des agences de publicité. En outre, dans la comptabilité nationale, certaines taxes ne sont justement pas des taxes mais un prix payé par l’usager pour service rendu… qui rentre ainsi dans l’économie marchande. C’est notamment le cas de la redevance audiovisuelle.

C’est dans ce que l’étude – qu’il faut toutefois saluer – ne dit pas, ou mal, que se niche l’information la plus déconcertante. On devine en effet entre les lignes que la production culturelle publique augmente plus vite que la production marchande. Cela va à l’encontre de la doxa sur la part croissante du privé dans la culture, comme pourrait en témoigner la montée en puissance des fondations dans l’art contemporain (Louis Vuitton, Lafayette…). Or, s’il n’est pas contestable qu’elles dépensent leurs propres deniers dans la culture, les fondations défiscalisent aussi une part importante de leurs dépenses. Selon l’hebdomadaire Marianne, l’État aurait payé 610 millions d’euros sur les 800 millions qu’aurait coûté la construction du bâtiment Louis-Vuitton. Rappelons que « dépense fiscale » ou « crédits de paiement », c’est à peu près la même chose. Lorsqu’une entreprise paye moins d’impôts quand elle achète un « trésor national », « mécène » une exposition ou bâtit une fondation, c’est de l’argent en moins pour les finances publiques. Pour contrer les idées fausses, il serait appréciable que Bercy communique les montants défiscalisés par les grandes entreprises et que le ministère de la Culture aille au bout de ses études sur le rapport public-privé.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°497 du 16 mars 2018, avec le titre suivant : Culture publique et culture privée

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