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Restitutions

Le retour des biens culturels en débat

Le Journal des Arts - n° 342 - 4 mars 2011

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L’Unesco célèbre les 40 ans de la Convention de 1970 relative aux « Mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels ».

PARIS - L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) entendait simplement célébrer les 40 ans d’un texte, la Convention du 14 novembre 1970 relative aux « Mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels », en organisant à Paris un colloque les 15 et 16 mars destiné à en dresser un bilan. Ratifié à ce jour par 120 États, dont la France (qui ne l’applique toutefois que depuis 1997), ce texte sert de référence en matière de négociation internationale. Il vise non seulement à inciter les États revendicateurs à adopter des mesures spécifiques de protection et de connaissance de leur patrimoine, mais prévoit aussi des dispositions en matière de restitution, en créant le cadre d’une coopération internationale. Son volet opérationnel (qui permet notamment aux requérants de saisir directement les tribunaux), la Convention Unidroit de 1995, n’a toutefois jamais fait l’objet d’un consensus et n’a toujours pas été ratifié par de nombreux États (dont la France).

Campagne radicale
Du fait de l’actualité internationale récente, le sujet risque toutefois de prendre une acuité particulière. La présence annoncée, sur les bancs de l’Unesco, de Zahi Hawass, ancien secrétaire général du Conseil suprême des antiquités égyptiennes devenu ministre des Antiquités, pourrait en effet signifier le retour à davantage de mesure. Depuis plusieurs années, le très médiatique Zahi Hawass mène en effet, en marge de l’institution internationale, une campagne très radicale à l’encontre des musées occidentaux afin d’obtenir le retour en Égypte de pièces insignes, telles que le buste de Néfertiti ou la pierre de Rosette, exportées bien avant 1970, date avant laquelle ne s’applique pas la convention de l’Unesco.
En avril 2010, Hawass réunissait, au Caire, vingt États dans le cadre de la première conférence pour la protection et le rapatriement des biens culturels, mais en l’absence des principaux représentants des pays occidentaux considérés comme « spoliateurs ». Le bilan s’est cependant avéré être quelque peu en retrait des ambitions affichées, seul un document n’édictant que de maigres – mais radicaux – principes ayant été rédigé. Celui-ci insiste sur le fait que « le patrimoine culturel appartient à son pays d’origine et cette propriété est inextinguible », laissant ainsi entendre que tout bien culturel significatif pour un pays pourrait faire l’objet d’une revendication, même s’il a été exporté légalement. 

Revendications
Une liste d’œuvres prioritaires, la Wish List, complète le document. Y figurent au total trente lots revendiqués par sept des pays participants à la conférence du Caire. Outre les marbres du Parthénon, vieille pomme de discorde entre la Grèce et le Royaume-Uni, plusieurs pièces des collections publiques nationales françaises conservées au Musée du Louvre y sont également mentionnées, comme le zodiaque égyptien de Dendérah, mais aussi des pièces archéologiques des sites de Mari et de Palmyre réclamées par la Syrie, une statue antique en marbre provenant de Benghazi revendiquée par la Libye, ou encore l’intégralité des terres cuites Nok dispersées dans les musées occidentaux que le Nigeria souhaiterait récupérer. Si la méthode ne semble donc pas avoir fait l’unanimité parmi les pays représentés – tous n’ayant pas participé à la rédaction de la liste –, l’activisme effréné de Zahi Hawass a toutefois commencé à porter ses fruits.

En novembre 2010, le Metropolitan Museum of Art de New York s’est ainsi engagé à rendre, en juin 2011, dix-neuf objets provenant de la tombe de Toutankhamon, qui ne figuraient pourtant pas sur la Wish List. Mais la perte de crédibilité récente du leader charismatique de ce nouveau front pourrait permettre de rebattre les cartes. La révolution égyptienne est en effet venue rappeler cruellement la vulnérabilité du patrimoine égyptien, plusieurs vols au Musée du Caire et pillages de sites archéologiques ayant été confirmés par les autorités (lire le JdA no 341, 18 février 2011). Comment dès lors continuer à revendiquer le retour de pièces insignes en Égypte quand leur pérennité n’est pas assurée ? Dans ce contexte, l’Unesco a tout intérêt à montrer qu’elle garde la main sur le sujet en poursuivant dans la voie de la diplomatie et des bons offices. Cela, même si plusieurs dossiers restent inscrits à l’agenda du Comité intergouvernemental pour la promotion du retour de biens culturels à leur pays d’origine ou de leur restitution en cas d’appropriation illégale, un forum de négociation pour les cas importants créé en 1978. Sans avancées significatives depuis plusieurs années en ce qui concerne notamment les marbres du Parthénon ou le sphinx de Bogâzköy, sujet d’un contentieux entre l’Allemagne et la Turquie.

Sophie Flouquet

Légende photo

Frise de cavaliers provenant du Parthénon, à Athènes, et conservée au Bristish Museum - Photo Mujtaba Chohan - 2007 - Licence CC BY SA 3.0

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