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La XVIIe Biennale d’architecture de Venise tente de construire le monde de demain

VENISE / ITALIE

Le premier événement international depuis le début d’une sortie de la pandémie a ouvert ses portes au public le 22 mai. La ville du futur est bien mieux imaginée au sein des pavillons nationaux que par les architectes réunis dans l’exposition principale.

Pavillon des États-Unis, « American Framing », XVIIe Biennale d’architecture de Venise © Francesco Galli
Pavillon des États-Unis, « American Framing », XVIIe Biennale d’architecture de Venise.
© Francesco Galli

Venise.« Comment vivrons-nous ensemble ? », demandait Hashim Sarkis, le commissaire de la XVIIe Biennale d’architecture de Venise. L’édition reportée une première fois à l’automne 2020 a été à nouveau décalée pour cause de pandémie, et se tient de mai à novembre 2021. Un événement qui a rendu éminemment actuel le thème choisi par l’architecte libanais âgé de 57 ans, professeur et doyen de la School of Architecture and Planning du Massachusetts Institute of Technology (MIT). « Nous posons cette question aux architectes parce que nous ne sommes pas satisfaits des réponses offertes par la politique », a-t-il rappelé à l’ouverture de la Biennale à laquelle participent 112 architectes et cabinets provenant de 46 pays, dont 96 % pour la toute première fois tandis que près de la moitié ont entre 35 et 55 ans. La mission que leur a confiée Hashim Sarkis est à la hauteur des défis climatiques, sanitaires et socio-écomoniques que doit relever le fameux « monde de demain ». Il ne s’agit rien de moins que de « dépasser le modèle de métropole qui a triomphé au XXe siècle et qui est désormais obsolète avec ses divisions ville/campagne, centre/périphérie. Il faut remplacer la formule de contrat social par celle de contrat spatial ».

« Beaucoup d’idéologie et peu d’architecture», se plaignent pourtant certains observateurs en arpentant l’exposition principale qui se déploie au fil de 116 installations à l’Arsenal. Un bric-à-brac qui donne l’impression d’une extension de la Biennale d’art faisant le catalogue des catastrophes qui nous guettent ou que nous vivons, depuis les ségrégations diverses et variées jusqu’à l’extinction de la biodiversité en passant par la destruction des habitats traditionnels. « Chaque salle est conçue comme un dialogue entre différentes manières de penser l’architecture, se défend Hashim Sarkis. Le visiteur entre dans les salles, voit le dialogue et commence à formuler une position. Et c’est grâce à ce dialogue que l’on va revenir à la conversation. Si on essaye de créer des espaces de rencontre, où les gens se voient en passant et qu’ils rencontrent les gens qu’ils ne voient pas d’habitude, où s’exposent les différences économiques, ethniques, c’est le début du dialogue et c’est là où l’architecture peut aider à transformer la société. » Même si elle ne peut rien, reconnaît le commissaire de la Biennale.

C’est surtout au sein des pavillons nationaux, installés aux Giardini ou disséminés dans une ville qui n’est pas encore prise d’assaut par les touristes, que les différents pays ont pu rivaliser d’ingéniosité pour répondre à sa question « Comment vivrons-nous ensemble ? » . Quatre nouveaux venus pour cette XVIIe édition : Grenade, l’Irak, l’Ouzbékistan et l’Azerbaïdjan. Un air de renouveau soufflait dans les allées. « Ce premier événement international avec le retour du public est celui du retour à la vie et au travail », répétaient à l’unisson avec enthousiasme les participants. Alors que les restrictions pour voyager n’ont pas été levées uniformément dans tous les pays, à peine plus de 5 000 billets d’entrée ont été édités à ce jour. « Mais ne jugez pas le succès de l’événement juste avec le nombre de tickets vendus », enjoint Roberto Cicutto, le président de la Biennale.

Un tour des pavillons

Si les enjeux et les défis sont globaux, les propositions des pavillons sont foncièrement nationales. Retour aux origines et à la tradition pour les États-uniens qui mettent le bois à l’honneur. Le projet du duo d’architectes de Chicago Paul Andersen et Paul Preissner est une série sobre et élégante de maquettes exaltant les charpentes en bois. Une méthode de construction toujours au cœur de 90 % de l’édification des maisons particulières dans le pays. Le commissaire du Japon, Jo Nagasaka, démontre toutes les potentialités de la maison nippone. L’une d’elles, datant des années 1950, a été démantelée et ses éléments sont exposés sous une forme qui n’est pas nécessairement celle originale pour témoigner de l’importance du réemploi des matériaux dans un contexte d’épuisement des ressources planétaires.

La fibre sociale du pavillon de la France est indéniable. Son commissaire, Christophe Hutin, qui a multiplié les expériences architecturales en direction des populations socialement ou économiquement défavorisées, à Bordeaux, Soweto et Johannesburg (Afrique du Sud), met à l’honneur « Les communautés à l’œuvre ». « L’architecture, ce n’est pas fait pour être regardé, explique-t-il, c’est fait pour être habité. L’architecte ne doit plus se placer en surplomb mais porter un regard optimiste sur le monde où les communautés habitantes agissent directement pour modifier leur cadre de vie, leur quotidien. » C’est ce qu’il fait en faisant « dialoguer la performance des habitants et la compétence de l’architecte »à travers des exemples aux États-Unis, en France ou encore au Vietnam. Des images en mouvement de films triptyques sont projetées sur des écrans de trois mètres sur trois. Au centre, un travelling cinéma encadré par des images illustrant la vie quotidienne ainsi que les processus de transformation des lieux présentés.

Le très poétique pavillon libanais s’interroge, lui, sur la notion de vide quelques mois après l’explosion qui a ravagé Beyrouth, celui de la Suisse enquête sur la notion de frontière tandis que le hongrois se penche sur le futur de l’architecture de son passé soviétique. « Le report de la Biennale a permis à de nombreux architectes de parachever leurs projets, conclut Hashim Sarkis. On dit souvent que 2020 a été une année perdue, mais elle aussi été une année gagnée. » Pour penser le monde d’après (la pandémie), les architectes ont surtout interrogé celui d’hier. « Un dialogue pour éviter de répéter les erreurs du passé », espère Roberto Cicutto, le président de la Biennale.

Pavillon du Japon à la XVIIe Biennale d’architecture de Venise, « Co-Ownership of Action: Trajectories of Elements ». © Francesco Galli
Pavillon du Japon à la XVIIe Biennale d’architecture de Venise, « Co-Ownership of Action: Trajectories of Elements ».
© Francesco Galli
Biennale d’architecture 2021,
jusqu’au 21 novembre, XVIIe Exposition internationale d’architecture, « Comment vivrons-nous ensemble ? », Arsenal, Giardini et divers lieux dans la ville, Venise, labiennale.org

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°569 du 11 juin 2021, avec le titre suivant : La XVIIe Biennale d’architecture de Venise tente de construire le monde de demain

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