Mercredi 23 janvier 2019

Zone de décompression

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 juin 2003 - 348 mots

La jeune garde de l’art italien déjoue l’encombrante notion de pavillon national en investissant les jardins de la Biennale avec un nouvel espace temporaire. La structure pérenne et historique dédiée à l’Italie étant depuis quelques années dévolue à des expositions internationales – cette année « Retards et Révolutions » de Francesco Bonami et Daniel Birnbaum –, l’art de la péninsule s’affiche dans une nouvelle vitrine conçue par un collectif d’architectes et d’artistes italiens, le Gruppo A12. De son nom « La Zone », cette installation de cinq serres face au pavillon américain offre une nouvelle lecture du concept d’identité nationale régulièrement malmené dans le cadre de biennales dites « à pavillons » comme celle de São Paulo au Brésil. « Géographie à construire, plutôt qu’à célébrer et identité mobile, à monter “soi-même” », tels sont les credo des A12, uniquement relayés par cinq heureux élus à qui revient la lourde tâche de représenter le sang neuf italien. Trois de ces jeunes artistes – Micol Assaël, la benjamine de vingt-quatre ans, élabore une démarche philosophique complexe à travers des photographies et des installations troublantes et glaciales, Diego Perrone déjoue l’absurdité en photo comme en vidéo et Patrick Tuttofuoco construit des structures en plastique psychédéliques – ont été découverts en septembre 2002 lors de l’exposition d’ouverture de la fondation Sandretto à Turin, dont la direction artistique est assurée par... Francesco Bonami ! Quant à la peintre Alessandra Ariatti et la vidéaste Anna de Manincor, si elles ne font pas figures de débutantes, elles restent des inconnues auprès du public international. Dans ce lieu de confluences que se veut être « La Zone », celui des nouveaux symboles de la vitalité artistique italienne, aucun tabou de forme ni de genre ne sera de mise. Tour à tour insolentes, farfelues ou mutiques, leurs œuvres dessinent certainement moins un nouveau mouvement national qu’une carte des préoccupations et des références manipulées dans des réflexions atypiques. Et désormais, on peut ouvrir les paris sur l’accueil qui sera fait à ces nouveaux espoirs de l’Italie.

« La Zona / La Zone » installée dans les Giardini.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°548 du 1 juin 2003, avec le titre suivant : Zone de décompression

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