Mercredi 13 novembre 2019

Beaumont-du-Lac, île de Vassivière (87)

Vassivière sort de son île

Centre international d’art et du paysage (Ciap)- Jusqu’au 5 novembre 2017

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 29 août 2017 - 382 mots

La transhumance, c’est le déplacement périodique d’animaux de la plaine vers la montagne, et de la montagne vers la plaine.

La comparaison avec le bétail n’est pas la plus appropriée, cependant c’est bien une forme de transhumance que réalise actuellement le Ciap. En prolongement de l’exposition présentée dans son espace construit sur l’île de Vassivière, le centre d’art sort de son territoire pour présenter une série d’œuvres dans six communes voisines. L’ambition de cette « exposition-parcours » ne souffre aucune équivoque : sortir l’art contemporain de son isolement pour aller au devant des gens. Les œuvres ont toutes été choisies dans la collection du Centre national des arts plastiques (Cnap), en concertation avec les communes qui les accueillent. À Saint-Amand-le-Petit, village de cent dix âmes, est ainsi présentée la vidéo d’Edith Dekyndt, Provisory Object 02 (2000), dans laquelle l’artiste filme des mains malaxant une pâte faite à partir de limaille de fer et d’eau. Hypnotique, la vidéo fait écho au cadre de la petite église fraîchement restaurée, avec ses fresques et ses vitraux contemporains, qui l’accueille. Changement de décor : Baumont-du-Lac et ses cent soixante habitants ont mis à disposition du Ciap une ancienne grange transformée pour l’occasion en salle de cinéma rudimentaire. Plongés dans le noir, confortablement installés dans les fauteuils de l’ancien cinéma du village, les spectateurs écoutent un texte du romancier Olivier Cadiot (Drive-In, 2008) dont les qualités descriptives font défiler un film invisible sur l’écran de leur imaginaire. Non loin de là, Peyrat-le-Château a sélectionné le Jardin suspendu (2008) de Mona Hatoum, soit de simples sacs de jute remplis de terre qui, empilés les uns sur les autres, rappellent les barricades de fortune érigées dans les pays en guerre. Seulement voilà, les graines placées dans les sacs par les réfugiés installés dans le centre d’accueil de la ville après l’évacuation de la « jungle » de Calais finissent par germer pour former un mur de verdure et un monument à l’espoir dont il faut prendre soin… Mais le plus original réside sans doute dans le partenariat passé avec Radio Vassivière. Tous les jours à 23 heures, la radio locale diffuse des œuvres sonores de la collection du Centre national des arts plastiques signées Jonas Mekas, Melik Ohanian, Georges Tony Stoll, Lawrence Weiner… Les bonnes ondes, cela se partage même tard le soir.

« Transhumance »,
Centre international d’art et du paysage, île de Vassivière, Beaumont-du-Lac (87), www.ciapiledevassiviere.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°704 du 1 septembre 2017, avec le titre suivant : Vassivière sort de son île

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