Une pluralité d’identités

L'ŒIL

Le 1 juillet 2003 - 687 mots

Parmi les principales critiques émises à propos des FRAC, on retrouve souvent celle de l’académisme des acquisitions. Que cet académisme soit traditionaliste ou avant-gardiste, la critique se fonde sur la propension des pouvoirs publics à établir des normes. Ce à quoi le délégué aux arts plastiques, Martin Bethenod, répond : « L’exposition “Trésors publics” [de 2003] devrait largement démontrer le niveau, mais aussi la diversité de ces collections. Des collections qui rassemblent aujourd’hui quinze mille œuvres de trois mille artistes (on est donc bien loin d’un prétendu petit noyau d’artistes “abonnés”), dans des disciplines variées, la peinture, le dessin, la vidéo, l’architecture, les installations, le design… des collections, surtout, qui ont chacune une véritable personnalité, qui affirment des partis pris, des choix. Celui de privilégier un médium (la peinture pour le FRAC Auvergne, le dessin pour le FRAC Picardie, le design et la mode pour le FRAC Nord-Pas-de-Calais), une thématique (les rapports art-architecture pour le FRAC Centre, ceux entre l’art, la télévision et les nouveaux médias pour le FRAC Aquitaine)... À l’opposé d’une norme unique, il y a autant d’identités que de FRAC. »
De plus, parler de norme unique pour les FRAC c’est également omettre des différences inhérentes à chacun, qu’elles soient de budget ou de leur histoire même, celles-ci ayant des conséquences directes sur leur collection. Les disparités de budget entre les régions influent directement sur l’importance des collections. Le FRAC Auvergne comporte aujourd’hui trois cents œuvres quand le FRAC Alsace en compte près de mille. De même, chaque FRAC a sa propre histoire. Le FRAC Rhône-Alpes a fusionné en 1997 avec un centre d’art, le Nouveau Musée, pour donner naissance à l’IAC (Institut d’art contemporain). Fort d’une collection de mille trois cent cinquante œuvres, l’IAC peut développer une activité de présentation et de réflexion sur l’art actuel ainsi qu’une politique d’acquisition et d’accompagnement didactique autour d’une importante collection. Après le tragique incendie du FRAC Corse en 2001, celui-ci entreprend aujourd’hui la reconstitution de sa collection (certains artistes ont accepté de reproduire des œuvres détruites dans l’incendie) et travaille sur les orientations à donner à la collection après le sinistre (cf. p. 118).
Au-delà de ces différences de choix, d’importance et d’histoire, la spécificité des FRAC réside dans l’idée même de collection régionale, et ce qu’elle implique. Chaque collection suppose un ancrage dans son territoire. « Elle doit être, précise Marc Donnadieu, directeur du FRAC Haute-Normandie, en résonance avec la région donnée, son histoire culturelle, esthétique, globale et récente dans l’art contemporain, en résonance avec son réseau de partenaires, et son niveau de connaissance. La Haute-Normandie doit prendre en compte l’histoire de l’impressionnisme (car elle en était le berceau), la Bourgogne quant à elle a été marquée par de nombreuses initiatives en art contemporain dans les années 1970. En ce sens, ce n’est pas un territoire neutre, le FRAC doit faire avec cette histoire. »
Mais au-delà de cet ancrage dans un territoire, comment les FRAC se positionnent-ils par rapport au terme même de collection ? Celle-ci doit-elle être un tout, autonome et identitaire ou bien l’enregistrement de la pluralité des propositions plastiques visant ainsi à faire découvrir la diversité et la multiplicité des courants artistiques ? Pour Martin Bethenod, « la spécificité d’un FRAC est de proposer, depuis une région particulière, depuis une situation unique, géographique, démographique et sociale, un point de vue ouvert sur l’art en général. L’idée est de se centrer sur la valeur que les œuvres prennent dans un contexte donné : celui d’une région, d’un public ». Et lorsque l’on rapproche cette interrogation du rapport entre les FRAC et les musées, au délégué aux arts plastiques de surenchérir : « On a souvent voulu définir les FRAC par rapport aux musées (un antimusée, un presque musée, un musée sans murs...). Ces définitions, outre qu’elles ont souvent été lancées dans un but polémique, font l’impasse sur la spécificité même des missions d’un FRAC : constituer une collection, certes, mais aussi jouer, sur l’ensemble d’un territoire, urbain, périurbain, rural, un rôle actif de diffusion et de médiation, dans des lieux très divers, avec un enjeu de souplesse, de réactivité, d’innovation, d’adaptation. »

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°549 du 1 juillet 2003, avec le titre suivant : Une pluralité d’identités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque