Vendredi 22 novembre 2019

Bâle (Suisse)

Quand Zonder rencontre Tinguely

Musée Tinguely - Jusqu’au 1er novembre 2017

Par Amélie Adamo · L'ŒIL

Le 29 août 2017 - 298 mots

Remettant à l’honneur Mengele-Totentanz (1986), l’œuvre monumentale de Tinguely, le musée de Bâle rappelle l’intérêt de l’œuvre tardive du sculpteur qui, loin d’une lecture moderniste s’attachant aux débuts liés à l’abstraction et au Nouveau Réalisme, révèle une noirceur et une dimension politique fortes et témoigne de l’obsession de l’artiste pour la mort et la violence.

Aussi, il n’est pas étonnant que le Musée Tinguely ait invité Jérôme Zonder à venir dialoguer avec le travail de Tinguely, là où l’institution en France reste encore souvent réfractaire à la violence inhérente au travail du « jeune » dessinateur. Refusant la facilité littérale de refaire une danse macabre, la proposition de Zonder se donne en trois temps : un premier mur de dessins (2010-2017) qui, par effet de collages, mêle des récits, des écritures et des sources diverses révélant la permanence de la violence dans l’histoire ; un second mur de dessins, faits d’empreintes, représentant une foule de morts-vivants (motif tiré d’une série télévisée, avatar contemporain de la danse macabre) ; une installation de piques acérées matérialisant physiquement l’espace historique. Des échos sont ainsi créés entre Zonder et Tinguely : représentation de la mort, dimension politique interpellant de façon agressive, entremêlement de l’ultramoderne (machine/Internet) et de l’archétypal (traces de mains/ombres chinoises projetées), physicalité qui excède l’œuvre (par le son et la lumière chez Tinguely) pour s’ouvrir à l’espace du spectateur ; ce que l’artiste aurait exploré davantage s’il avait pu investir la salle mitoyenne et interagir avec la pièce historique. Parce que la force de Zonder est sa capacité à réinventer le rapport à l’histoire et à prendre physiquement possession d’un lieu, comme l’a révélé sa façon d’habiter la Maison rouge et comme le montrera sans doute son dialogue avec la puissante architecture du domaine de Chambord, où il sera invité en 2018.

« Jérôme Zonder. The Dancing Room »
Musée Tinguely, Paul Sacher-Anlage 1, Bâle (Suisse), www.tinguely.ch

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°704 du 1 septembre 2017, avec le titre suivant : Quand Zonder rencontre Tinguely

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