Dimanche 25 février 2018

Italie - Archéologie

Un superbe pavement en mosaïque mis au jour à Pesaro

Une mosaïque antique peut en cacher une autre

Le Journal des Arts

Le 23 juin 2010

Le grand pavement en mosaïque du VIe siècle récemment dégagé sous l’actuelle cathédrale de Pesaro cachait une autre mosaïque, du Ve siècle, dont la présence était complètement inattendue.

TURIN - Au siècle dernier, lors des travaux entrepris pour jeter les fondations de la cathédrale de Pesaro, Giovanni Battista Carducci fit la découverte d’importants fragments d’une mosaïque qui suscita un vif intérêt de la part des milieux académiques et culturels. Les terrassements entrepris alors mirent au jour un tiers de la mosaïque qui fut recouvert faute de moyens techniques. Un relevé de la mosaïque partiellement fidèle à l’original fut tracé par Carducci. En 1989, l’architecte Maria Luina Polichetti, surintendante des services du patrimoine pour les Marches, décida d’intervenir à la suite de problèmes concernant les piliers de l’église. En accord avec la surintendante archéologique, on commença les fouilles et on entreprit des recherches en archives. La principale source trouvée furent les rapports du XVIIIe siècle de l’abbé Olivieri, un ecclésiastique qui avait déjà mené des fouilles dans la cathédrale. Dans les études ultérieures, la datation proposée pour l’œuvre oscillait du VIe au XIIIe siècles. La mise au jour de l’intégralité de la mosaïque permet aujourd’hui de la dater du VIe siècle, grâce à la présence d’un emblème avec dédicace en l’honneur de l’ex-consul Giovanni, vir gloriosus.

Le pavement, composé de tesselles polychromes en marbre, en pâte de verre et en terre cuite, est exceptionnel. Il présente une série de "tapis" rectangulaires de grande dimension qui suivent la division en trois nefs de l’ancienne basilique byzantine. Dans les bandes latérales, la décoration s’organise autour de motifs curvilignes et géométriques (cercles, carrés et losanges), tandis que le centre est constitué par un lacis de motifs figuratifs. Au-delà de l’emblème, vers la façade, s’étendent des "tapis" de moindre grandeur, toujours avec des décors géométriques comportant des représentations d’animaux.

La partie centrale du pavement est constituée par trois compartiments ornés de médaillons à motifs symboliques : une sirène à double queue, un paon dans une grande étoile à huit branches, un écu avec des poissons et des animaux. Devant l’autel, on retrouve un décor géométrique avec des animaux, des inscriptions et des dédicaces.
La fabrication semble être dans le style de Ravenne, peut-être avec des influences des mosaïques syriennes, mais les résultats de l’étude scientifique ne sont pas encore publiés. Néanmoins, on voit clairement que la mosaïque a subi d’importants ajouts du VIe au XIIe siècles en fonction des différentes restaurations de l’église.

La découverte d’une autre mosaïque
Mais la véritable nouveauté apportée par les dernières fouilles a été la découverte d’une autre mosaïque, 70 cm en dessous de celle du VIe siècle. Vraisemblablement d’égale étendue, elle aurait été construite moins de cent ans avant celle du dessus. Étant donné les traces de feu retrouvées, il est probable que l’église d’origine, du Ve siècle, a été détruite au cours de la guerre des Byzantins contre les Ostrogoths, et a fait place à la construction, mosaïque du VIe siècle comprise. Une nouvelle église semble avoir été élevée après le XIIe siècle, probablement celle qui fut démolie par Carducci, au XIXe siècle.

La mosaïque inférieure, qui reste encore à découvrir entièrement, présente, dans ses points visibles, une grille géométrique avec des figures d’animaux : faisan, colombe, poisson, etc. Un difficile problème se pose : Comment réussir à récupérer et exposer les deux mosaïques ? Une solution serait d’enlever la mosaïque supérieure et de l’exposer dans le jardin actuel à côté de la cathédrale, en l’abritant sous une structure adéquate. Ceci permettrait de mettre totalement au jour la mosaïque inférieure et de créer un hypogée de deux mètres de hauteur permettant de la voir, tandis que l’église retrouverait son pavement du XIXe siècle.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°2 du 1 avril 1994, avec le titre suivant : Un superbe pavement en mosaïque mis au jour à Pesaro

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