Mercredi 12 décembre 2018

« Un puzzle géant »

Le remontage du temple d’Hatchepsout touche à sa fin

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 3 novembre 2000 - 481 mots

Commencés dans les années soixante, les travaux de restauration du temple d’Hatchepsout, à Deir el-Bahari, ne s’achèvent qu’aujourd’hui. Ce sont près de 10 000 blocs de pierre qui ont ainsi été remontés pour restituer au monument son aspect antique.

LOUXOR - Si le temple de la reine Hatchepsout est l’un des sites égyptiens les plus fréquentés par les touristes, peu d’entre eux ont conscience d’être face à une construction récente. Des photographies des années trente montrent une rampe imposante qui part d’une colonnade et monte vers une zone couverte de décombres, tandis qu’aujourd’hui, le temple est couronné d’une colonnade supplémentaire et d’un ensemble de galeries. Bien que les travaux de reconstruction aient commencé dans les années soixante, ils ne s’achèvent véritablement qu’aujourd’hui – ce qui aura toujours représenté beaucoup plus de temps que les quinze années nécessaires aux anciens Égyptiens pour construire l’ensemble du temple. L’accès à la terrasse supérieure a été ouvert à des VIP à l’occasion d’un congrès d’égyptologie en mai dernier, mais il reste interdit au public car le passage des visiteurs pourrait endommager ses précieux reliefs. La police a su reconnaître l’emplacement stratégique de la colonnade qui sert donc à présent de plate-forme de surveillance pour les gardes armés. Bien que leur présence ait pour dessein de rassurer les touristes, elle rappelle néanmoins constamment que le massacre de 58 visiteurs perpétré par des terroristes intégristes, en 1997, a eu lieu sur le site même. N’ayant pu succéder à son père en tant que pharaon, Hatchepsout avait épousé son demi-frère, Touthmôsis II, et lui avait succédé après sa mort en 1503 avant J.-C. Son magnifique temple funéraire, encerclé par les falaises de Thèbes, sera construit par Senenmout. Rebaptisé Deir el-Bahari pendant la période chrétienne, le monument est investi par les moines coptes qui le transforment en monastère au VIIe siècle. Au moment de l’expédition napoléonienne de 1798, le sable a recouvert le monument dont une grande partie a été dégagée en 1894 par l’Egypt Exploration Society.Dans les années soixante, une mission archéologique égypto-polonaise lance ce qui s’avérera être l’un des plus longs projets de restauration de ces dernières années. Sur la terrasse supérieure, ils ont entrepris un travail de fourmi consistant à remonter plus de 10 000 blocs de pierre éclatés en fragments. “C’était comme si nous devions retrouver les pièces d’un puzzle géant pour les assembler”, explique Zbigniew Szafranski, chef de mission. Le travail avançait lentement et il a fallu refaire entièrement certaines parties des parois car les blocs n’avaient pas été placés correctement. Suite à des pluies torrentielles en 1991 et en 1994, des consolidations d’urgence ont dû être réalisées, repoussant encore davantage la fin des travaux. La reconstruction devrait permettre une meilleure conservation des vestiges, bien que de l’avis de certains experts, le remontage ait été parfois trop poussé – certainement pour satisfaire la soif du touriste, toujours en quête d’une vue théâtrale à photographier.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°114 du 3 novembre 2000, avec le titre suivant : « Un puzzle géant »

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