Sur les pas d’Anne de Bretagne

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 26 juin 2014 - 1497 mots

En hommage au 500e anniversaire de la disparition d’Anne de Bretagne, les six châteaux du Val de Loire les plus intimement liés à l’histoire de la reine proposent une programmation qui les donne à voir sous un nouveau jour.

Dernière duchesse de Bretagne à 11 ans, seule femme couronnée deux fois reine de France, Anne de Bretagne (1477-1514) est un personnage clef de la Renaissance. Disparue à seulement 37 ans, elle a laissé son empreinte sur l’art de son temps et compte parmi les premières femmes à avoir exercer un mécénat royal, particulièrement actif dans l’enluminure. Son influence sur le patrimoine bâti est cependant plus difficile à discerner, car les châteaux où elle a vécu ont connu d’importantes transformations. Un regard attentif nous permet toutefois de déceler son héritage.

De Nantes à Loches 
Notre parcours commence au château ducal de Nantes, lieu supposé de sa naissance. La duchesse passe son enfance dans ce château alors en travaux ; adulte, elle n’y revient que rarement mais supervise l’achèvement du chantier. Elle participe notamment à lui conférer son aspect moderne en faisant construire la tour du Fer à Cheval et surtout celle de la Couronne d’Or. Emblématique de la transition du goût vers 1500, celle-ci est dotée de deux étages de loggias dont les baies sont surmontées d’un dense réseau sculpté mêlant chiffre de la reine, décor animal et végétal.

Chronologiquement, notre seconde étape nous mène au lieu de son accession au trône : le château de Langeais. En 1491, âgée de 14 ans, elle y épouse dans le plus grand secret Charles VIII pour mettre fin à la guerre opposant la Bretagne à la France. Langeais commémore cette union avec une reconstitution de la cérémonie. À cet étrange défilé de personnages en cire, on préfèrera la visite de ce château atypique et charmant. Construit à la fin du Moyen Âge, le monument a été largement restauré au XIXe, en mettant particulièrement l’accent sur cet événement royal. Le décor peint multiplie ainsi les références à Anne et Charles VIII, à travers leurs chiffres et l’emblème de la reine : l’hermine symbole de la Bretagne. Pour découvrir des traces contemporaines de la reine, direction la Cité royale de Loches. Traditionnellement associé à deux autres grandes figures féminines, Jeanne d’Arc et Agnès Sorel, le château a également compté Anne de Bretagne parmi ses hôtes. Le logis peut d’ailleurs s’enorgueillir de conserver une pièce phare de son mécénat : son oratoire. Cette minuscule chapelle affiche fièrement les emblèmes d’Anne. La moucheture d’hermine y est omniprésente tout comme le motif de la cordelière, en référence à l’ordre qu’elle créa. De style gothique flamboyant, ce remarquable oratoire constitue l’un des rares exemples de lieu de dévotion privé de l’extrême fin du Moyen Âge.

Une reine pieuse et bâtisseuse
L’histoire a retenu d’Anne l’image d’une reine pieuse. Il est vrai qu’outre cet oratoire on connaît au moins deux édifices religieux contemporains de son règne : à Amboise et au Clos Lucé. Petit château médiéval transformé par Anne et Charles VIII, le Clos Lucé devient une résidence d’agrément pourvue d’un oratoire. Si le décor peint par les disciples de Léonard de Vinci est postérieur, le monument a préservé quelques éléments lapidaires qui rappellent la présence du couple, dont leurs effigies ainsi que les symboles du royaume de France et du duché de Bretagne ornant la cour. À quelques mètres de ce lieu de villégiature, on découvre le troisième lieu de culte édifié par la souveraine : la chapelle Saint-Hubert du château d’Amboise. Ce bel édifice est aujourd’hui l’un des rares vestiges de son règne. Lors de ses premières noces, elle séjourne fréquemment à Amboise et participe à la transformation du site. Sous l’impulsion du couple, le château fort devient progressivement un palais d’inspiration italienne au décor raffiné. Fortement remanié par la suite, le château garde peu de traces de cet état, l’écho des séjours de la reine se limite à quelques éléments de décor comme des clefs de voûte sculptées de son A couronné ou des bas-reliefs montrant un ange portant un blason frappé de fleur de lys et de mouchetures d’hermine.

Quand Charles VIII trouve la mort à Amboise en 1498, la situation de la reine change ; elle est promise au futur Louis XII et retrouve ses droits sur la Bretagne. Le nouveau couple réside majoritairement à Blois, lieu de naissance du roi. La reine bénéficiant d’importantes ressources issues de son duché peut mener à bien différents chantiers, elle entreprend notamment, avec son époux, l’érection de l’aile Louis XII. Bien que d’esprit encore gothique, l’édifice montre l’adoption d’éléments du vocabulaire de la Renaissance italienne, comme le motif des candélabres sculptés ou l’introduction d’une galerie. Leur logis présente une disposition nouvelle : de part et d’autre d’une salle commune, ils bénéficient chacun d’appartements privés qui font presque la même taille. Une symétrie architecturale qui consacre dans la pierre le rôle politique nouveau de la reine. Son souvenir est également présent dans le parc où subsiste son petit pavillon, rappelant aussi son rôle dans la création des premiers jardins de la Renaissance française.

Le cœur d’Anne de Bretagne
Châteaubriant présente le reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne, pièce d’orfèvrerie qui témoigne du faste des funérailles de la reine, première souveraine dont le deuil prit une ampleur nationale. Manuscrits et objets d’art sont réunis autour de cet objet à l’histoire mouvementée. En effet, comme la majorité des sépultures royales, celle d’Anne fut profanée à la Révolution. La manifestation retrace les cérémonies organisées pour le « trépas de l’Hermine regrettée » et se penche sur l’histoire du précieux écrin.
Château de Châteaubriant, place du Général-de-Gaulle, Châteaubriant (44), grand-patrimoine.loire-atlantique.fr, jusqu’au 28 septembre 2014.

Anne de Bretagne et l’enluminure
Si la reine a laissé son empreinte dans l’architecture, c’est indéniablement dans l’art de l’enluminure que son mécénat a été le plus considérable. Le château de Langeais donne un aperçu de sa bibliothèque, aujourd’hui dispersée dans d’insignes collections, à travers la reproduction d’enluminures en très grand format. Cette sélection met en exergue l’évolution de la représentation de la reine à travers les ouvrages de Marot, Dufour et bien sûr Jean Bourdichon, l’auteur du plus célèbre portrait de la souveraine.
Château de Langeais, place Pierre-de-Brosse, Langeais (37), www.chateau-de-langeais.com, jusqu’au 31 décembre 2014.

Sur les pas d’Anne de Bretagne à Nantes
Dernière duchesse de Bretagne, la reine occupe une place de choix dans l’imaginaire des Nantais ainsi que dans leur patrimoine. Si plusieurs monuments liés à la souveraine ont disparu, certains ont perduré et perpétuent cette mémoire. En premier lieu, le château ducal, lieu supposé de sa naissance et de son mariage avec Louis XII. En face du château, le jeu de piste continue avec la statue, de Jean Fréour, qui affiche les traits juvéniles de la reine véhiculés par l’enluminure. À quelques encablures, on découvre un tout autre portrait de la souveraine. Cours Saint-Pierre trône ainsi un beau marbre de Dominique Molknecht montrant Anne dépourvue de sa fameuse coiffe bretonne mais altière et couronnée. Cette iconographie d’une reine volontaire se retrouve également au 23, rue de Strasbourg sur un médaillon sculpté à son effigie. Enfin, un crochet par la cathédrale permet de découvrir l’une des plus belles commandes de la mécène : le tombeau de ses parents François II et Marguerite de Foix, réalisé par Michel Colombe.

Jardins de châteaux à la Renaissance
Les jardins royaux du château de Blois furent créés à l’initiative d’Anne de Bretagne et de son époux Louis XII. Situés à l’ouest du domaine, ils étaient reliés au palais par un pont surmonté d’une galerie et s’étageaient en trois terrasses. De cet aménagement original, il ne demeure aujourd’hui que de très rares vestiges. L’exposition blésoise tente de faire revivre ces lieux d’agrément et de recueillement à travers une sélection de manuscrits, peintures, gravures et tapisseries, associés aux dernières découvertes archéologiques.
Château royal de Blois (41), www.chateaudeblois.fr, du 5 juillet au 2 novembre 2014.

Costumer l’histoire
Une centaine de costumes créés pour le cinéma et le théâtre se dévoilent au château de Loches. Les vêtements et accessoires utilisés pour reconstituer de grandes fresques historiques médiévales sont présentés dans le donjon, tandis que le logis royal accueille les créations destinées à évoquer les grands personnages de la Renaissance. L’exposition réunit des pièces ayant servi dans certains films cultes, à l’instar de la célèbre robe maculée de sang portée par Isabelle Adjani dans La Reine Margot.
Cité royale de Loches, Loches (37), www.chateau-loches.fr, jusqu’au 21 septembre 2014.

Anne de Bretagne et l’enluminure
Si la reine a laissé son empreinte dans l’architecture, c’est indéniablement dans l’art de l’enluminure que son mécénat a été le plus considérable. Le château de Langeais donne un aperçu de sa bibliothèque, aujourd’hui dispersée dans d’insignes collections, à travers la reproduction d’enluminures en très grand format. Cette sélection met en exergue l’évolution de la représentation de la reine à travers les ouvrages de Marot, Dufour et bien sûr Jean Bourdichon, l’auteur du plus célèbre portrait de la souveraine.
Château de Langeais, place Pierre-de-Brosse, Langeais (37), www.chateau-de-langeais.com, jusqu’au 31 décembre 2014.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°670 du 1 juillet 2014, avec le titre suivant : Sur les pas d’Anne de Bretagne

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque