Inititiaves

Les villages italiens résistent

Le Journal des Arts

Le 24 mai 2016

Frappés par l’exode de leurs habitants, 244 villages italiens se mobilisent et multiplient les projets pour ne pas disparaître.

Les petits villages patrimoniaux italiens sont en voie de disparition. Selon l’Institut national de la statistique (ISTAT), il y a 5 638 villes italiennes de moins de 5 000 habitants sur un total de 8 057, soit 70 % et 60 % des habitants. La plupart de ces villages sont en danger de dépopulation et ils iraient s’ajouter au millier de villes « fantômes » que l’ISTAT a déjà dénombrées. Une fois privés de leurs habitants, ils sont souvent condamnés. De sorte que ces villes « fantômes » n’apparaissent plus dans les cartes GPS, que leurs églises, leurs châteaux, fortifications et sites archéologiques tombent en ruine, et que les touristes n’y vont plus. Le 9 mai dernier, avec le projet « Bellezza », le gouvernement italien a affecté 150 millions d’euros pour restaurer les sites culturels oubliés (qui peuvent être signalés par les habitants eux-mêmes). Mais les maires des petits villages ne comptent pas beaucoup sur les fonds nationaux, souvent destinés aux villes et aux grandes attractions touristiques.

Un label village authentique
Devant cette sombre perspective, 244 communautés locales se sont associées sous le nom de Borghi Autentici d’Italia (BAI) et le 22 mai dernier, 48 mairies parmi elles, ont organisé leur première journée nationale : une fête qui se déroule dans treize différentes régions pour faire connaître le patrimoine artistique, les musées, la gastronomie et les coutumes de leurs petits villages. Le président du BAI, Ivan Stomeo, explique au Journal des Arts qu’« on ne peut pas sauver le patrimoine sans impliquer la communauté qui vit tout autour ». C’est ainsi que l’association, comme le spécifie son manifeste, a lancé une série d’initiatives pour faciliter le développement économique et social, améliorer la qualité de vie des habitants, valoriser et sauvegarder le patrimoine. L’un des projets les plus importants est la « certification de village authentique ». Afin d’obtenir ce label les maires doivent signer un « plan d’amélioration » et s’engager à atteindre certains standards au niveau énergétique, de la qualité urbaine architecturale, pour donner une image plus cohérente du bourg, et de la cohésion sociale. Le premier « village authentique certifié » a été Montesegale (300 habitants), en Lombardie. C’est ici qu’a été créé le « pacte de résidence » pour attirer au village de jeunes couples. Les nouveaux habitants devront garantir leur installation dans le village pour au moins cinq ans, en contrepartie ils pourront bénéficier d’une location immobilière avec option d’achat ou d’un dégrèvement pouvant atteindre 80 % sur les taxes foncières et une partie des taxes locales, ainsi que de services gratuits comme le ramassage scolaire ou l’accès à des lieux équipés pour le télétravail.

Valoriser le patrimoine

D’autres mairies, comme celle de Scurcola Marsicana (environ 3 000 habitants), dans les Abruzzes, ont adopté un projet de restauration du centre historique : la mairie prévoit 10 000 euros par an pour financer en partie les ravalements des façades. Certains villages expérimentent le modèle de l’hôtel horizontal [l’albergo diffuso est une maison équipée, ndlr], qui permet en même temps de créer de l’emploi et de sauver de nombreux bâtiments abandonnés. Une nouvelle signalisation touristique distinctive mettra mieux en valeur ces territoires labélisés.

Le BAI fixe donc des standards et donne des lignes directrices que les villes peuvent décliner selon leurs ressources financières et humaines. Parfois, il y a des fonds de l’État, comme dans le cas du Réseau national des communautés hospitalières. « Ce projet, explique le consultant en tourisme du BAI, Alberto Renzi, s’inspire des principes du “tourisme de communauté” qu’on a expérimenté dans la coopération internationale : les gens du village se mobilisent pour bien accueillir les visiteurs et leur faire vivre l’atmosphère réelle du lieu. Ils peuvent, par exemple, participer à une chasse à la truffe ou aux ateliers d’artisanat. En outre, le projet prévoit un portail e-commerce pour les produits locaux et, encore plus important, des “anges de l’hospitalité” et des tuteurs qui accompagnent le voyageur à la découverte du village, de son patrimoine et de ses musées. » Cette initiative dispose d’un budget de 600 000 euros, par moitié financée par le ministère de la Culture.

Le capital culturel des petits villages est remarquable : ils abritent 16 % des musées, des monuments et des sites archéologiques de l’Italie et ils savent souvent bien les valoriser. Marina Castaldini, conseillère à la culture du BAI, observe : « À Civitacampomarano, une mairie de 545 habitants, en Molise, on organise un festival d’art urbain qui associe l’art contemporain à l’architecture aragonaise du bourg. À Scontrone, un petit village dans les Abruzzes, on a créé une exposition permanente de travaux de femmes artistes : le Musée international de la femme dans l’art. Mais l’exemple le plus incroyable de dynamisme des villages est le Musée Sa corona Arrubia de la mairie de Collinas, en Sardaigne, qui a gagné la médaille d’argent pour la promotion culturelle au concours mondial Museumweek 2016, dépassant le British Museum et le Louvre grâce à ses tweets ».

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°458 du 27 mai 2016, avec le titre suivant : Les villages italiens résistent

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