Naples

Les réserves du musée sous scellés

Un entretien avec le surintendant Stefano de Caro

Le Journal des Arts

Le 1 novembre 1994 - 708 mots

Stefano De Caro, surintendant à l’archéologie de Naples, réfute catégoriquement l’image d’un musée archéologique où l’on entrerait comme l’on veut pour se choisir un vase ou une fresque antique. \"ll n’y a ni scandale ni disparition des objets archéologiques conservés au Musée National\" déclare-t-il.

Après la pose des scellés par la justice napolitaine sur les réserves du musée, quelles mesures comptez-vous prendre ?
Stefano de Caro : L’enquête du Parquet napolitain est partie de la découverte, dans la propriété du roi du blé, Franco Ambrosio, d’une statuette de marbre d’époque romaine représentant un Amour monté sur un dauphin, acheté chez un antiquaire qui lui avait fait croire qu’il s’agissait d’une pièce du XIXe siècle. Les juges ont scellé les réserves – et, je le répète, seulement les réserves – parce que les journaux avaient publié des titres scandaleux, et pour avoir pleine et entière connaissance des faits, avec une documentation aussi complète que possible sur l’état des lieux. Je puis certifier être moi-même à l’origine de cette mesure.
Après la vague de cambriolage des années quatre-vingt-dix – il s’est agi, entre autres, d’un vol à main armée portant sur sept mille pièces du médaillier, dont plus de la moitié a déjà été récupérée ; pour les autres vols, les objets, photographiés et catalogués, étaient difficilement vendables – et depuis que je dirige cette surintendance (1991), des mesures de sécurité plus rigoureuses ont été prises. Outre les contrôles par les caméras intérieures et le blindage des portes des réserves, on a établi des normes de procédure qui permettent d’enregistrer tout mouvement de personnes et d’objets, surtout dans les réserves. Toutefois, personne ne peut offrir de garanties sur ce qui s’est passé précédemment. Nous ne savons pas si, dans le passé, des personnes étrangères au service n’y sont pas entrées, ou encore s’il y a eu des "taupes" à l’intérieur des services, qui auraient facilité le vol d’un certain nombre d’objets.

Mais la surintendance ne possède-t-elle pas un inventaire des biens archéologiques en sa possession ?
Le Musée national compte des centaines de milliers de pièces ; certaines sont inventoriées, d’autres seulement enregistrées, d’autres encore photographiées. On ne les a jamais vues une à une, pour d’évidentes raisons de temps et de méthode. Naples est le dépôt central de la surintendance. Jusqu’à une époque récente, on y a regroupé les objets de fouilles provenant de la Campanie, mais aussi de la Molise et de la Calabre.
Pour surveiller tout ce patrimoine, j’ai sous mes ordres en tout quatorze inspecteurs archéologues, dont quatre seulement affectés au musée. En outre, il fut un temps où l’on demandait seulement à l’archéologue de fouiller ; aujourd’hui, ses attributions ont été étendues à la protection du patrimoine, au contrôle des abus etc. Il n’y a ni assez d’hommes ni assez d’argent. Si l’on songe que la loi de 1927 sur les inventaires – toujours en vigueur – prévoit qu’ils doivent être rédigés à la main, on peut mesurer les problèmes auxquels nous devons faire face. C’est exactement comme si un hypermarché devait tenir à la main la comptabilité de ses magasins. à côté des centaines de milliers d’objets déjà dans les dépôts, d’autres milliers continuent d’arriver chaque année. On pourrait naturellement penser à des systèmes de "puces" électroniques collées sous les objets, mais cela est hors de question financièrement.

Les fonds destinés à l’enregistrement et au catalogage sont-ils donc si réduits ?
Cette année, nous disposons de 200 millions de lires (680 000 francs environ), mais nous n’en avons eu que 70 (238 000 francs environ) en 1993, et 50 en 1991, alors qu’il s’agissait de cataloguer, d’enregistrer, de dessiner et de photographier tous les biens meubles et immeubles.

Quelle est la proportion réelle des objets inventoriés ?
On peut dire que tout le matériel arrivé dans les dépôts depuis le début du siècle est encore enfermé dans les caisses et que l’on ne sait même pas de quoi il s’agit vraiment. Mais même avec les objets déjà enregistrés, nous nous trouvons en difficulté. Si les problèmes sont solubles pour les céramiques, ils deviennent insurmontables pour les bronzes auxquels on avait attaché une étiquette, par exemple il y a deux siècles – étiquette disparue depuis au moins cent ans : comment remonter aux origines de la trouvaille ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°8 du 1 novembre 1994, avec le titre suivant : Les réserves du musée sous scellés

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