Mardi 17 septembre 2019

Vienne

Le style Staline

L’architecture stalinienne des années 30 et 40, entre utopie et réalité, au Musée des arts décoratifs

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 juin 1994 - 341 mots

Le wagon rouge, d’Ilya Kabakov, traverse une utopie presque séculaire, partant de l’avant-garde constructiviste à laquelle fait allusion l’escalier désarticulé du Monument à la IIIe Internationale, de Tatline, pour triompher dans le paysage de la Ville du futur, avant de se désagréger, en fin de parcours, dans les débris du pavillon russe à la Biennale de Venise de 1993, aménagé par les soins du même Kabakov.

Ce dernier qui, du haut de ses soixante et un ans, a assisté aux derniers sursauts du régime soviétique, a conseillé les conservatrices Hanna Egger et Antonina Manina pour l’exposition sur les deux décennies d’or de l’architecture stalinienne, présentée jusqu’au 17 juillet au Mak, le Museum für Angewandte Kunst (Musée des arts appliqués). Deux cents dessins, aquarelles et gouaches, cinq maquettes et de nombreux documents illustrent la "Tyrannie de la beauté", très beau titre donné à l’exposition, complétés par l’iconographie du catalogue. Le "style stalinien", qui a survécu bien au-delà de la déstalinisation des années 50, est le plus durable des styles qui apparaissent dans l’architecture des pays totalitaires des années 30 et 40. Il est parfaitement défini dès 1933, quand Boris Iofan met au point son projet pour le Palais des Soviets, où les formes puissantes de la spirale de Tatline se pétrifient en une structure pyramidale propre à signifier, et à imposer, une organisation hiérarchisée.

Les architectes staliniens puisent leurs références aussi bien dans les modèles impériaux romains que dans les archétypes classiques. Les matériaux jouent de l’expressivité froide et un peu funèbre du marbre blanc et noir, du granit, du bronze et du cristal, tandis que l’horror vacui post-rationaliste se lit dans le métro de Moscou, construit entre 1935 et 1938 par Alexei Douchkine, Ivan Formine et Dimitri Tchetchouline. Une atmosphère entre science-fiction et déshumanisation à la George Orwell court dans ces projets comme dans le plan de rénovation urbaine de Moscou, commandé par le Comité central en quête de la ville idéale.

Vienne, MAK, Museum für Angewandte Kunst, "La tyrannie de la beauté ou l’architecture de l’ère stalinienne" Jusqu’au 17 juillet.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°4 du 1 juin 1994, avec le titre suivant : Le style Staline

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