Samedi 7 décembre 2019

Le roman de Poitiers

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 10 novembre 2011 - 830 mots

Fort du travail scientifique mené sur le patrimoine roman à l’échelle de la région, le Musée Sainte-Croix a inauguré son nouveau parcours médiéval.

POITIERS - Entre le Xe et le XIIe siècle, le Poitou et les régions charentaises connaissent une période de prospérité économique et démographique. Le territoire voit se multiplier les abbayes, églises paroissiales, châteaux et monuments dans un style qualifié des siècles plus tard de « roman ». La culture romane touche tous les domaines : peinture, sculpture, littérature, chant et architecture, à travers laquelle les comtes de Poitiers, devenus ducs d’Aquitaine, expriment leur toute-puissance. C’est ce riche patrimoine que la Région Poitou-Charentes avait souhaité valoriser en programmant il y a six ans une grande exposition autour des collections de différents musées de la région. Difficile à mettre en œuvre, le projet n’avait pas vu le jour, mais il a été repris par la section fédérée de Poitou-Charentes de l’Association générale des conservateurs de collections publiques de France. Au total, six musées se sont lancés dans un vaste travail scientifique autour de leurs collections d’époque romane. Cette collaboration s’est soldée par la publication d’un catalogue commun, où interviennent une trentaine de spécialistes, et par des expositions organisées dans les musées d’Angoulême, d’Airvault, de Parthenay, de Saint-Jean-d’Angély, de Saintes, et, aujourd’hui, au Musée Sainte-Croix, à Poitiers.

Tourner les pages
Pour l’ancienne capitale des ducs d’Aquitaine, le projet a pris une ampleur particulière puisqu’il s’agissait parallèlement de renouveler son parcours permanent consacré à l’art médiéval. Ce dernier n’avait pas, ou peu, évolué depuis l’ouverture du Musée Sainte-Croix en 1974. Les visiteurs peuvent aujourd’hui découvrir les collections mises en valeur et une exposition temporaire qui dresse le bilan des recherches menées ces dernières années, notamment par le Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (CESCM) basé à Poitiers. Afin d’évoquer le travail de cette institution fondée en 1953, le musée expose le manuscrit dit « de sainte Radegonde », prêté par la médiathèque de Poitiers. Réalisée par Venance Fortunat vers 530-600 et copiée vers 1100, cette Vie de la fondatrice de l’abbaye Sainte-Croix est présentée sous différents angles : l’équipe de conservation du musée vient régulièrement en tourner les pages pour révéler au public ses plus belles enluminures. Les cimaises du musée mettent également en exergue les fouilles et études du bâti des abords de l’église Saint-Hilaire de Poitiers réalisées en 2008-2009 par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Elles présentent aussi les recherches menées par le CNRS sur la frappe et la circulation de la monnaie à l’âge roman et celles de la conservation régionale des monuments historiques, qui a découvert des éléments sculptés dans l’église de Genouillé lors d’un chantier de restauration. Sans oublier la Société des antiquaires de l’Ouest, fondée en 1834, qui a œuvré à la sauvegarde du patrimoine régional, comme en témoignent les sculptures de l’abbaye de Nanteuil-en-Vallée restaurées et exposées pour la première fois dans les espaces permanents.

Présentation territoriale
Dans ce nouveau parcours, les conservatrices ont pris le parti de regrouper les œuvres par aire d’influence d’un monument – l’abbaye Sainte-Croix, le bourg Saint-Hilaire, l’abbaye de Nanteuil-en-Vallée, l’église Saint-Nicolas. « Ce choix permet d’aborder les grands centres culturels et spirituels du vaste territoire où ont régné les comtes de Poitiers et ducs d’Aquitaine, mais aussi des questions d’ordre politique et sociétal », explique Anne Benéteau-Péan, directrice du musée. Les œuvres sont révélées par un éclairage rapproché qui souligne leurs nombreux détails. « La scénographie redonne du sens à l’architecture. Elle magnifie les œuvres et permet de rentrer dans la sculpture. »
De nombreux éléments proviennent des églises disparues de Poitiers. Parmi les pièces d’exception, signalons la présence du vase-reliquaire de l’abbaye de Saint-Savin (XIe siècle), exemplaire unique en verre bleu soufflé bien conservé, qui trône au milieu de la nouvelle vitrine consacrée aux arts précieux. Ou encore celle du fameux chapiteau dit « de la dispute » (XIe siècle), déjà présenté au Louvre en 2004 lors de l’exposition sur la France romane. Cette œuvre provient de la collégiale Saint-Hilaire (étape essentielle de la route de Saint-Jacques-de-Compostelle) où d’autres sculptures ont été découvertes récemment par l’Inrap, tel ce chapiteau figurant une poule et ses poussins dans un bateau, symbole de l’Église.

Avec relativement peu de moyens, l’équipe de la conservation du musée est parvenue à marier travail scientifique, restitution au public et valorisation de ses collections. Elle attend désormais la création de nouvelles réserves qui lui font cruellement défaut. Déjà engagée dans des travaux de rénovation de son patrimoine bâti, la municipalité a promis qu’elles seront à l’ordre du jour d’un prochain mandat…

MUSÉE SAINTE-CROIX

Conservation : Anne Benéteau-Péan, directrice et conservatrice des musées de Poitiers ; Dominique Simon-Hiernard
Scénographie : Jean-François Magnan, musées de Poitiers

Musée Sainte-Croix, 3 bis, rue Jean-Jaurès, 86000 Poitiers, tél. 05 49 41 07 53, tlj sauf lundi, 10h-12h et 13h15-17h, 14h-18h le week-end et 10h-17h le mardi. À voir : « L’âge roman », jusqu’au 16 janvier 2012. À lire : L’Âge roman, éd. Gourcuff Gradenigo, 334 p., 30 €, ISBN 978-2-35340-119-2.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°357 du 18 novembre 2011, avec le titre suivant : Le roman de Poitiers

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