Musée

Le LAAC de Dunkerque hier et aujourd’hui

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 8 décembre 2022 - 826 mots

DUNKERQUE

Pour ses quarante ans, le LAAC, Lieu d’art et d’action contemporaine, a imaginé un principe d’exposition qui fait dialoguer les œuvres d’artistes invités avec celles issues de sa collection.

LAAC de Dunkerque réalisé en 1982 par l'architecte Jean Willerval (1924-1996). © Ville de Dunkerque / Cathy Christiaen
LAAC de Dunkerque, réalisé en 1982 par l'architecte Jean Willerval (1924-1996).
© Ville de Dunkerque / Cathy Christiaen

Dunkerque. Quelle histoire étonnante que celle du LAAC, à Dunkerque. Le musée a vu le jour grâce à la volonté d’un homme, Gilbert Delaine (décédé en 2013), qui ne possédait aucune fortune personnelle et n’avait pas de réseau dans le monde de la culture. Cet ingénieur spécialiste des polders avait eu son premier coup de cœur pour la peinture contemporaine dans la salle d’attente de son dentiste, en feuilletant une revue d’art où figurait une toile de Ladislas Kijno.

Frappé par le contraste entre la ville neuve où il s’était installé jeune homme et ce qu’offrait à voir son Musée des beaux-arts (dont le fonds s’arrêtait à l’orée du XXe siècle), Delaine avait conçu le projet d’une collection d’œuvres d’artistes de son temps. Soutenue par les entreprises locales – la grande industrie sidérurgique et portuaire alors florissante –, elle était destinée à être montrée dans un musée construit pour l’accueillir. Ce principe fut acté par une convention avec la Ville signée en 1979 et le don, par l’association L’Art contemporain, créée par Gilbert Delaine, d’un ensemble de plusieurs centaines d’œuvres.

Conçu par l’architecte Jean Willerval, le bâtiment du Lieu d’art et d’action contemporaine (LAAC, voir ill.) fut habilement niché dans l’écrin d’un jardin paysagé pour l’isoler de la société navale voisine et inauguré en 1982. C’est en hommage aux relations anciennes qui le lient aux entreprises du Nord que le LAAC s’est rapproché du Frac Grand Large – Hauts-de-France afin de lancer, en 2019, la triennale Art & Industrie, dont la première édition fut placée sous le signe du « gigantisme ».

« Une collection très pertinente »

Le lieu fête aujourd’hui ses quarante ans, non sans un frisson rétrospectif, car il a failli cesser d’exister à la fin des années 1990, comme le rappelle Jean Ficheux, président de l’association L’Art contemporain. « Il a fallu lutter », assure cet ancien médecin, qui raconte qu’à la suite de travaux d’étanchéité, le musée fut fermé en 1999, puis laissé à l’abandon par la municipalité de l’époque. Il a rouvert six ans plus tard, en 2005, et bénéficie depuis du label « Musée de France ».

« Sa singularité tient à ce qu’il a hérité d’une collection très pertinente pour la période allant de l’après-guerre aux années 1980 », souligne Sophie Warlop, directrice des musées de Dunkerque. Des artistes désormais entrés dans l’histoire, tels que Hans Hartung, Eugène Dodeigne, Eugène Leroy, Georges Mathieu, Jean-Michel Meurice, Pierre Soulages ou Hervé Télémaque dont les œuvres ont été acquises de leur vivant, y sont ainsi présents.

Le LAAC possède aussi des pièces importantes comme Appel Circus de Karel Appel (1978), une Expansion de César, ou encore Car Crash (1963), une sérigraphie d’Andy Warhol, des artistes auxquels Gilbert Delaine s’est intéressé plus tardivement. La collection du musée a également été enrichie par des dons et des legs, telle que l’importante donation d’œuvres de Jean Dewasne (1921-1999), représentant majeur de l’abstraction géométrique.

Heureuses correspondances

Un anniversaire, pour une institution, est souvent un moment délicat : il faut célébrer le chemin parcouru et se projeter au-delà. C’est ce que réussit magnifiquement l’exposition des quarante ans du LAAC, qui emprunte son titre « Comme de longs échos qui de loin se confondent », aux Correspondances baudelairiennes. « Cet anniversaire nous a offert l’occasion de questionner notre manière de travailler. Nous nous sommes demandé ce que doit être aujourd’hui un lieu d’art contemporain », explique Sophie Warlop.

Le dispositif retenu a consisté, plutôt qu’à concevoir une commémoration en vase clos, à ouvrir au contraire le lieu au regard de treize artistes, invités à opérer un choix d’œuvres dans la collection, puis à les faire dialoguer avec leur travail. Répartis en binômes, douze d’entre eux occupent six salles de l’étage, la septième étant réservée à un accrochage de l’association L’Art contemporain. Quant à Marianne Mispelaëre, treizième artiste invitée, elle a choisi d’intervenir directement sur le bâtiment en dessinant à même les murs à partir des projections de lumière naturelle. Preuve que le lieu est plus que jamais ouvert à une expression vivante de l’art.

Le dialogue instauré pour cet anniversaire fonctionne à merveille, en créant les conditions favorables à une rencontre avec les œuvres. Celles, bien sûr, des treize artistes invités, de toutes générations, dont les scénographies séduisent par leur audace (Maxime Thieffine en lien avec les œuvres d’Eugène Leroy et Gilbert Malaval, les photos de Pierre-Yves Brest avec les gouaches de Jean Dewasne), leur force (le mural de Maya Hayuk et le paysage de Sonia Delaunay), leur subtilité (Diogo Pimentão et Bernard Pagès, Farah Khelil avec Karel Appel, Marcelle Cahn et Maurice Marinot), voire leur évidence (les dessins de Cecilia Granara et ceux de Christine Deknuydt)… Mais ce principe réjouissant offre aussi d’envisager la collection d’un œil neuf. Qu’il s’agisse d’œuvres peu montrées que l’on redécouvre, ou d’artistes perdus de vue, tels que le peintre Atila Biro, exhumé par Cecilia Granara.

Comme de longs échos qui de loin se confondent,
jusqu’au 7 mai 2023, LAAC, 302, avenue des Bordées, 59140 Dunkerque.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°600 du 2 décembre 2022, avec le titre suivant : Le LAAC de Dunkerque hier et aujourd’hui

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