Bruxelles

Le cinéma fait son patrimoine

Un premier inventaire des grands écrans

Le Journal des Arts

Le 1 janvier 1995

Le premier inventaire des salles de cinéma à Bruxelles recense un patrimoine autrefois foisonnant de vie, mais qui aujourd’hui se meurt rapidement. Nécrologie ou cri d’espoir, cette volumineuse étude servira de base à des mesures de protection et de revitalisation de quelques perles trop rapidement oubliées.

BRUXELLES - "Connaître pour mieux sauvegarder" semble être le credo du service des Monuments et des Sites de la région de Bruxelles-Capitale, qui inventorie actuellement à tour de bras le patrimoine bruxellois. En plus des inventaires du patrimoine monumental, des sites, des arbres remarquables, des orgues, du patrimoine industriel, des graffitis, voilà celui des salles de cinéma.

La réalisation de cette étude a été confiée à une association qui se bat depuis de longues années pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine cinématographique : "La Rétine de Plateau". Un long travail de recherches sur le terrain et dans les archives a été nécessaire pour dresser une liste exhaustive de 249 lieux, avec 450 écrans différents, et procéder à l’établissement de fiches descriptives détaillées pour 176 cinémas, répartis sur 140 adresses.

Cet inventaire servira d’outil au secrétaire d’État en charge des Monuments et des Sites pour mettre en place une politique de sauvegarde inédite. "La Rétine de Plateau" s’est déjà attachée à sélectionner dans son inventaire 30 édifices particulièrement remarquables du point de vue architectural, historique, esthétique, et offrant des possibilités de réaffectation.

Les élus de cette liste seront proposés au classement (trois en bénéficient déjà), à l’inscription sur la liste de sauvegarde – qui offre une protection proche du classement –, ou figureront dans l’inventaire du patrimoine monumental, qui ne garantit qu’une faible protection.

Bruxelles, qui comptait déjà 70 cinémas à la veille de la Première Guerre mondiale, vit, entre 1913 et 1937, la construction de plusieurs édifices prestigieux, véritables chefs-d’œuvre d’architecture Art déco ou moderniste. Il suffit d’évoquer le nom des "Pathé-Palace", "Métropole", "Eldorado" et autres "Variétés" pour rappeler le souvenir de salles pouvant contenir plusieurs milliers de spectateurs, richement décorées et pourvues d’étonnants raffinements techniques.

Des salles en ruine
Le faste, cependant, fut de courte durée. Victimes de la conjoncture économique, de la spéculation sans cesse croissante et de la concurrence de plus en plus rude du petit écran, ces grandes salles ont fermé leurs portes les unes après les autres, entraînant dans leur sillage une foule de petites salles de quartier. Morcelées, transformées en magasins, entrepôts ou parkings, certaines d’entre elles ne subsistent aujourd’hui qu’à l’état de ruines modernes.

Dans une ville où la spéculation immobilière et la tertiarisation du tissu urbain ont tendance à exclure toute convivialité, cette initiative doit être saluée comme originale et novatrice. Il reste aux pouvoirs publics et aux investisseurs potentiels, dans ce concert de bonnes résolutions, à faire preuve de courage, et à promouvoir concrètement la réaffectation culturelle d’un certain nombre de salles, après des restaurations qui ne s’annoncent pas des plus aisées.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°10 du 1 janvier 1995, avec le titre suivant : Le cinéma fait son patrimoine

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