Bâtiment

À la recherche d’un « état Rodin »

Le Journal des Arts

Le 10 novembre 2015 - 715 mots

À l’issue d’un chantier de restauration qui aura duré trois ans, l’hôtel Biron
est un écrin lumineux à même de supporter le poids et la qualité des œuvres du sculpteur.

PARIS - Parquets rapiécés, structures infiltrées d’eau, menuiseries usées, planchers affaissés : en 2010, le diagnostic établi sur l’édifice est sans appel. L’hôtel Biron, qui abrite le Musée Rodin depuis 1919, a besoin d’une intervention urgente. « L’hôtel était dans un état catastrophique », confie Catherine Chevillot, directrice des lieux. Et pour cause : entre l’inauguration du musée, deux ans après la mort du sculpteur, et la rénovation actuelle, aucun chantier de restauration n’avait été mené. Des décennies où le poids des sculptures a fait son œuvre sur le bâti du XVIIIe siècle, où des sanitaires installés dans le courant du siècle ont causé des infiltrations, où l’on a « caché la misère » sous des couches de peinture. Face à ce constat, « en 2012, le ministère [de la Culture] et ses services ont accepté d’élargir le périmètre d’intervention, en accord avec les services compétents pour couvrir l’intérieur et l’extérieur, créer un parcours pour les personnes à mobilité réduite et accroître le confort de visite », rappelle Catherine Chevillot.

Trois ans et 16 millions d’euros de travaux plus tard, l’hôtel Biron rouvre sous une forme dénommée « état Rodin » que Catherine Chevillot qualifie de « compromis ».

Éclairage naturel et artificiel
L’histoire complexe de l’hôtel parisien, construit en 1730 par la duchesse du Maine, explique la décision de ne pas chercher un « état d’origine ». En réalité, il ne subsiste que très peu de cette époque. Tour à tour demeure nobiliaire, légation pontificale, ambassade de Russie puis congrégation religieuse, son décor intérieur rocaille a été vendu avant son achat par l’État entre 1911 et 1916 (certains éléments sont toutefois rachetés en 1965). Quand Rodin s’y installe en 1906, l’édifice est promis à la destruction. L’« état Rodin » est donc une enveloppe  vide, « dans son jus » avec parfois des pièces à nu, sans peinture ni apprêts. De plus, « il n’est pas simple de retrouver cet état à partir des photographies d’époque, et les sondages ont révélé des couches très diverses », note Catherine Chevillot.

Après avoir renforcé et restauré les planchers pour supporter la charge des œuvres, créé un ascenseur et un vestiaire, restauré ou remplacé les huisseries des larges baies donnant sur le jardin, il a fallu travailler sur le point essentiel qui attira Rodin dans ces murs : la lumière. Il n’était pas question d’occulter les larges fenêtres donnant sur les jardins, la lumière naturelle étant celle qui révèle le mieux les aspérités des sculptures. Un éclairage artificiel a alors été conçu pour varier en fonction de la luminosité et des saisons, pièce par pièce et œuvre par œuvre. Ce travail sur la lumière est complété par une fine sélection des coloris choisis pour les pièces, déclinaisons de gris-bleu et de taupe, dont une couleur créée spécialement par l’entreprise Farrow & Ball, mécène du musée.
L’hôtel Biron peut dorénavant accueillir sans honte les quelque 700 000 visiteurs venus découvrir Rodin dans sa résidence d’élection.

Restauration de l’Hôtel Biron

Coût des travaux : 16 M€, cofinancés par l’État (49 %) et le Musée Rodin (51 %)
Durée des travaux : trois ans dont dix mois de fermeture totale

Le jardin puis Meudon

Deux gros chantiers attendent les équipes du Musée Rodin dans les prochaines années. Inscrite au programme du musée, la rénovation du jardin est rendue nécessaire par l’état phytosanitaire des arbres et par l’utilisation de l’espace extérieur pour des événements privés pouvant accueillir jusqu’à 1 500 personnes. Seul musée national à s’autofinancer, le Musée Rodin tire ses revenus de la vente des originaux de Rodin, mais également de la billetterie et de ses activités commerciales, boutique et location d’espaces. Le jardin sera donc logiquement l’objet de toutes les attentions…
Autre chantier, le Musée Rodin à Meudon (Hauts-de-Seine), la villa des Brillants, moins connue du grand public. La restauration de la façade, l’aménagement d’un accueil des publics et la remise en état de la salle des plâtres sont au programme, en parallèle à un projet de résidence d’artistes et à un partenariat avec l’association de l’artiste Gérard Garouste, La Source-Rodin-Grand Paris, pour organiser des ateliers d’éveil à destination de jeunes en difficulté.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°445 du 13 novembre 2015, avec le titre suivant : À la recherche d’un « état Rodin »

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