Entretien avec Simon Thurley

Le Museum of London veut sortir du brouillard

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 20 novembre 1998

Le Museum of London, fruit du mariage d’une collection municipale et d’un fonds national, est le plus grand musée d’histoire urbaine au monde. Simon Thurley, son directeur depuis 1997, fait le point des difficultés que rencontre cette institution et explique à nos correspondants à Londres les transformations qu’elle devra subir pour trouver un nouveau dynamisme.

Quels sont les défis que vous devez relever ?
Il y a un défi majeur : lorsque le musée a ouvert ses portes en 1976,  il a enregistré une fréquentation de 800 000 visiteurs. L’année dernière, nous avons reçu 300 000 visiteurs.

Selon vous, à quoi est due cette désaffection ?
La concurrence. Il y a à présent tant de musées, à Londres. Or le Museum of London n’a pris conscience de ce phénomène et n’a commencé à réagir que très récemment. D’importantes expositions ont été présentées, mais elles n’ont pas obtenu le succès escompté. Il faut dire que l’aspect extérieur du bâtiment et son système d’entrée à l’étage le rendent pratiquement invisible depuis la rue. Nous avons un musée remarquable, avec une collection fabuleuse et un personnel des plus compétents, mais qui tourne en sous-régime.

Que comptez-vous faire pour le bâtiment ?
Deux options s’offrent à nous. Tout d’abord, nous pouvons le démolir et tout reconstruire. L’opération coûterait environ 80 millions de livres sterling (environ 735 millions de francs), mais l’Heritage Lottery Fund n’est pas prêt à financer le projet, pas plus que la municipalité ou l’État d’ailleurs. La seule solution serait de s’associer à un promoteur immobilier, en consacrant une partie de notre site à un espace de bureaux. Nous avons déjà contacté trois promoteurs, qui se sont montrés très intéressés par le projet. Mais si nous démolissons le bâtiment, nous devrons fermer le musée pendant trois ans, et je n’y tiens vraiment pas. Le seconde option consiste à transformer l’édifice existant, ce qui coûterait approximativement 10 millions de livres (environ 92 millions de francs). Nous pourrions construire un escalator menant directement de la rue à la rotonde, et donc à l’entrée du musée. Il y a également des surfaces libres que nous pourrions utiliser.
En tant que nouveau directeur, j’ai envie de dire “Je joue le grand jeu.” Mais il faut avant tout savoir ce qui, à long terme, sera le mieux pour le musée. J’espère que nous aurons pris une décision avant Noël.

Les nouvelles mesures envers le public ne sont-elles pas une opération de marketing ?
Beaucoup de choses ont changé. Jusqu’à présent, nous étions fermés le lundi ; désormais, nous serons ouverts sept jours sur sept. Nous lançons aussi une carte d’entrée annuelle au prix de 5 livres (46 francs). Enfin, nous avons décidé d’une nouvelle orientation pour notre programmation. Après “London Bodies”, nous présenterons les photographies de Londres de Terence Donovan ainsi qu’une exposition sur “Les dîners en ville”. Pour l’an 2000, nous prévoyons une exposition de peintures sur le thème de notre ville, avec en vedette une importante commande que nous avons passée à Ben Johnson.

Que vont devenir vos immenses réserves ?
Nous disposons d’une fabuleuse collection de cinq millions d’objets, immobilisée dans un entrepôt à Hackney. Il y a trois mois, nous avons demandé 1,1 million de livres (environ 10 millions de francs) à l’Heritage Lottery Fund pour transformer nos réserves en Centre de conservation et de documentation archéologique de Londres. C’est une cause méritoire : le centre assurerait la conservation des pièces archéologiques et attirerait des visiteurs dans une zone défavorisée. Nous attendons la réponse. Si l’Heritage Lottery Fund ne finance pas ce projet, à quoi sert donc cet organisme ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°71 du 20 novembre 1998, avec le titre suivant : Entretien avec Simon Thurley

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