Dimanche 26 janvier 2020

Patrimoine - Politique

Ministère amer

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 21 novembre 2019 - 412 mots

PARIS

Ministère -  De l’art d’avaler des couleuvres… Le 17 avril dernier, le président de la République nommait le général Jean-Louis Georgelin pour superviser le chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris incendiée deux jours plus tôt. Dans l’allocution qui suivit le conseil des ministres, le Premier ministre annonçait, à son tour, les dispositifs qui devaient encadrer les travaux, et notamment la création d’un établissement public chargé de « porter la reconstruction et d’adapter les procédures juridiques ». Pour la majorité des Français affectés par le sort de la cathédrale, ces annonces furent le signe de la volonté de l’État de restaurer Notre-Dame manu militari dans les « cinq ans ». Pour le ministre de la Culture Franck Riester et ses équipes, elles sonnèrent en revanche comme un violent camouflet. L’Élysée et Matignon venaient en effet de court-circuiter le ministère de la Culture et ses experts auxquels, pourtant, le chantier devait revenir.

Ce n’est pas la première fois qu’un ministre devait encaisser un tel coup. Dix ans plus tôt, en 2009, le président Nicolas Sarkozy doublait déjà Christine Albanel en instituant un nouveau Conseil pour la création artistique dont il confiait les rênes au producteur de cinéma et collectionneur d’art Marin Karmitz. En 2017, Emmanuel Macron devait à son tour bousculer sa première ministre de la Culture, Françoise Nyssen, en confiant une mission sur le patrimoine à une autre personnalité de la société Civile : Stéphane Bern.

Amer -  Avec la séquence Notre-Dame de Paris en 2019, cependant, le désaveu aura été cette fois plus cinglant, sonnant comme une profonde remise en cause du ministère de la Culture, de sa mission, de ses outils, de son ministre, de ses agents aussi. Comment se relever d’une telle humiliation ? Comment, pour le ministère, conserver sa crédibilité lorsque l’État lui-même a jugé bon de s’en abstraire alors qu’il doit mener le plus emblématique et le plus visible de ses chantiers ? Soixante ans après sa création en 1959, le ministère de la Culture aurait-il vécu ? Probablement non, mais il est certain que plus rien ne sera désormais comme avant et qu’il faudra, tôt ou tard, repenser son périmètre, son fonctionnement, son action, sa relation avec le privé, notamment avec les fondations, etc. « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne », avait prévenu Jean-Pierre Chevènement en quittant en 1983 le ministère de la Recherche et de l’Industrie. Franck Riester a choisi de se taire, mais son ministère, lui, a été démissionné l’année de son anniversaire au goût amer.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°729 du 1 décembre 2019, avec le titre suivant : Ministère Amer

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